‹ Œuvres de Saint-AmantChapitre 23 sur 77 · Le Poëte crotté

Le Poëte crotté

Dans cette satyre joyeuse,
Plusieurs se sentiront pincer
D’une façon ingenieuse,
Qui ne pourront s’en offencer.

Clyon, ma petite camuse,
De grace, enfle ta cornemuse,
Pour entonner d’un chant falot,
Non les debauches de Bilot,

Qui, prest de descendre en l’Averne,
Estendu contre une taverne
Dont il adoroit le loquet,
En jettant le dernier hocquet,
Commeil entendit crier : Masse !
Soudain d’une voix graisle et basse
Respondit : Toppe ! et puis mourut
D’une broche qui le ferut ;
Non, dis-je, pour prosner sa gloire
À vaincre Bacchus mesme à boire,
Mais pour chanter et mettre au jour
L’adieu du poète à la cour.
Mon duc, de qui, sans flatterie,
Picque d’une noble furie,
J’esleverois le nom aux cieux,
À la honte de tous les dieux,
Si les regles de la satyre
Aucun bien pouvaient laisser dire,
Dans vostre mal vueillez ouyr
Ces vers faits pour vous resjouyr.
Peut-estre que vos medecines,
Vos bains, vos huylles, vos racines
N’apporteront pas tant du leur
À soulager vostre douleur,
Puis qu’on tient pour chose certaine
Que, pour appaiser toute peine,
Le plaisir est un appareil
Qui n’a nul remede pareil.
Quant est de moy, malgré ma jambe
Où le feu Sainct-Antoine flambe,
Malgré mon pauvre bras demis,
Au grand regret de mes amis,

En maint endroit leur rime platte
Me fait espanouyr la ratte.
Mais il est temps de commencer :
Debout, Margot, il faut dancer.
Lors que ce chardon de Parnasse
Ce vain espouvantail de classe,
Ce pot-pourry d’estranges mœurs,
Ce moine bourru des rimeurs,

Ce chaland de vieille tripiere,
Cc taquin orné de rapiere.
Cet esprit chaussé de travers,
Ce petit fagotteur de vers,
Vid sa pauvre muse chifflée
Et son esperance befflée,
Après avoir esté vingt ans
Un des plus parfaits sots du temps,
Et s’estre veu, par son merite,
Fol de la reyne Maguerite,
Qui l’estimoit, Dieu sçait combien !
C’est-à-dire autant comme rien.
À la fin, saoul de chiquenaudes,
De taloches, de gringuenaudes,
D’ardantes mousches sur l’orteil,
De camouflets dans le sommeil,
De pets en coque à la moustache,
De papiers qu’au dos on attache ;
D’enfler mesme pour les lacquais,
De bernemens, de sobriquets,
De coups d’espingle dans les fesses,
Et de plusieurs autres caresses
Que dans le Louvre on luy faisoit
Quand son diable l’y conduisait,
ll luy prit, quoy que tard, envie
D’aller ailleurs passer sa vie,
Et, laissant Paris en ce lieu,
Luy dire pour jamais adieu.
Mais, avant qu’il ouvre la bouche,
Je veux luy donner une touche
De mon pinceau pour l’habiller,
Tant qu’on s’en puisse esmerveiller.
Un feustre noir, blanc de vieillesse,

Garny d’un beau cordon de gresse,
Qu’il ne sçauroit avoir perdu,
Non plus qu’engagé ny vendu
Sans se voir aussi-tost nu-teste,
Couvroit la hure de la beste,
Troussé par devant en sainct Roc,
Avec une plume de coc.
Son pourpoint, sous qui maint pou gronde,
Montroit les dents à tout le monde,
Non de fierté, mais de douleur
De perdre et matiere et couleur.
Il fut jadis d’un drap minime ;
Mais qu’est-ce que le temps ne lime ?
Le pauvre diable a fait son cours :
Autant puissent durer mes jours.
La moitié d’une peccadille,
Sur qui sa criniere pandille,
Alfreuse et sentant le sabat,
Luy servait au lieu de rabat.
Des gregues d’un faux satin jaune,
D’un costé trop longues d’une aulne,
Et de l’autre à bouillon troussé,
Reliques d’un ballet dansé,
Qu’un galand coiffé d’une dame
Luy donna pour son anagrame
Avec un demy-quart d’escu,
Enharnachoient son chien de cu.
Un rocquet de bourraccan rouge,

