‹ Œuvres de Saint-AmantChapitre 39 sur 77 · La Petarrade aux Rondeaux, caprice

La Petarrade aux Rondeaux, caprice

Double homonime, et vous, fine equivoque,
À jointes mains ma Clion vous invoque
Pour fagotter quelque gentil rondeau
Qui desarçonne et Victor et Brodeau.
Auprès de vous les plus hautes pensées
Sont aujourd’huy dans l’estime abbaissées ;

Les plus beaux sens, les termes les plus forts,
Tous eshanchez, rampant à demy morts,
Et le caprice avecques sa peinture,
Qui fait bouquer et l’Art et la Nature,
Ce fou divin, riche en inventions,
Bizarre en mots, vif des descriptions,
Ce rare autheur des nobles balivernes,
Quoy qu’inspiré du demon des tavernes,
N’ose parestre et n’a plus de credit
Depuis qu’en cour vostre honneur reverdit.

Voyez un peu comme icy tout se change !
Comme du blasme on passe à la louange !
Je vous croyois infames autrefois,
Et maintenant je vous donne ma vois ;
J’eusse juré qu’au front des seuls theatres
Les francs badauts, des farces idolastres,
Les sots laquais et les vils crocheteurs,
Se montreroient vos seuls admirateurs ;
Et cependant, forcé de m’en desdire,
Tout le premier j’en estouffe de rire ;
Je vous cheris, je vous approuve en vers,
Et hors d’Envers j’en veux faire à l’envers.
Hymnes sacrez, piteuses elegies.
Stances d’amour, joviales orgies,
Odes sans pair, doux et graves sonnets,
Vous n’estes plus que chants à sansonnets :
Un seul rondeau vaut un poëme epique ;
Un seul rondeau vous fait à tous la nique,
Et l’epigrame, à sa comparaison,
N’est qu’un labeur sans rime et sans raison.
Ha ! je voy bien qu’en ce siecle malade
Pour plaire au goust il faut que la balade,

Le chant royal et le gay triolet,
R’entrent en vogue et prosnent leur rolet.
Je connois bien qu’il faut que l’anagrame,
Et l’acrostiche, et l’echo qu’on reclame,

Et qui respond si bien au bout du vers,
Soient ramenez aux yeux de l’univers ;

Qu’en suitte d’eux il convient que l’epistre,
Le lay pleurard, le virelay belistre,
L’enigme goffe et l’embleme pedant,
Sur nostre esprit reprennent ascendant ;
Qu’il faut enfin que le diantre on revoye,
Que le rebus ses deux LL desploye,
Et qu’à son flanc le cocq-à-l’asne aussi
Ergottant tout vole et rechante icy.
Çà, faisons mieux, barbotons les paroles
Que la magie enseigne en ses escoles ;
Traçons un cerne et prononçons tout bas :
Morric, morruc, tarrabin, tarrabas ;
Qu’à ces grands mots, horreur des cimetieres,
Sortent en chats grondans par les goutieres

Sous la faveur du bon maistre Astarot,
Chartier, Cretin, Saint-Gelais et Marot ;
Que Des-Accords, en de mesmes fourrures,
Rapporte au jour ses plattes Bigarrures,
Avec Fauchet, en vain laborieux,

Et l’advocat sottement curieux :
Mille secrets nous en pourrons apprendre ;
Ils nous diront comment il s’y faut prendre
Pour fagotter quelque gentil rondeau,
Qui desarçonne et Victor et Brodeau.
Mais sans besoin ce charme je propose,
Puisque, la grace à la metempsicose,
On les voit tous ayant la plume en main :
Gilles, Le Blanc, Du-Lot et Vieux-Germain.

Nos anciens poètes avoient de nombreuses espèces de rimes. Pour P. Delaudun d’Aigaliers, « la première, plus excellente et moins usitée, pour estre la plus difficile, est l’équivoque, qui est lorsqu’un mot de deux, trois ou quatre syllabes, rime et simbolise a la fin d’un vers avec un autre vers, lorsqu’il y a plusieurs dictions, ce qui se montre et apprend facilement, par exemple, comme en mon livre des Meslanges il y a une epistre à damoiselle Claire Delaudun, ma tante :

Pour declarer mon vouloir, ô ma tante !
Et sur quel point j’ay ors mis mon attente.
Et que sçachiez seurement et de seur
Ce qui me cause une extresme douceur…

M. Quicherat, dans son savant Traité de versification française, appelle « rime équivoque ou équivoquée une rime dans laquelle la dernière ou les dernières syllabes d’un vers sont re

Le bon Crétin au vers équivoqué.

