XXXIV.
VERS ADRESSÃS A LADY BLESSINGTON.
Vous m'avez demandé des vers,--il serait étrange pour un rimeur de refuser cette demande; mais mon cÅur seul était mon Hippocrène, et mes sentimens (sa source) sont taris.
Si j'étais encore maintenant ce que j'ai été, j'aurais chanté ce que Lawrence a si bien peint; mais le chant expirerait sur mes lèvres, et le sujet est trop délicat pour moi.
Je suis maintenant tout cendre, où autrefois j'étais toute flamme, et le barde est mort dans mon sein; ce que j'aimais, je ne fais plus que l'admirer, et mon cÅur est aussi gris que ma tête.
Ma vie ne date point par les années; il y a des momens qui sillonnent le front comme le soc de la charrue; et là il n'en paraît pas seulement un, mais il est aussi profond dans mon ame que sur mon front.
Que le jeune homme et l'élégant aspirent à chanter les objets que je contemple avec indifférence; car le chagrin a arraché de ma lyre la corde qui produisait des accords dignes d'elle.
RÃPONSE DE LADY BLESSINGTON, SUR LE MÃME RHYTHME.
Lorsque je demandais quelques vers, crois, je te prie, que ce n'était point la vanité qui me les faisait désirer; car mon miroir ne peut plus m'abuser, et je ne puis plus inspirer de poètes.
Le tems a touché mon front de ses doigts rudes et pesans, et les roses ont fui de mes joues; alors ce serait sûrement une folie de rechercher maintenant les louanges dues à la beauté.
Mais comme les pélerins qui visitent le tombeau de quelque saint, emportent avec eux une relique précieuse, je demande un souvenir de toi, comme un trésor précieux pour m'accompagner dans mon pélerinage.
Oh! ne dis pas que ta lyre ne rend plus d'accords, elle dont les cordes inspirent de tels ravissemens; ou que ces lèvres magiques sont muettes d'où la poésie s'échappe avec tant d'harmonie!
Et quoique le chagrin, avant la fuite de la jeunesse, ait pu altérer la couleur noire de tes beaux cheveux, les lauriers qui couronnent ta tête cachent à nos yeux les empreintes prématurées du tems.