Qui jamais de son dos ne bouge,
L’affubloit, quoy qu’il fust hyver,
Et qu’il fust rongé de maint ver.
Une estroitte jartiere grise,
Faite d’un vieux lambeau de frise,
En zodiaquant le gipon,
Servoit d’escharpe à mon fripon,
Et trainoit, comme à la charrue,
Pour soc un fleuret par la rue,
Dont il labouroit le pavé,
Lequel en estoit tout cavé.
Ses jambes, pour paistrir les crottes,
S’armoient à cru de vieilles bottes,
L’une en pescheur, d’un gros cuir noir,
La plus grande qui se pust voir,
L’autre d’un cuir blanc de Russie,
À genouilliere racourcie ;
L’une à pié-plat, à bout pointu,
Et l’autre à pont-levis tortu.
Un petit esperon d’Engliche,
À la garniture assez chiche,
Ergottoit son gauche talon ;
Quant au droit, le bon violon
N’y portoit rien qu’une ficelle
Pour en soustenir la semelle,
Qui, comme un fruict meur ou pourry,
Laissant l’arbre qui l’a nourry,
Par quelque soudaine tempeste,
À tous coups estoit toute preste
De quitter, en se remuant,
La plante de son pied puant.
En ce ridicule equipage,
Chargé de son petit bagage,
Tirant pays seul et dispos,
Il debagoula ces propos :

Ville où j’ay tant traisné mes guestres,
Que j’en dois mieux sçavoir les astres
Qu’un rat ne fait de son grenier,
Je le chante l’adieu dernier.
Adieu doncques, Paris sur Seine,
Seine, riviere humide et pleine,
À Sanitas nommée ainsi,
Comme dit quelque autheur chansi.
Adieu Paris, cité superbe,
Paris sans pair, rare proverbe !
Qui montre, en cachant mille appas,
Que Vaugirard ne te vaut pas.
Adieu Pont-Neuf, sous qui l’eau passe,
Si ce n’est quand hyver la glace :
Car, adonc ne bougeant d’un point,
Elle est ferme, et ne passe point.
Adieu, roy de bronze ou de cuivre,
Qu’à pié l’on peut aisement suivre,
Quoy que vous soyez à cheval,
Sans aller par mont ny par val ;
Adieu, belle place Dauphine,
Où l’eloquence se r’affine
Par ces basteleurs, ces marmots,
De qui j’ay pris tant de beaux mots
Pour fabriquer mes epigrammes,
Bon mots qui, plus pointus que lames,
Font qu’on ne peut, sans se picquer,
En torche-culs les appliquer.
Adieu ! vous que tout au contraire
J’ay souvent fournis de quoy braire :

Chantres, l’honneur des carrefours
Et des ponts, où d’une voix d’ours
Et d’une bouffonne grimace
Vous charmez le sot populace,
Tandis qu’un matois, non en vain,
Essaye à faire un coup de main.
Adieu, blonde Samaritaine,
Que, sans peur des tireurs de laine,
Pour n’avoir n’argent ny manteau,
En venant du royal chasteau
J’ay veu cent fois aux heures sombres,
Lors que l’opacité des ombres
Absconce tout ce qui reluit
Dessous la cappe de la nuit.
Adieu, belles rostisseries,
De moy si vainement cheries,

