‹ Œuvres complètes de lord Byron, Tome 05, comprenant ses mémoires publiés par Thomas MooreChapitre 5 sur 42 · IV.

IV.

STANCES A CELLE QUI PEUT LE MIEUX LES COMPRENDRE.

Qu'il en soit ainsi!--nous nous séparons pour toujours! Que le passé ressemble au néant! Si je t'avais seulement aimée, jamais tu ne m'aurais été aussi chère.

Si je t'avais aimée, et que j'eusse été ainsi dédaigné, j'aurais pu mieux supporter cette injure;--lorsqu'il n'est pas récompensé,--l'amour est dompté par le sentiment naissant du mépris.

L'orgueil peut refroidir ce que la passion avait rendu brûlant, le tems peut dompter la volonté capricieuse; mais le cœur trahi par l'amitié palpite des battemens les plus insensés du malheur.

Si je t'avais aimée,--je pourrais te haïr maintenant, de cette haine qui est une consolation; je pourrais aller jusqu'à t'exécrer et assouvir ma vengeance par des paroles.

Mais il est un chagrin silencieux qui ne peut trouver aucune issue dans le langage, qui dédaigne d'emprunter aucun soulagement à ces hauteurs que le chant peut atteindre.

Comme une chaîne insonore qui rend esclave,--comme les rêves sans sommeil qui sont une raillerie,--comme les gouttes d'eau glacées qui tombent de la voûte d'un rocher caverneux,

Tel est le sentiment glacé et malade que tu as fait connaître à mon cœur; par une blessure profonde tu l'as forcé à dérober au monde sa plus amère douleur!

Autrefois ce cœur te crut tendrement, orgueilleusement, tout ce que l'imagination peut se peindre; autrefois il t'honorait, t'estimait, comme son idole, comme sa sainte!

Pour moi tu étais plus qu'une femme, et ce n'était pas comme un homme que mes regards s'arrêtaient sur toi; pourquoi m'as-tu trompé comme une femme? pourquoi as-tu accumulé sur moi une malédiction plus qu'humaine?

N'étais-tu qu'un démon, empruntant le sourire de l'amitié et les artifices de la femme, et parée d'une beauté étrangère, jouant avec un cœur fidèle?

Par cet œil qui put autrefois répondre par ses regards aux miens, par cette oreille qui put autrefois écouter les histoires que je te racontais;

Par cette lèvre, prodigue de sourires, qui pouvait adoucir l'amertume des chagrins; par cette joue qui brillait autrefois de tant d'éclat, et feignait de rougir aux paroles de la pure amitié;

Par tous ces charmes trompeurs réunis tu as servi ta volonté capricieuse et flétri sans regrets celui que tu ne voulais pas obligeamment assassiner!

Cependant je ne te maudis point--dans ma tristesse,--je sens encore combien tu me fus chère. Oh! je ne pourrais--même dans la folie--te condamner à la peine que tu mérites!

Vis! et quand ma vie sera éteinte, puisse la tienne durer encore long-tems; trop tard alors tu pourras découvrir par tes propres sentimens tout ce que j'ai dû ressentir contre toi!

Quand tous tes attraits seront fanés,--quand tes flatteurs ne t'encenseront plus;--avant que le linceul de la mort ait dérobé aux regards la proie d'un reptile;--

Avant cette heure--trompeuse sirène! écoute-moi!--tu ressentiras ce que j'éprouve maintenant, tandis que mon ame, voltigeant près de toi, murmure à ton oreille le vœu rompu de l'amitié!

Mais--il est inutile de te faire des reproches sur ta vie passée ou présente;--ce que tu fus--mon imagination l'a rêvé! ce que tu es--je le connais trop tard!

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