XVI.
ADIEU[133].
[Note 133: Ce sont les adieux de Lord Byron à sa femme.
(N. du Tr.)]
Adieu! et si c'est pour toujours, encore une fois, adieu! Quoique tu sois inexorable, mon coeur ne se révoltera pas contre toi. Plût au Ciel qu'à tes regards s'ouvrît ce sein où ta tête a si souvent reposé, lorsque tes sens cédaient à ce paisible sommeil que tu ne connaîtras plus! Que ne peux-tu lire en ce sein les pensées les plus secrètes? tu connaîtrais enfin que ce ne fut pas bien de le blesser ainsi. Il est vrai que le monde t'en loue,--qu'il sourit au coup que tu me portas; mais ces éloges doivent te choquer, ils sont fondés sur le malheur d'autrui. Certes, plus d'une faute me souilla: mais n'y avait-il, pour m'infliger une incurable blessure, d'autres bras que ceux qui venaient de m'embrasser? Oh! ne t'abuse pas toi-même: l'amour peut s'évanouir par un lent dépérissement; mais ne crois pas qu'une violence soudaine puisse séparer ainsi les coeurs. Le tien conserve encore sa vie: le mien, quoique saignant, palpite encore, et l'éternelle pensée qui le tourmente, c'est--que nous ne devons peut-être plus nous revoir. Ce sont paroles de douleur plus profonde que les lamentations sur la tombe des morts. Nous vivrons tous les deux; mais chaque matin nous éveillera dans une couche veuve; et, lorsque tu pourrais goûter quelque consolation, lorsque notre fille balbutiera ses premiers mots, lui apprendras-tu à dire «mon père!» quoique les caresses de son père doivent lui être inconnues? Quand ses petites mains te caresseront, quand sa lèvre se pressera contre la tienne, souviens-toi de l'homme dont la prière te bénira; souviens-toi de l'homme que ton amour a béni! Si les traits de l'enfant ressemblent à ceux que tu ne verras peut-être plus, alors un doux tremblement agitera ton coeur, encore fidèle à ton époux. Tu connais peut-être toutes mes fautes: personne ne connaît tout mon délire; toutes mes espérances, partout où tu vas, s'en vont se flétrir, et pourtant elles s'en vont toujours avec toi. Pas un de mes sentimens qui n'ait été ébranlé: mon orgueil, qu'un monde n'aurait pu plier, plie devant toi;--par toi délaissée, mon ame me délaisse moi-même. Mais c'en est fait;--toutes paroles sont vaines, les miennes surtout sont stériles: mais nous ne pouvons retenir nos pensées, qui se font jour malgré nous:--Adieu!--Ainsi séparé de toi, arraché à tout lien de tendresse, le coeur consumé, solitaire, malade,--pour comble de maux, je puis à peine mourir.