Grande et petit : sautereaux, sauterelles.
Ont de plaisir et liesse abondance :
On chante, on rit ; qui le corps a bon danse ;
Et pour montrer qu’il ne leur chaille mie
Des maux passés, l’un prend sa chalemie (chalumeau),
L’autre un tabour, l’autre une cornemuse ;
Celuy n’y a qui en son cor ne muse.

Verbe eternel dès le commencement,
Mis en secret dedans le pensement
Du Dieu puissant…

Un sonnet sans défauts vaut seul un long poème.

Marot bientôt après fit fleurir les ballades,
Tourne des triolels…

Une chançonnete chanta
Tele que je vous diray jà.

Diex ! trop demeure mes amis.
Tart m’es que le revoie.
Li biaus, li courtois, li jolis ;
Diex ! trop demeure mes amis !
Puis qu’en luy sont tous biens assis.
Pourquoi ne l’ameroie ?
Diex ! trop demeure mes amis :
Tart m’est que le revoie.

« Au milieu de ses troupes eclatoit la Reine avec toute sa douceur et sa majesté, environnée d’un petit corps d’archers ou chevau-legers de sa garde, commandez par des officiers de nouvelle creation et qui servaient par quartier. Les uns se nommoient Ballades, les autres Énigmes, les autres Triolets, tous pourveus à la nomination d’une dame appelée la Mode, qui avoit depuis peu obtenu beaucoup de credit auprès de la reine. »

J’ay veu qu’un sonnet acrostiche,
Anagrammé par l’emistiche…

Anagrammes pronostiques de gloire et de félicité à l’heureux regne du très-chrestien roy de France et de Navarre Louis 13, tirés en forme de discours du sacré nom de Sa Majesté, sans addition, diminution ou mutation aucune des lettres :

Louis treisiesme, roi de France et de Navarre

Ôtrès-saint nai à reformer le service de Dieu !
Ce dessein illustre de roi te va faire renomer ;
Ce rare soin fera reluire ton juste diadesme ;
Le roi des cieux remunerera ta foi si ardente.
Ta foi divinisée otera d’erreur les mecreants.
Le doctrine de vie en tes jours sera rafemie :
Desja on t’admire à te voir refrener les vices.
Deifié en mile vertus sacrées on t’ira adorer.
En divers efets la misericorde ornera ta vie :
Ta vie se va rendre en effet le miroir des rois ;
Ô rare ! le sacré nom de juste te fera diviniser !
Rare et divin, redoneras les offices au merite :
Tu seras idoine à rendre la justice reformée,
Astrée, ton aimé desir, s’offre à revenir du ciel :
Mars, dieu si redouté, en terre a fini sa colere.
Je vois desja un rare accord entre fils et mere ;
Ton roiaume sera si fidele à te rendre service !
Tu feras Anne mere, et des lors joie ici durera.
Vrai cœur de lion, si ardent et fier ès armées,
Va ès terres idumées i donner et i ancrer la foi ;
Revere la crois et Dieu afermira ton dessein ;
Ce mistere i refleurira en deues adorations.
Ton armée, sire, efroiera le Turc desja desuni.
Aie ton ferme recours en Dieu, il t’i addressera.
Dieu t’a reservé à redifier le sacré mont Sion.
Sion t’admirera en rares œuvres de felicité.
Le cretien te semond a l’i favoriser d’arrivée
Le mer sise s’ofrira de l’i conduire en seureté.
Le fameux Jordan se sentira recreé de t’i voir ;
L’Eufrate, Sire, recevra ton domaine si desiré ;
Enfin tu seras crié et adoré roi de Jerusalem.
Et vas fere en Orient des miracles de vrai roi.

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