V
Le lendemain matin, Vercingétorix disposa son armée avec le même soin que dans les campagnes précédentes. Devant ses trois camps, derrière une rivière (l’Ouche?), il rangea en bataille son infanterie, protégée ainsi contre toute surprise: quelle que fût la fortune du combat, elle demeurerait intacte, et pour plus de sûreté, il s’éloigna d’elle le moins possible. De l’autre côté de la rivière, à gauche, sur une hauteur (Saint-Apollinaire, à l’est de Dijon?), il plaça un fort détachement de cavaliers pour dominer la plaine, servant à la fois de vigie et de réserve. Au delà, vers le Nord-Est, dans les vastes espaces découverts par où s’avançait César (plaine de la Norges?), il lança ses escadrons, groupés en trois corps: l’un devait faire face au front des troupes romaines et l’arrêter; les deux autres devaient le dépasser, et se rabattre sur les flancs.
César, la veille, ne se doutait pas de l’approche de l’ennemi. Il paraît l’avoir ignorée encore de bon matin, et avoir fait prendre à ses légions le même ordre de marche que le jour précédent. Mais, quand on lui annonça l’ennemi, tout changea en un clin d’œil dans l’armée romaine.
César arrêta la marche, fit former les légions en un vaste carré (entre Varois et Quétigny?), et placer les équipages derrière les rangs des soldats, au centre de la surface dont ils garnissaient le pourtour. Les bagages étaient désormais à l’abri, et les cohortes légionnaires, rapprochées le plus possible les unes des autres, couvertes et prêtes de tous côtés, présentaient une muraille d’hommes et de fers devant laquelle les chevaux se cabreraient aussi net que devant un rempart de pierres. Sur le front et sur le flanc des dix légions, César répartit ses cavaliers en trois corps: à sa gauche et par-devant, les Romains et autres; à sa droite, qui était le plus menacée, et dominée par la colline, les escadrons germains, sa principale ressource.
Désormais, la surprise espérée par Vercingétorix était impossible. Ses cavaliers ne traverseraient même pas une fois les lignes ennemies. Mais les ordres étaient donnés. La lutte s’engagea.