‹ VercingétorixChapitre 5 sur 191 · III

III

Un seul pays, dans la Gaule centrale, ressemblait à l’Auvergne, et se dressait ainsi en donjon massif au milieu de routes et de rivières: le Morvan, domaine exclusif du peuple des Éduens, était également une citadelle compacte, assise sur un socle de granit; et de là aussi, des eaux descendaient vers les deux mers, vers la Seine et la Loire de l’Atlantique, et vers le Rhône gréco-romain.

Mais le plateau éduen n’était qu’un raccourci du plateau central; il n’en avait pas l’étendue, ni les contre-forts vigoureux, ni la robuste carrure, ni le noyau retranché; son sommet le plus élevé (Bois du Roi, 902 mètres) n’atteignait pas à la moitié du plus grand puy d’Auvergne (Puy de Sancy, 1886 mètres). Il est sans doute plus près que son rival (mais de si peu!) des routes de la Seine et de la Maine: il est en revanche complètement séparé par lui de la route historique des villes du Midi.

Le Morvan eut un seul avantage: il inclinait mollement vers les coteaux et les vallons de la Bourgogne; et par là les terres éduennes s’unissaient librement aux plaines de la Saône et du Rhône, alors que la principale ouverture de l’Auvergne, la vallée de l’Allier et la Limagne, se dirigeait uniquement vers le Nord. Les Arvernes faisaient front aux bassins de l’Océan; les Éduens, maîtres de la Côte d’Or, tenaient la tête de cette route, droite et gaie, entremêlée de vignes et d’eaux vertes, qui commence à Beaune et qui finit à la mer des cités antiques. Ceux-là regardaient surtout vers les terres d’où étaient venus les Gaulois; ceux-ci aspiraient aux pays par où les Romains arrivaient.

Ces tendances méridionales des Éduens étaient fortifiées encore par la situation de leur territoire dans le réseau des vallées fluviales. C’est un lieu de passage et de portage. Veut-on, en remontant la Saône, gagner par le chemin le plus commode la Loire navigable: on pénètre en pays éduen par les vallées recourbées de la Dheune, de la Bourbince et de l’Arroux; vise-t-on l’Yonne ou la Seine, on a la vallée de l’Ouche, qui conduit chez les Éduens ou chez leurs clients d’Alésia. Routes point trop longues, sans montées terribles, sans neiges intolérables: que peuvent être, à côté d’elles, les sentiers du Velay et l’étroite percée du Gier, les seuls passages par lesquels on puisse aborder, en venant du Rhône et du Midi, les terres du peuple arverne?

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