XV.
A MARION.
Marion! pourquoi ce front pensif? quel dégoût as-tu pour la vie? Change cette mine mécontente; ces traits froncés ne conviennent pas à une personne si belle. Ce n'est pas l'amour qui trouble ton repos; l'amour est étranger à ton ame; il paraît dans la bouche qui s'entr'ouvre au sourire, il répand sa douleur en larmes douces et timides, ou abaisse une paupière languissante; mais il évite cet air sombre et repoussant. Reprends donc le feu qui animait ton regard: quelques-uns t'aimeront, tous t'admireront; tant que ce froid aspect nous glace, nous ne pouvons que rester dans la froideur de l'indifférence. Si tu veux surprendre les coeurs errans, souris au moins, ou feins de sourire; des yeux comme les tiens ne furent pas faits pour cacher leur éclat sous de sombres nuages; en dépit de tout ce que tu voudrais dire, ils se jouent en regards fripons. Tes lèvres,--mais ici ma modeste et chaste muse refuse d'obéir à mon impulsion; elle rougit, fait la révérence et fronce le sourcil,--bref, elle craint que le sujet ne me transporte; et, s'enfuyant pour chercher la raison, elle ramène à tems la prudence.--Tout ce que je dirai (car ce que je pense n'est exprimé ni plus haut, ni plus bas), c'est que de telles lèvres, dont la vue nous enchante, étaient formées pour quelque chose de mieux qu'un sourire moqueur; cet avis, dépouillé de complimens qui l'adoucissent, est au moins désintéressé; tels sont les vers que je t'adresse, naïfs et libres de tout mélange de flatterie; un conseil comme le mien est le conseil d'un frère; mon coeur est donné à d'autres, c'est-à-dire qu'inhabile à tromper il se partage entre une douzaine de maîtresses. Marion! adieu! oh! je t'en prie, ne méprise pas cet avertissement, quelque désagréable qu'il puisse être; et afin que mes préceptes ne déplaisent point à ceux qui regardent la remontrance comme chose importune, je te donnerai enfin notre opinion concernant le doux empire de la femme; quoique nous contemplions avec admiration des yeux d'azur, ou des lèvres brillantes de vie, quoique les tresses ondoyantes nous attirent, quoique ces beautés puissent nous distraire; papillons légers, nous sommes toujours prêts à voltiger; tout cela ne peut encore fixer nos ames à l'amour. Ce n'est point une censure trop sévère que de dire que cela forme un joli portrait; mais si tu veux savoir la chaîne secrète qui nous attache humbles esclaves à votre suite, et vous fait saluer reines de la création, apprends-le en un mot, c'est l'animation.