LXVII.
Après 46, mais, il est vrai, à cent dix-sept ans de là, nous possédons de la mort de Simon Bargioras, le chef des Juifs révoltés contre Vespasien, un récit fort circonstancié écrit par Josèphe[171]. L’historien grec raconte, à la date de 71, le triomphe de l’empereur: «La procession», dit-il, «arriva enfin au temple de Jupiter Capitolin. Là on fit halte. C’était un vieil usage romain d’y attendre le messager chargé d’annoncer la mort du général des ennemis. Celui-ci était Simon fils de Gioras, lequel avait suivi le cortège parmi les prisonniers. Conduit dans un local dominant le forum, il y fut étranglé[172] par le lacet, après avoir été maltraité par ceux qui le conduisaient[173]: car la loi est de tuer en cet endroit ceux qui ont été condamnés à mort pour leurs crimes[174]. Quand on vint annoncer que Simon avait vécu, tous les assistants poussèrent des acclamations, et les sacrifices commencèrent.»
[171] Guerre des Juifs, VII, 5, 6.
[172] Trébellius Pollion écrit, au sujet de la strangulation (Tyr. triginta, XXII, 8): Strangulatus in carcere captivorum veterum more perhibetur.
[173] De même pour Jugurtha, Plutarque, Marius, XII.
[174] Exagéré; cf. Mommsen, Strafrecht, p. 930.
C’est, je crois, de cette manière qu’il faut se représenter les derniers instants de Vercingétorix[175].
[175] Bien que j’aie voulu, à ces quelques notes près, exclure de ce livre son appareil critique et bibliographique, me réservant de le publier ailleurs, il est cependant de mon devoir de rappeler que la vie de Vercingétorix a donné lieu, à la fin du XIXe siècle, à trois travaux spéciaux: le livre de Fr. Monnier, Vercingétorix et l’indépendance gauloise, religion et institutions celtiques (2e édit., 1875, Paris, Didier), œuvre d’imagination et de verve, trop influencée par certaines rêveries des «celtomanes» de son temps; les articles de M. Albert Réville, Vercingétorix et la Gaule au temps de la conquête romaine (Revue des Deux Mondes des 15 août et 1er sept. 1877), suggérés par le volume de Monnier, mais pleins de remarques originales et d’hypothèses vraisemblables; le livre de notre ami regretté Corréard, Vercingétorix ou la chute de l’indépendance gauloise (3e édit., 1889): livre destiné sans doute à la Bibliothèque des Écoles et des Familles (Paris, Hachette), mais qui est l’ouvrage le plus sain et le plus sobre qu’ait provoqué la vie de Vercingétorix, et qui est une œuvre de haute probité historique, c’est-à-dire faite à la fois avec l’étude immédiate des sources et la franchise reconnaissante des emprunts aux devanciers.
TABLE DES MATIÈRES