II.
HÉLAS! QU'EST DEVENUE LA HARPE DU ROYAL MÉNESTREL.
1. Hélas! qu'est devenue la harpe du royal ménestrel, la harpe du souverain des hommes, du bien-aimé du ciel, la harpe que la mélodie sacrée sanctifia par de plaintifs accens, nés du coeur--et du coeur le plus tendre! O Mélodie, redouble tes larmes: ces cordes magiques sont brisées. Naguères cette harpe adoucit les hommes aux entrailles de fer, elle leur donna les vertus qu'ils n'avaient pas. Quelle oreille fut assez sourde, quelle ame assez froide pour ne pas se réveiller, pour ne pas s'embraser au son de cette lyre, qui, bien plus que le trône, fit la puissance de David?
2. Cette harpe chanta les triomphes de notre roi; elle glorifia notre Dieu; elle éveilla les joyeux échos des vallées, força les cèdres à se courber de respect, les montagnes à tressaillir d'allégresse; elle aspira au ciel et y laissa, enfin, ses accords que depuis lors on n'entend plus ici-bas. Mais toujours la piété, mère d'un saint enthousiasme, élève l'essor de notre ame jusques à ces chants qui nous semblent venir de la voûte céleste dans des songes ravissans, que la resplendissante lumière du jour ne saurait interrompre.