L'AMOUR.
Laissons cela, Zéphire, et me dis si tes yeux Ne trouvent pas Psyché la plus belle du monde. Est-il rien sur la terre, est-il rien dans les cieux Qui puisse lui ravir le titre glorieux 985 De beauté sans seconde? Mais je la vois, mon cher Zéphire, Qui demeure surprise à l'éclat de ces lieux.
ZÉPHIRE.
Vous pouvez vous montrer pour finir son martyre, Lui découvrir son destin glorieux, 990 Et vous dire entre vous tout ce que peuvent dire Les soupirs, la bouche et les yeux. En confident discret, je sais ce qu'il faut faire Pour ne pas interrompre un amoureux mystère.
SCÈNE II.
PSYCHÉ[329].
Où suis-je? et dans un lieu que je croyois barbare, 995 Quelle savante main a bâti ce palais, Que l'art, que la nature pare De l'assemblage le plus rare Que l'œil puisse admirer jamais? Tout rit, tout brille, tout éclate 1000 Dans ces jardins, dans ces appartements, Dont les pompeux ameublements N'ont rien qui n'enchante et ne flatte; Et de quelque côté que tournent mes frayeurs, Je ne vois sous mes pas que de l'or ou des fleurs. 1005
Le ciel auroit-il fait cet amas de merveilles Pour la demeure d'un serpent? Ou lorsque par leur vue il amuse et suspend De mon destin jaloux les rigueurs sans pareilles, Veut-il montrer qu'il s'en repent? 1010 Non, non, c'est de sa haine, en cruautés féconde, Le plus noir, le plus rude trait, Qui par une rigueur nouvelle et sans seconde, N'étale ce choix qu'elle a fait De ce qu'a de plus beau le monde, 1015 Qu'afin que je le quitte avec plus de regret.
Que mon espoir est ridicule, S'il croit par là soulager mes douleurs! Tout autant de moments que ma mort se recule Sont autant de nouveaux malheurs; 1020 Plus elle tarde, et plus de fois je meurs.
Ne me fais plus languir, viens prendre ta victime, Monstre qui dois me déchirer. Veux-tu que je te cherche, et faut-il que j'anime Tes fureurs à me dévorer? 1025 Si le ciel veut ma mort, si ma vie est un crime, De ce peu qui m'en reste ose enfin t'emparer. Je suis lasse de murmurer Contre un châtiment légitime; Je suis lasse de soupirer: 1030 Viens que j'achève d'expirer.
SCÈNE III.