‹ Œuvres de P. Corneille, Tome 04Chapitre 19 sur 30 · XIV.

XIV.

Au commencement de notre troisième acte, l'épisode du duel est assez froidement indiqué par une conversation, tandis qu'il est mis en scène dans l'original. C'est sur le terrain, dans le parc d'Atocha, où son père l'a laissé, que Garcia rencontre son adversaire, lui demande la cause de ce défi, le rassure en inventant une dame mariée à laquelle il aurait donné sa grande fête, et insiste ensuite par point d'honneur pour croiser l'épée, puisqu'on l'a fait venir à cette intention.

Survient l'ami commun, don Félix, qui s'occupe au combat: Garcia les quitte avec des airs graves de gentilhomme raffiné[539], et l'entretien qui suit est rendu en entier par la scène entre Alcippe et Philiste[540].

Dans la scène suivante, Clarice se dispose à la conversation du balcon en causant avec Isabelle des nombreuses faussetés du jeune homme, jusqu'à l'aveu d'un mariage, qui ôte toute excuse à ses empressements auprès d'elle. C'est à peu près tout le dialogue espagnol, moins la surprise de Jacinte-Clarice reconnaissant par la fenêtre le brillant étranger, qui n'est plus autre que le fils de don Beltran ou de Géronte.

Enfin la scène du balcon nous offre le moment principal de cet acte, et un effet encore très-dramatique. Dorante n'y ment plus, mais il fait penser à Clarice qu'il ment plus que jamais en ne lui parlant que de Lucrèce, parce que c'est le nom qu'il lui attribue. De là ce dialogue avec Cliton:

«Je disois vérité.--Quand un menteur la dit, En passant par sa bouche elle perd son crédit[541];»

et ce qui précède, le tout emprunté à ce texte bien net d'intention et de style:

DON GARCÍA.

Estoy loco. Verdades valen tan poco!

TRISTAN.

En la boca mentirosa.

DON GARCÍA.

Que haya dado en no creer cuanto digo!

TRISTAN.

Qué te admiras, si en cuatro ó cinco mentiras te ha acabado de coger? De aquí, si lo consideras, conocerás claramente que quien en las burlas miente perde el crédito en las veras.

Il y a du reste, chez Alarcon, beaucoup de force et de rapidité dans le dialogue qui a poussé à bout le début de Jacinte et qui donne lieu à Lucrèce de désirer que le Menteur dise vrai en s'adressant à elle. La même conduite est suivie dans le français, et tous les traits principaux sont traduits.

Ainsi se rapportent aux vers 949, etc., de Corneille les suivants:

Soy al fin el que se precia de ser vuestro, y soy quien hoy comienzo á ser, porque soy el esclavo de Lucrecia.

Aux vers 959, etc.:

DON GARCÍA.

Ya espero, señora mia, lo que me quereis mandar.

JACINTA.

Ya no puede haber lugar lo que trataros queria....

DON GARCÍA.

Por qué?

JACINTA.

Porque sois casado.

DON GARCÍA.

Que yo soy casado?

JACINTA.

Vos.

DON GARCÍA.

Soltero soy, vive Dios! Quien lo ha dicho, os ha engañado.

JACINTA, á parte, á Lucrecia.

Viste mayor embustero?

LUCRECIA.

No sabe sino mentir.

JACINTA.

Tal me quereis persuadir?

DON GARCÍA.

Vive Dios, que soy soltero.

JACINTA, á parte.

Y lo jura.

LUCRECIA, á parte.

Siempre ha sido costumbre del mentiroso de su crédito dudoso, jurar para ser creido.

Aux vers 1044, etc.:

JACINTA.

Pues Jacinta no es hermosa? No es discreta, rica, y tal que puede el mas principal desealla para esposa?

DON GARCÍA.

Es discreta, rica, y bella; mas á mí no me conviene.

JACINTA.

Pues decid, qué falta tiene?

DON GARCÍA.

La major, que es no querella.

Nous aurions pu tout citer, car Corneille n'a rien omis, sauf les détails auxquels il devait substituer des équivalents ou de simples raccords. Ici comme ailleurs on aura pu remarquer chez le poëte français plus d'étude et d'art dans le style, chez l'espagnol une précision plus vive, qui entraîne davantage l'action dramatique.

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