Où j’ay veu fumer d’aloyaux,
Qui plus valoient que les joyaux
Qui decoroient le pont au Change
Devant ce traistre esclandre estrange,
Qui, plus promptement qu’un esclair,
Luy fit faire le saut en l’air.
Adieu le roy des testes-folles,
Grand Erty, qui, dans les escolles
Qu’on tient aux Petites-Maisons,
Fais rire jusques aux tisons.
Las ! de quelle perseverance
Paty ay-je, sous esperance
D’obtenir quelque jour du sort
Ta noble place en cas de mort,
Place que j’eusse demandée,
Et qu’on m’eust sans faute accordée,
Nul n’en pouvant, comme je croy,
La charge mieux faire que moy.
Adieu, palais où la justice
Ne mange que du pain d’espice,

Et ne fait boire à ses regents,
Que la sueur des sottes gents,
Qui pour un zest, pour une paille,
Bouttant jusqu’à l’ultime maille,
Apprennent à leurs hoirs enfin
Que cil qui plaide est moult peu fin.
Quant à toy, gros Louvre effroyable,
Pour adieu je te donne au diable,
Le roy dehors, cela s’entant,
Et les reynes, qui valent tant.
Ouy, de bien bon cœur je t’y donne,
Je te dis moy-mesme en personne,
Pour les niches, pour les tourmens
Que dans tous tes departemens
On m’a faits depuis tant d’années,

Tourmens que les ames damnées
Trouveroient pires aux enfers,
Ny que leurs feux, ny que leurs fers.
Voyez un peu que c’est du monde,
Et combien est fat qui s’y fonde !
Je me souviens qu’au temps passé
Des plus grands j’estois caressé ;
Ils me tenoient pour habile homme.
Peu s’en faut que je ne les nomme,
Pour montrer qu’ils ne sçavent rien ;
Mais nul ne m’orroit, aussi bien.
S’il se faisoit galanterie,
Course, carrouzel, mommerie,
Combat de barriere, ballet ;
S’il falloit chanson ou poulet,
J’estois leur mon-cœur, leur mon-maistre ;
Leur ame m’ouvroit la fenestre
Pour m’exhiber tous ses secrets,
Tous ses plaisirs, tous ses regrets,
C’est-à-dire mille sottises.
Je leur fournissois de devises,
De beaux couplets, de hauts discours ;
Enfin j’estois tout leur recours.
Ô faux galands ! ô hapelourdes !
Que vous avez les testes lourdes,
Quoy qu’elles soient creuses pourtant,
Et que l’air soit moins inconstant !
Quand on vous montre ou vers ou prose,
Feignans d’y sçavoir quelque chose,
Vous sousriez et faites : hon,
Mais à contre-temps, c’est le bon.
Si l’amour à soy vous attire,
Vous demandez une satyre
À la louange des beaux yeux,
Qui sont vos soleils et vos dieux.

Ou vous priez que l’on vous fasse
Sur tous les attraits d’une face,
Autant de long que de travers,
Quelque beau quatrain de six vers.
Si dessus un nom d’importance,
On vous dit quelque sotte stance,
Vous l’exaltez par des transports,
En grimassant d’ame et de corps ;
Et si d’un nom qu’on chiffle au Louvre,
Quelque ouvrage excellent on couvre
En le prononçant vilement,
Vous ne l’estimez nullement.
Si vous oyez un equivoque,
Vous jettez d’aise vostre toque
Et prenez son sens malautru
Pour un des beaux mots de Bautru,
J’ay veu qu’un sonnet accrostiche
Anagrammé par l’emistiche,
Aussi bien que par les deux bouts,

Passoit pour miracle chez vous.
J’ay veu que vous preniez des noises
Pour les Marguerites françoises,
Et qu’eussiez joué des cousteaux
Pour Nerveze et pour Escuteaux ;

Et depuis peu mesme la Serre,
Qui livres sur livres desserre,
Duppoit encore vos esprits
De ses impertinente escrits.
Non, non, je ne suis pas si beste,
Quelque longue que soit ma teste,
Que je ne reconnaisse bien
Que vous l’estes ou n’estes rien.
Adieu, dames et damoiselles,
Autant les laides que les belles,
Si par fard on peut meriter
Ce nom de belle, et le porter.

