‹ Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04, comprenant ses mémoires publiés par Thomas MooreChapitre 2 sur 112 · II.

II.

ÉPITAPHE D'UN AMI (1803).

[Grec: Astêr prin men elkmpes eni zôoisin eôos.]

(LAERTIUS.)

Oh! mon ami, toi que toujours j'aimerai, que je regretterai toujours, combien d'inutiles larmes ont baigné ton cercueil honoré! Combien de sanglots ont répondu à ton dernier soupir, quand tu te débattais dans les angoisses de l'agonie! Si les larmes pouvaient arrêter la mort dans sa course, les soupirs s'opposer à l'invincible force de son dard tyrannique, la jeunesse et la vertu réclamer quelques instans de délai, la beauté charmer le spectre et le distraire de sa proie, ah! tu vivrais encore pour réjouir mes yeux désolés, pour faire la gloire de ton camarade et les délices de ton ami. Si pourtant l'esprit aimable qui t'animait plane autour du lieu où ton corps maintenant se résout en poussière, ici tu liras le deuil imprimé dans mon coeur, deuil trop profond pour être confié à l'art du sculpteur. Nul marbre n'indique la couche de ton humble sommeil, mais on y voit des statues vivantes fondre en pleurs; le simulacre de l'affliction ne s'incline pas sur ta tombe, mais l'affliction elle-même déplore l'arrêt qui condamna ton jeune âge. Hélas! quoique ton père pleure le coup qui frappe ainsi sa race, la douleur paternelle ne peut égaler la mienne! Nul, aussi bien que toi, n'adoucira sa dernière heure; toutefois, d'autres enfans calmeront alors son angoisse. Mais auprès de moi, qui te remplacera? ton image que ne saurait effacer une amitié nouvelle? non jamais! Les larmes d'un père cesseront de couler, le tems apaisera les regrets d'un frère enfant: à tous, hormis un seul, la consolation est connue, tandis que l'amitié gémit dans la solitude.

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