III.
Cependant qu’en la Croix plein d’amour infinie, Dieu pour nostre salut tant de maux supporta, Que par son juste sang nostre ame il racheta Des prisons où la mort la tenoit asservie,
Alteré du desir de nous rendre la vie, I’ay soif, dit-il aux Iuifs; quelqu’vn lors apporta Du vinaigre, & du fiel, & le luy presenta; Ce que voyant sa Mere en la sorte s’écrie:
Quoy! n’est-ce pas assez de donner le trepas A celuy qui nourrit les hommes icy bas, Sans frauder son desir, d’vn si piteux breuvage?
Venez, tirez mon sang de ces rouges canaux, Ou bien prenez ces pleurs qui noient mon visage, Vous serez moins cruels, & i’auray moins de maux.
COMMENCEMENT D’VN POEME SACRÉ.
I’ay le cœur tout ravy d’vne fureur nouvelle, Or’ qu’en vn S. ouvrage vn S. Démon m’appelle, Qui me donne l’audace & me fait essayer Vn sujet qui n’a peû ma jeunesse effrayer. Toy, dont la providence en merveilles profonde, Planta dessus vn rien les fondemens du monde, Et baillant à chaque estre & corps, & mouvemens, Sans matiere donnas la forme aux Elemens; Donne forme à ma Verve, inspire mon courage; A ta gloire, ô Seigneur, i’entreprens cet ouvrage. Avant que le Soleil eust enfanté les Ans, Que tout n’estoit qu’vn rien, & que mesme le temps Confus n’estoit distinct en trois diverses faces, Que les Cieux ne tournoyent vn chacun en leurs places, Mais seulement sans temps, sans mesure, & sans lieu, Que seul parfait en soy regnoit l’Esprit de Dieu, Et que dans ce grand Vuide, en Majesté superbe, Estoit l’Estre de l’Estre en la vertu du Verbe; Dieu qui forma dans soy de tout temps l’Vnivers, Parla; quand à sa voix vn mélange divers...
EPIGRAMME.
Vialard, plein d’hypocrisie, Par sentences & contredits, S’estoit mis dans la fantaisie D’avoir mon bien & Paradis. Dieu se gard de chicanerie. Pour cela, je le sçay fort bien Qu’il n’aura ma chanoinerie: Pour Paradis ie n’en sçay rien.
ODE SVR VNE VIEILLE MAQVERELLE.
Esprit errant, ame idolastre, Corps verolé couuert d’emplastre, Aueuglé d’vn lascif bandeau, Grande Nymphe à la harlequine, Qui s’est brisé toute l’eschine Dessus le paué du bordeau,
Dy-moy pourquoy, vieille maudite, Des Rufians la calamite, As-tu sitost quitté l’Enfer? Vieille à nos maux si preparée, Tu nous rauis l’aage dorée, Nous ramenant celle de fer.
Retourne donc, ame sorciere, Des Enfers estre la portiere, Pars & t’en va sans nul delay Suyure ta noire destinée, Te sauuant par la cheminée, Sur ton espaule vn vieil balay.
Ie veux que par tout on t’appelle Louue, chienne, ourse cruelle, Tant deçà que delà les monts, Ie veux de plus qu’on y adiouste: Voylà le grand Diable qui iouste Contre l’Enfer & les Demons.
Ie veux qu’on crie emmy la ruë, Peuple, gardez-vous de la gruë Qui destruit tous les esguillons, Demandant si c’est aduenture, Ou bien vn effect de nature Que d’accoucher des ardillons.
De cent clous elle fut formée, Et puis pour en estre animée, On la frotta de vif-argent: Le fer fut premiere matiere, Mais meilleure en fut la derniere, Qui fist son cul si diligent.
Depuis honorant son lignage, Elle fit voir vn beau mesnage D’ordure & d’impudicitez, Et puis par l’excez de ses flames, Elle a produit filles & femmes Au champ de ses lubricitez.
De moy tu n’auras paix ny tresue Que ie ne t’aye veuë en Greue, La peau passée en maroquin, Les os brisez, la chair meurtrie, Preste à porter à la voirie, Et mise au fond d’vn mannequin.
Tu merites bien dauantage, Serpent dont le maudit langage Nous perd vn autre paradis: Car tu changes le Diable en Ange, Nostre vie en la mort tu change Croyant cela que tu nous dis.
Ha dieux! que ie te verray souple, Lorsque le bourreau couple à couple Ensemble lira tes putains, Car alors tu diras au monde Que malheureux est qui se fonde Dessus l’espoir de ses desseins.
Vieille sans dens, grande halebarde, Vieil baril à mettre moustarde, Grand morion, vieux pot cassé, Plaque de lict, corne à lanterne, Manche de luth, corps de guiterne, Que n’es-tu desià in pace.
Vous tous qui malins de nature, En desirez voir la peinture, Allez-vous en chez le bourreau, Car s’il n’est touché d’inconstance, Il la faict voir à la potence, Ou dans la salle du bordeau.
STANCES.
Ma foy, ie fus bien de la feste Quand ie fis chez vous ce repas, Ie trouuay la poudre à la teste, Et le poyure vn bien peu plus bas.
Vous me monstrez vn Dieu propice, Portant vn arc & vn brandon, Appelez-vous la chaude pisse Vne flesche de Cupidon?
Mon cas, qui se leue & se hausse, Baue d’vne estrange façon, Belle, vous fournistes la sausse Lors que ie fournis le poisson.
Las! si ce membre eust l’arrogance De foüiller trop les lieux sacrez, Qu’on luy pardonne son offence, Car il pleure assez ses pechez.
EPIGRAMMES.