Allez au Cours, aux Tuilleries,
Faites-y force drolleries,
Mais il n’en est pas la saison.
Ne bougez donc de la maison,
J’entends ne bougez de la ville,
Et là, d’une humeur bien civile
Entre-visitez-vous souvent ;
Puis, feignant d’aller au convent,
Glissez-vous en robbe discrette
Chez la confidente secrette,
Où vous attend le financier
Avec boutique de mercier
Et collation preparée
Pour passer toute la soirée,
Pendant que l’amoureux de cour
Souspire en vain pour vostre amour.
Encore un coup, ô belle bande !
Pour adieu je vous recommande,
Si vous n’avez pire destin
Aux successeurs de Roquentin.

Adieu vous qui me faites rire,
Vous gladiateurs du bien-dire,
Qui sur un pré de papier blanc,
Versans de l’encre au lieu de sang,
Quand la guerre entre-vous s’allume,
Vous entre-bourrez d’une plume,
D’un cœur doctement martial,
Pour le sceptre eloquential.
À propos, messieurs, quand j’y songe,
Que je voy quel soucy vous ronge,
Et le dessein que vous avez,
Parbieu ! cela n’est pas mauvais,
Ou soit en vers, ou soit en prose,
Que vous disputiez d’une chose
Qui sans doutance m’appartient,
À ce que l’Olivete tient.
J’en eusse dit ma ratelée,
En me fourrant dans la meslée ;
Mais je ne suis pas si badin :
L’advanture du paladin
Me fait tressaillir de l’espaule ;
Je redoute en diable la gaule,
Et m’est advis que sur mon dos
Je ne sens desjà que fagots.
Adieu vrais theatres comiques,
Belles maisons academiques,
Les ordinaires rendez-vous
Des esprits forts, des esprits dous,

Des eloquens, des gens d’intrigue,
Des cœurs de l’amoureuse brigue,
Des complaisans applaudisseurs
Et des raffinez polisseurs.
Quel plaisir d’estre en une chaise
Chez vous bien assis à son aise,
Dans une ruelle de lit
Où Madame s’ensevelit
Loin du jour, de peur qu’on ne voye
Que son muffle est une monnoye
Qui n’est plus de mise en ce temps,
Et qu’elle a bien neuf fois sept ans !
Là l’un lit, là l’autre censure,
Donnant à tout double tonsure ;
L’un se refrogne et ne dit mot ;
L’autre nigaude et fait le sot ;
L’un raconte quelque nouvelle
Qui met tout le monde en cervelle ;
L’autre pette en esternuant,
Et l’autre vesse en bouc puant.
Adieu, mon hoste, mon compere,
Où je m’en suis fait en grand’chere
Pour un franc, six liards et demy
En deux quarts d’an. Si, mon amy,
Si je vous dois quelque chosette,
Quelque chose, dis-je, de reste,
Un bout de peigne t’ay laissé
Qui t’en rendra recompensé.
Adieu, bel hostel de Bourgongne,

Où d’une joviale trongne
Gaultier, Guillaume et Turlupin
Font la figue au plaisant Scapin,
Où, dis-je, mes petits confreres
Estalent leurs bourrus mysteres ;
Où maint garnement de filou,

