V
L’Auvergne réunissait les deux avantages essentiels aux peuples qui courent les combats et les conquêtes. Elle avait de bons cavaliers et de bons fantassins, et c’était une des rares contrées de la Gaule qui méritaient ce double éloge:
Nulli pede cedis in armis, Quosvis vincis equo,
disait Sidoine Apollinaire du soldat arverne.
Or, les deux peuples conquérants de l’Europe occidentale, les Gaulois et les Romains, ont dû leurs victoires à deux armes différentes. Les Romains possédaient la légion, la plus solide formation d’infanterie qu’une nation antique ait jamais produite; et les Gaulois étaient d’incomparables cavaliers. L’infatigable «piétinement des légions en marche», les charges rapides des escadrons celtiques, ont été peut-être les forces armées les plus brutales du monde ancien, du moins avant l’arrivée des hordes germaniques. Ces deux forces se heurteront, à peu près pour la dernière fois, sous la conduite de Vercingétorix et de César: ce qui fera le principal intérêt militaire des campagnes de l’an 52.
Comme fantassins, les Gaulois se lassaient vite: ils manquaient de cette souplesse et de cette endurance qui faisaient l’excellence des piétons aquitains et ligures. Les Arvernes ne valaient sans doute pas ces derniers: je me les figure moins agiles. Mais, habitués aux routes des montagnes, ils avaient la patience des longues marches et la sûreté dans l’escalade: ils fourniront le meilleur contingent de l’infanterie de Vercingétorix, ils seront, comme on a le droit de le supposer, les vainqueurs de Gergovie et les obstinés d’Alésia. En tant que cavaliers, les Arvernes égalaient n’importe qui de leurs congénères: tant qu’ils n’eurent pas devant eux des légions en rangs compacts ou des escadrons venus de Germanie, ils ne redoutèrent rien sur les champs de bataille ou dans les lointaines aventures.