Les Pourveus bachiques, caprice
Que les cohortes du Sophy
Aillent reprendre Babilone ;
Qu’il envoye au Turc un deffy
Comme la Gazette nous prosne ;
Que tout soit reduit à l’aumosne,
Mon cher Comte, il ne m’en chaut pas,
Pourveu que Bachus, dans son trosne,
Preside à ce noble repas.
Qu’avec le fouet des convenans
L’Escosse estrille l’Angleterre ;
Qu’on face porter aux manans
L’espadon ou le cimeterre ;
Que l’on arme toute la terre,
Je seray tousjours assez fort,
Pourveu qu’on m’esquippe d’un verre
Plein de muscat jusques au bort.
Que de l’empire du lion
Se desmembre la Catalongne ;
Que sa chaude rebellion
Taille à Guzman de la besongne ;
Que tout le monde s’entre-congne,
Je croiray que tout vive en pais,
Pourveu que je vive en yvrongne,
Et que Mars dorme où je repais.
Qu’au seul nom du brave Harcourt
L’Espagnol de peur se conchie ;
Qu’il pousse ou retienne tout court
Les vains pas de sa monarchie ;
Qu’il gemisse à teste fleschie,
Ma couppe en rira de bon cœur,
Pourveu qu’elle soit enrichie
De la precieuse liqueur.
Que Banier, bien ou mal muny,
Expose tout à l’avanture ;
Qu’à ce coup Picolominy
Soit deffait à platte couture ;
Qu’il demeure en bonne posture,
Il ne m’importe nullement,
Pourveu qu’il plaise à la nature
Que je boive eternellement.
Que le Soudart de Fernambouc
Se rende maistre de la baye ;
Qu’il la ravage mieux qu’un bouc
Ne fait les tendrons d’une baye ;
Que par tout l’on chante dandaye,
Je ne m’en estonneray point,
Pourveu que dans une humeur gaye
Je me rembourre le pourpoint.
Que du faux oracle d’Arras
Madrid à la Flandres se pleigne ;
Que devant nos diables de ras
Ses matoux quittent son enseigne ;
Que mesme nos souris on creigne,
J’en escriray le bel effet,
Pourveu que ma plume se teigne
Dans l’encre rouge d’un buffet.
Qu’on epouvente les aisez
Du rude mot de subsistance ;
Que nos tresors soient epuisez
Pour des affaires d’importance ;
Qu’on rongne aux moines la pitance,
J’en nommeray l’arrest divin,
Pourveu qu’à la noble assistance
L’on ne retranche point le vin.
Qu’en Portugal un nouveau Jean
Chastre le sceptre de Philippe ;
Que la Seine domte en un an
Le Rhin, le Necar et la Lippe ;
Que le lis morgue la tulippe,
J’en siffleray la gloire aux cieux,
Pourveu que je trempe ma lippe
Dans ce jus qui rit à mes yeux.
Que le barreau reçoive ou non
Les reigles de l’Academie ;
Que, sur un verbe ou sur un nom,
Elle jaze une heure et demie ;
Qu’on berne adonc, car et m’amie,
Nul ne s’en doit estomaquer,
Pourveu qu’on sauve d’infamie
Crevaille, piot et chinquer.
Qu’un tarif, maintesfois changé,
Mette au rouet l’arithmetique ;
Qu’un artisan presque enrage
En renasque dans sa boutique ;
Que cent nouveautez on pratique,
J’en gausseray les mal-contens,
Pourveu qu’à la façon antique
Chacun de nous hausse le tens.
Qu’un superbe et gros maltotier
Érige en palais ses rapines ;
Que son jeune fou d’héritier
S’abandonne aux garces poupines ;
Qu’il en ressente les espines,
J’auray des roses à souhait,
Pourveu qu’à l’ombre des chopines
Je me trouve sain et de-hait.
