L. M. P.
A MONSIEUR CORNEILLE.
SONNET.
Tous ces présomptueux dont les foibles esprits S'efforcent vainement de te suivre à la trace, Se trouvent à la fin des corneilles d'Horace[1250], Quand ils mettent au jour leurs comiques écrits.
Ce style familier non encore entrepris, Ni connu de personne, a de si bonne grâce Du théâtre françois changé la vieille face, Que la scène tragique en a perdu le prix.
Saint-Amant[1251], ne crains plus d'avouer ta patrie, Puisque ce Dieu des vers est né dans la Neustrie, Qui pour se rendre illustre à la postérité,
Accomplit en nos jours l'incroyable merveille De cet oiseau fameux parmi l'antiquité, Nous donnant un Phénix sous le nom de Corneille.
DU PETIT-VAL[1252].
[1250] Allusion à ces vers d'Horace:
Ne si forte suas repetitum venerit olim Grex avium plumas, moveat cornicula risum, Furtivis nudata coloribus.
(Épîtres, liv. I, ép. III, v. 18-20.)
[1251] Le poëte Saint-Amant était né à Rouen, comme Corneille.
[1252] Raphaël du Petit-Val, libraire et poëte de Rouen, dont on trouve des vers en tête de plusieurs ouvrages de Béroalde de Verville.
A MONSIEUR CORNEILLE.
SONNET.
Mélite, qu'un miracle a fait venir des cieux, Les coeurs charmés à soi comme l'aimant attire; Mais c'est avec raison que tout le monde admire La Veuve qui n'a pas moins d'attraits dans les yeux.
Faire parler les rois le langage des Dieux, Faire régner l'amour, accroître son empire, Peindre avec tant d'adresse un gracieux martyre, Fermer si puissamment la bouche aux envieux;
Faire honneur à son temps, enseigner à notre âge A polir doucement son vers et son langage[1253], Corneille, c'est assez pour avoir des lauriers.
Dessus le mont sacré, toujours tranquille et calme; Mais pour dire en un mot, de venir des derniers Et les surpasser tous, c'est emporter la palme.
[1253] Ce vers est étrangement défiguré dans l'édition originale:
A polie (sic) doucement son voeu (sic) et son langage.
A MONSIEUR CORNEILLE.
SIXAIN.
Ce n'est rien d'avoir peint une vierge beauté, Mélite, vrai portrait de la divinité. La grâce de l'objet embellit la peinture Et conduit le pinceau qui ne s'égare pas; Mais de peindre une Veuve avec autant d'appas, C'est un effet de l'art qui passe la nature.
PILLASTRE, avocat en parlement.
A MONSIEUR CORNEILLE.
ÉPIGRAMME.
Toi que le Parnasse idolâtre, Et dont le vers doux et coulant Ne fait point voir sur le théâtre Les effets d'un bras violent, Esprit de qui les rares veilles Tous les ans font voir des merveilles Au-dessus de l'humain pouvoir, Reçois ces vers dont Villeneuve[1254], Ravi des beautés de ta Veuve, A fait hommage à ton savoir.
[1254] Ce poëte était en relation avec Guillaume Colletet. Voyez les Divertissements de Colletet, 1631, p. 38.
A MONSIEUR CORNEILLE.
Corneille, je suis amoureux De ta Veuve et de ta Mélite, Et leurs beautés et leur mérite Font naître tes vers et mes feux. Je veux que l'une soit pucelle; L'autre ici me semble si belle Qu'elle captive mes esprits, Et ce qui m'en plaît davantage, C'est que les traits de son visage Viennent de ceux de tes écrits.
DE MARBEUF[1255].
[1255] Il était maître des forêts à Pont-de-l'Arche. On a un Recueil des vers de M. de Marbeuf, Rouen, David du Petit-Val, 1628, in-8{o}.
A MONSIEUR CORNEILLE SUR SA VEUVE
SIXAIN.
On vante les exploits de ces mains valeureuses Qui font dans les combats des veuves malheureuses; Mais j'estime, pour moi, qu'il t'est plus glorieux D'avoir fait en nos cours une Veuve sans larmes, Et que l'on ne sauroit, sans t'être injurieux, Donner moins de lauriers à tes vers qu'à leurs armes.
DE CANON.
A MONSIEUR CORNEILLE SUR SA VEUVE.
SONNET.
Corneille, que ta Veuve est pleine de beauté! Que tu l'as d'ornements et de grâce pourvue! Le plaisir de la voir tous mes sens diminue, Et trahir tant d'appas ce seroit lâcheté[1256].
Quoi que puisse à nos yeux offrir la nouveauté, Rien ne les peut toucher à l'égal de sa vue; Il n'est point de mortel, après l'avoir connue, Qui se puisse vanter de voir sa liberté[1257].
Admire le pouvoir qu'elle a sur mon esprit, Ne cherche point le nom de celui qui t'écrit, Qui jamais ne connut Apollon ni sa lyre.
Ton mérite l'oblige à te donner ces vers, Et la douceur des tiens le force de te dire Qu'il n'est rien de si beau dedans tout l'univers.