Quoué d’un estoc au vieux lou,
Pour n’aller jamais à la guerre.
Se pennade dans un parterre
Dont les horions sont les fleurs,
Les divers habits les couleurs,
Les fueilles les badauts qui tremblent,
Et où tous ses supposts s’assemblent,
Yvres de biere et de petun,
Pour faire un sabat importun.
Adieu, maquerelles et garces ;
Je vous prevoy bien d’autres farces
(Poetes sont vaticinateurs)
Dans peu vous et vos protecteurs
Serez hors de France bannies
Pour aller planter colonies
En quelque Canada loingtain.
Le temps est près, et tout certain :
Ce n’est point un conte pour rire.
Vous aurez beau crier et dire :
J’appartiens à Monsieur un tel ;
Quand vous embrasseriez l’autel,
Quand pour vous en penser distraire
Vous vous soumettriez à la haire,
Si faudra-t-il marcher pourtant.
Ô ! si l’on en faisoit autant
À toutes celles dont la vie
Dessus vostre mestier renvie,
Que Paris se depeupleroit !
Presque sans femmes il seroit.
Adieu, grande et fameuse Greve,

Helas ! de te quitter je creve ;
J’esperois qu’un jour à venir,
Puis qu’aussi bien tout doit finir,
Apres avoir fait à l’extresme
Un tour de pays de moy-mesme,
J’aurais l’honneur, sur vostre bort,
De voir force gens à ma mort ;
Au lieu qu’au sentier que j’empoigne
Devant que de r’estre en Gascongne,
Je cours l’hazard d’au coing d’un bois
Jetter seul des ultim’ abbois,
Accravanté de lassitude,
De trop jeusner, de marritude,
Et qui plus est, loing des beaux yeux
Où logent mon pis et mon mieux.
Ha ! beaux yeux ! ha ! docte maistresse !
Pour qui mon pie marche en detresse,
Gente Perrette, mon soucy,
À qui, jeunet, d’amour transy,
J’abnndonnois moy-mesme en proye
Mon cœur, mon poulmon et mon foye,
Mon corps de l’un à l’autre bout,
Trippes, boudins, et merde et tout :
Helas ! faut-il que je te quitte !
Ouy, l’ordonnance en est prescrite.
Je voudrois bien que non, mais quoy !
Necessité n’a point de loy.
L’horrible misere, laquelle

Oncques ne va sans sa sequelle,
Dueil, dam, dol, peur, mort, froid, soif, faim,
Honte, chagrin, rancœur, mes-haing,
Paresse, desespoir, envie,
Et de tous les maux de la vie,
Malgré moy me contraignent à
Laisser ton œil, qui m’empesta.
Au moins, ô ma chere Sybile !
N’aye la memoire labile :
Remembre-toy de ton costé
De ton pauvre rimeur crotté,
Et du mien j’auray pour hostesse
Dans le chief ma haute poetesse,
Dont les escrits, comme mes vers,
Sont les torches de l’univers ;
Remembre-toy des serenades
Qu’en mes nocturnes promenades,
Accompagné d’un bielleur
Aveugle, afin que deceleur
De nos amours il ne pust estre,
Discretion (qui reconnestre
Se doibt bien) je t’ay si souvent
Donnée à la pluye et au vent ;
Rememore-toy davantage,
Que quoy qu’en un douziesme estage
Tu te gistes proche du ciel,
Et c’est pourquoy, mon tout, mon miel.
Cy-devant haute t’ay nommée,
Toutesfois, d’une ame charmée
N’ay pas laissé, grimpant en ours,
De te visiter tous les jours.
Item, recorde-toy qu’en somme,
Malgré ce que ce diable d’homme,
Cette bedaine d’Allemand,
Ce fin railleur, ce faux Normand,

Ce vray demon de la satyre,
Né pour nostre commun martyre,
A dit de bouche ou par escrit
De ton corps et de ton esprit,
Tantost accomparant ta mine
À quelque vache qui rumine,
Tantost chantant qu’un siecle entier
À greslé dessus ton quartier ;
Tantost, t’appelant vieille chatte,
Poil de gorret, caboche platte,
Nez roupieux, œil esraillé,
Bec de pivert, teint escaillé,
Menton velu, cou de bellette,
Sein de drappeau, corps de squelette,
Bras d’ozier sec, main de guenon,
Jambe de grue et pié d’asnon ;
Tantost, disant que de Virgile
Tu honnis l’adorable stile,
Que son beau sens perverty as
Avec ton galimathias ;
Que tu apte n’es ny idoine
Qu’à servir de folle à la roine,
Et qu’en un estat bien reglé
Ton cher ponant seroit sanglé.
Recorde-toy, dis-je, ô ma rose !
Que, quoy qu’en creusse quelque chose,
Je t’ey obstant moult bien servy,
Et serviray, si plus je vy.
Je te le jure par ta garbe,
Parton bon demy-pié de barbe,

