LXI.
STANCES A METTRE EN MUSIQUE (1815).
O lacrymarum fons, tenero sacras Ducentium ortus ex animo; quater Félix! in imo qui scatentem Pectore te, pia Nympha, sensit.
(GRAY.)
1. Il n'est aucune joie que le monde puisse nous donner en récompense de celle qu'il nous ôte, alors que les feux de la pensée du premier âge s'éteignent peu à peu avec la sensibilité. Ce ne sont pas seulement les douces roses du teint qui se flétrissent si vite; mais le coeur lui-même perd sa délicate fraîcheur avant que la jeunesse soit passée.
2. Alors les esprits qui surnagent en petit nombre sur les débris de leur bonheur naufragé sont entraînés sur les récifs du crime ou dans l'océan du libertinage: l'aiguille de leur boussole est perdue, ou c'est en vain qu'elle leur marque le rivage auquel leur navire brisé n'abordera plus.
3. Alors l'ame est accablée d'un froid égal à celui de la mort: elle n'a plus de sympathie pour les misères d'autrui, à peine rêve-t-elle de sa propre misère. Le souffle de la bise enchaîne la source de nos pleurs: les étincelles que l'oeil peut encore lancer partent d'une larme glacée.
4. Mille saillies peuvent encore jaillir de notre bouche, une folle gaîté distraire notre sein de ses soupirs, au milieu de ces nuits qui ne nous ramènent plus l'espérance du repos: mais c'est ainsi qu'autour d'une tour ruinée s'entrelacent les feuilles du lierre; tout est vert et frais en dehors, mais au dedans il n'y a rien que ruine et poussière grisâtre.
5. Oh! que ne puis-je sentir comme j'ai senti jadis,--être ce que j'étais, ou pleurer comme je pleurais naguère sur mainte scène évanouie! Comme une fontaine trouvée dans le désert nous semble douce, quelque saumâtre qu'elle soit; ainsi au milieu des ruines arides de la vie, c'est avec délices que je répandrais ces larmes.