‹ Œuvres de P. Corneille, Tome 03Chapitre 17 sur 30 · L'INFANTE. - L'INFANTE.

L'INFANTE. - L'INFANTE.

Hier[452] ce devoir te mit en une haute estime; L'effort que tu te fis parut si magnanime, 1170 Si digne d'un grand coeur, que chacun à la cour Admiroit ton courage et plaignoit ton amour. Mais croirois-tu l'avis d'une amitié fidèle?

CHIMÈNE.

Ne vous obéir pas me rendroit criminelle.

Ce qui fut juste alors ne l'est plus aujourd'hui[453]. 1175 Rodrigue maintenant est notre unique appui, L'espérance et l'amour d'un peuple qui l'adore, Le soutien de Castille, et la terreur du More[454]. Le Roi même est d'accord de cette vérité[455], Que ton père en lui seul se voit ressuscité; 1180 Et si tu veux enfin qu'en deux mots je m'explique, Tu poursuis en sa mort la ruine publique. Quoi! pour venger un père est-il jamais permis De livrer sa patrie aux mains des ennemis? Contre nous ta poursuite est-elle légitime, 1185 Et pour être punis avons-nous part au crime? Ce n'est pas qu'après tout tu doives épouser Celui qu'un père mort t'obligeoit d'accuser: Je te voudrois moi-même en arracher l'envie; Ote-lui ton amour, mais laisse-nous sa vie. 1190

CHIMÈNE.

Ah! ce n'est pas à moi d'avoir tant de bonté[456]; Le devoir qui m'aigrit n'a rien de limité. Quoique pour ce vainqueur mon amour s'intéresse, Quoiqu'un peuple l'adore et qu'un roi le caresse, Qu'il soit environné des plus vaillants guerriers, 1195 J'irai sous mes cyprès accabler ses lauriers.

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