Par le grand diable de Vauvert,
Par ta teste à chapperon vert,
Par la mienne à porter marotte,
Par les guenilles de ta cotte,
Par ton mary, qui fut pendu,
Par ta sœur au groin morfondu,
Par le gousset de ton haleine,
Par le nabotin qui te meine,
Par ta guenuche qui le suit,
Par ton bel attiffet de nuit,
Par le grenier où tu demeures,
Par tes dents de couleur de meures,
Par ton vieux chiffon de collet,
Par ta coiffe d’un bioulet,
Par tes souliers d’une coudée,
Par tes grimaces d’obsedée,
Par tes gands fourrez de blaireau,
Par ta simarre de bureau,
Par les vitres de tes lunettes,
Par le tintin de mes sonnettes,
Par ton masque de camelot,
Par ma taille de Sibilot,
Par ta chaise à jambe demise,
Par la foire de ta chemise,
Et par tout ce qu’avons nous deux
De ridicule et de hideux.
Bref, souviens-toy qu’à ton exemple,

Monté sur l’eschelle du temple,
J’ay publiquement defendu
Ains pieça, los, jaçoit, ardu,
Soulas, opter, blandice, encombre ;
Et, m’escrimant, ainsi qu’une ombre,
Dans mes discours superlatifs,
Pour les mignards diminutifs,
Ay prouvé par raisons notoires
À tous les porteurs d’escritoires,
Que, comme de mil vient millet,
Ainsi de mail vient ton Maillet,
Nom dont, par une prevoyance
De nos amours, c’est ma croyance,
Le fatum exprès m’a pourveu,
Pour que de toy mieux fusse veu.
Ha ! ma vieillottine Perrette !

Que ne te tiens-je ores seulette
Près de quelque flot argentin,
Or’ que l’archerot enfantin,
De ses vo-volantes flammeches.
R’innove en mon sang mille breches,
Et qu’en despit du froid, du temps,
En songeant à toy je m’estends !
Je sçaurois si hermaphrodite
Avec verité tu es ditte,
Obtenant de ta grace ainsy
Ce don d’amoureuse mercy,
Guerdon bien deu aux maux prolixes,
Que tes yeux, mes planettes fixes,
Depuis vingt ans fait souffrir m’ont,
Assez pour escacher un mont.
Helas ! il me souvient encore,
Ô douce lampe que j’adore !
D’une chanson dont vis à-vis
De ton guichet, à mon advis,
Je te gringotay mon martyre ;
La voicy, je la veux redire,
Tant afin de ne l’oublier
Que pour aux champs la publier :
Belle, qui dans un grabat
Sans rabat,
Toute seule et toute nue,
Estens à present ton corps,
Si ne dors,
Las ! oy ma desconvenue.
Oy le triste ver-coquin
D’un mesquin

Sur qui Cupido s’acharne,
Et pour obliger son feu
Tant soit peu,
Mets le chief à la lanterne.
C’est un pauvre adolescent
Innocent,
Feru droit à la poictrine,
Lequel, sous ton bon plaisir,
N’a desir
Que d’embrasser ta doctrine.
Les garrots de tes regards,
Doux-hagars,
Dans son cœur leurs pointes fichent
Plus avant, las ! que dans ton
Pelotton
Tes espingles ne se nichent.
Les cottrets qu’à la Sainct-Jean,
D’an en an,
Dedans la Greve on allume,
Ne bruslent pas mieux que luy,
Qu’aujourd’huy
Ton œil ard, grille et consume.
Et combien qu’il pleuve à flots
Sur son dos,
Qui n’en est pas beaucoup aise,
Cet orage degoutant,
Nonobstant,
Ne peut esteindre sa braise.
Combien, dis-je, que la nuit,
Sans nul bruit,
De noires ombres le cerne,
Ce feu fait que pour ses pas,