Qu’un endebté, qu’un criminel,
Trompe une barriere en sa chaise ;
Qu’un autre, en plein jour solennel,
S’y coule chez dame Gervaise ;
Qu’un autre y dandine à son aise,
Je trouveray cela fort bon,
Pourveu qu’en celle-ci j’appaise
Ma soif qui naist de ce jambon.
Que nos cocqs, sur l’aigle acharnez,
Excitent les chants de nos cygnes ;
Que nos princes determinez
Aient fait rage au combat des lignes ;
Que de mes vers leurs noms soient dignes,
Je trouveray cela fort beau,
Pourveu que Dieu garde nos vignes
De la gresle du renouveau.
Que nos petits oisons de cour
Usent de fausses railleries ;
Qu’ils soient ineptes en amour
Et sots en leurs galanteries ;
Qu’ils ayment les friponneries,
Je les tiendray pour gens bien nez,
Pourveu que dans nos beuveries
Ils ne fourrent jamais le nez.
Qu’à leur honte nos demy-dieux
Ne fassent rien pour ma fortune ;
Que je tracasse, pauvre et vieux,
Ou sur Cibelle ou sur Neptune ;
Qu’un dur creancier m’importune,
Je n’en auray point de soucy,
Pourveu que je trinque et petune
Avec les drosles que voicy.
Que Lysidor soit obsedé
Du demon de l’inquietude ;
Qu’ayant plus qu’un Paule raudé,
Il s’obstine en cette habitude :
Qu’il joigne la guerre à l’estude,
Je trouveray cela fort bien,
Pourveu qu’exempt de servitude
Je frippe et hume tout mon bien.
Je n’aspire plus aux lauriers
Qu’on cueille au bout d’une conqueste ;
Bren de ces preux avanturiers
Qui dans le choq se font de feste ;
Que cent palmes on leur appreste,
Je m’en mocque à gozier ouvert,
Pourveu qu’on m’honore la teste
D’un bouchon fait de pampre vert.
Que l’on me parle d’aller voir
Balets, tableaux, filles de joye ;
Que de livres pleins de sçavoir
Les rares présents on m’octroye ;
Que le Cours ses graces déployé,
Je tiendray cela pour veu,
Pourveu qu’à table je me voye
De vin d’Espagne bien pourveu.
Quand les Français prendront Arras,
Les souris prendront les chats.
24 octobre 1640. — Declaration portant que tous les beneficiers de France payant decimes payeront un sixième de la valeur de leur revenu par chacune des deux années, presente et prochaine ; et, ce faisant, seront dechargez de fournir declaration de leurs biens, pour raison du droit d’amortissement par eux dû.
Novembre 1640. — Edit portant revocation des anoblissements accordez depuis trente ans, ensemble des privileges et exemptions de taille des officiers commensaux de la maison de Sa Majesté, et autres generalement quelconques :
« Louis, etc. ; — Nous avons assez de connaissance des grandes charges que supporte notre pauvre peuple, tant du principal que de la taille, crues y jointes, crues de garnisons, subsistances de nos troupes pendant le quartier d’hiver, qu’autres impositions extraordinaires, ensemble les logements de nosdites troupes, et que le faix d’icelles charges est uniquement porté par les plus faibles ; que les plus puissants de nos sujets, lesquels ont le plus d’interêt à la conservation de notre État, leurs personnes, charges, offices et biens en faisant partie, sont ceux qui contribuent le moins aux charges d’iceluy,
« À quoi voulant pourvoir et faire contribuer tous une sujets egalement auxdites charges, comme étant les seuls moyens certains et assurez pour la subsistance de nostredit État et soulagement de nos sujets…
« À ces causes, nous avons, par ce present edit, perpetuel et irrevocable, dit, statué et ordonné, disons, statuons et ordonnons…, etc. » — Louis XIII, on le voit, entroit en pleine révolution : la suppression des priviléges, l’égalité perpétuelle et irrévocable des charges. — 1789 n’est pas allé plus loin, sinon en fait.
Et le destin m’auroit fort obligé
S’il m’avait dit : Tu vivras jusqu’au G.