‹ Œuvres de P. Corneille, Tome 03Chapitre 20 sur 30 · L'INFANTE.

L'INFANTE.

T'écouterai-je encor, respect de ma naissance, 1565 Qui fais un crime de mes feux? T'écouterai-je, amour, dont la douce puissance Contre ce fier tyran fait révolter mes voeux[516]? Pauvre princesse, auquel des deux Dois-tu prêter obéissance? 1570 Rodrigue, ta valeur te rend digne de moi; Mais pour être vaillant, tu n'es pas fils de roi.

Impitoyable sort, dont la rigueur sépare Ma gloire d'avec mes desirs! Est-il dit que le choix d'une vertu si rare 1575 Coûte à ma passion de si grands déplaisirs? O cieux! à combien de soupirs Faut-il que mon coeur se prépare, Si jamais il n'obtient sur un si long tourment[517] Ni d'éteindre l'amour, ni d'accepter l'amant! 1580

Mais c'est trop de scrupule, et ma raison s'étonne[518] Du mépris d'un si digne choix: Bien qu'aux monarques seuls ma naissance me donne, Rodrigue, avec honneur je vivrai sous tes lois. Après avoir vaincu deux rois, 1585 Pourrois-tu manquer de couronne? Et ce grand nom de Cid que tu viens de gagner Ne fait-il pas trop voir sur qui tu dois régner[519]?

Il est digne de moi, mais il est à Chimène; Le don que j'en ai fait me nuit. 1590 Entre eux la mort d'un père a si peu mis de haine[520], Que le devoir du sang à regret le poursuit: Ainsi n'espérons aucun fruit De son crime, ni de ma peine, Puisque pour me punir le destin a permis 1595 Que l'amour dure même entre deux ennemis.

SCÈNE III.

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