Il n’a pas
Ores besoin de lanterne.
Il est pourtant si secret,
Si discret,
Que la clarté l’importune,
Craignant d’estre reconnu
Et tenu
Pour homme à bonne fortune.
Si dessus le lac amer
De la mer
Il estoit dans un navire ;
Les rots qu’il lache pour toy,
Que je croy,
Luy serviroient de zephire.
Aussi les moulins à vent
Bien souvent
En ont mis le grain en poudre,
Et l’eau que pissent ses yeux
En maints lieux,
D’autres moulins a fait moudre.
Moins de poils a ton matou,
Qui dort où
Tu te reposes la teste,
Qu’il n’a d’ennuis au cerveau,
Le bon veau,
Tant ta beauté le tempeste.
Las ! helas ! ô dur esmoy !
C’est de moy,
C’est de moy de qui je parle ;

Si tu veux sçavoir mon nom ;
Ma guenon,
Je ne m’appelle point Charle.
Comme il alloit hurlant ces rimes,
Ces beaux adieux farcis de crimes
Contre la langue et le mestier,
Un puissant ribaud de chartier,
Qui retournait au Bourg-la-Reine
Charrette vuide et pance pleine,
Le rencontrant dans son chemin,
En bourdican de Saint-Fremin,
Termina ses sottes merveilles
D’un coup de fouet par les oreilles,
Et luy fist changer de discours
Pour crier : À l’ayde ! au secours !
Si quelqu’un icy veut entendre
Par quel moyen j’ay peu l’apprendre,
Puis que je ne m’y treuvay pas,
Je n’ay qu’à luy dire en ce cas,
Afin de l’oster de cervelle,
En chantant-la chanson nouvelle
Qui maintenant est en credit,
Mon petit doigt me l’a dit.

…… Pelletier crotté jusqu’à l’échine.
Va mendier son pain de cuisine en cuisine ;

Mais cet autre poëte est bien plein de ferveur ;
ll est blesme, transy, solitaire, resveur ;
La barbe mal peignée, un œil branslant et cave,
Un front tout refrogné, tout le visage have,
Ahanne dans son lict et marmotte tout seul.
Comme un esprit qu’on oit parler dans le linceul.
Grimasse par la rue, et, stupide, retarde
Ses yeux sur un objet sans voir ce qu’il regarde.

Il n’est point de ciment que le temps ne dissoude…
Dois-je trouver mauvais qu’un méchant pourpoint noir
Qui m’a duré dix ans soit percé par le coude ?

Le propre soir du mesme jour.
Livet, revenant de la cour.
Fut assailly par une bande
Contre laquelle, encor que grande,
Comme il estoit homme de bien,
Il le défendit assez bien ;
Mais il fallut céder au nombre ;
Ayant esté fort mal mené.
Il fut enfin assassiné.

— D’où vient qu’on a tant approché
Cette Justice du marché ?
— Rien n’est plus facile à comprendre :
C’est pour montrer qu’elle est à vendre.

Àla fin tous ces jeux que l’athéisme élève
Conduisent tristement le plaisant à la Grève. (Boileau)

Ces nobles mots : moults, ains, jaçoit,
Ores, adonc, maint, ainsi-soit,
A-tant, ai-que, piteux, icelle,
Trop-plus, trop-mieux, blandice, isnelle.
Pieça, tollir, illec, ainçois…

… de Gournay la pucelle.

Les Ponts-Bretons charmèrent
Autrefois nos esprits.
Les Petits-Doigts gagnèrent
Bientôt après le prix.
Maintenant on les blâme
De n’être pas curieux…

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