‹ VercingétorixChapitre 54 sur 191 · II

II

Un chef de clan gaulois ne ressemble à aucun autre des maîtres d’hommes du monde antique, ni à l’eupatride grec, ni au patricien romain, ni au mélek phénicien, ni au roitelet de la Germanie. Il y avait chez lui à la fois la rudesse du Barbare et la souplesse de l’homme policé. Ne nous ne le figurons pas comme un glorieux sauvage, épris seulement de combats sanglants, de chasses rapides et de buveries sans fin. Certes, il aimait tout cela, et avec la fougue irréfléchie des natures encore neuves: les plus vives passions bouillonnaient en lui, et ne s’apaiseront jamais du reste chez notre aristocratie nationale, qui gardera en elle une survivance de ses premiers instincts. Mais le noble gaulois est autre chose qu’un brandisseur de glaives et un chevaucheur de grandes routes. Le Vercingétorix des statues classiques, dressant vers le ciel sa tête farouche et sa longue lance, est le chef des jours de bataille. Je crois que les hommes de son milieu connaissaient aussi des plaisirs plus fins et des goûts plus calmes. Si l’on veut retrouver ceux qui leur ont ressemblé le plus, il faut chercher, non parmi les Barbares du monde antique, mais parmi leurs successeurs sur le même sol. «Le monde celtique», a dit avec raison M. Mommsen, «se rattache plus étroitement à l’esprit moderne qu’à la pensée gréco-romaine.» Et, en cherchant à comprendre Vercingétorix et ses congénères de l’aristocratie gauloise, j’ai toujours pensé malgré moi à Gaston Phœbus, superbe d’or, d’argent et de brocart, tantôt lancé dans d’infernales chevauchées où des meutes haletantes se mêlaient aux chevaux d’escorte, et tantôt trônant au milieu de ses convives, en face de la cheminée rayonnante de la grande salle de son château, entouré d’hommes d’armes, de chanteurs et de poètes, curieux lui-même de vers harmonieux et de récits imagés, beau conteur et beau diseur à son tour, intelligent, éloquent, rieur, têtu, cruel et dévot.

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