‹ VercingétorixChapitre 77 sur 191 · III

III

Dès qu’il eut assez d’hommes, Vercingétorix prit l’offensive. Il n’avait rien de mieux à faire: ses soldats étaient dans le premier élan de la liberté, ceux de Rome dans le désarroi de la surprise. Il pouvait, en allant vite, obtenir des résultats décisifs, couper la route au proconsul, affoler les légats ou les légions, forcer la main aux amis de César et la foi aux indifférents. Il devait, en tout cas, tenir le plus longtemps possible écartés l’un de l’autre ses trois adversaires: Labiénus en l’isolant, les Éduens en les occupant, César enfin en retardant sa marche.

La guerre allait donc être conduite sur trois points différents.--Au Centre, on occuperait le pays des Bituriges: ce pays fermait aux Arvernes les routes de la Loire, il les séparait de leurs alliés du Nord, il empêchait la conjuration de concentrer ses forces. En s’emparant du Berry, on rejetait définitivement vers l’Est tous les amis de César; en l’attaquant, on obligeait les Éduens, patrons des Bituriges, à venir à leur secours et à laisser les légions à leurs propres forces. Puis, Bourges conquis, on pourrait se diriger, suivant les circonstances, vers Sens ou vers le Mont Beuvray.--Au Nord-Est, il fallait se borner, contre les légions, à une guerre d’escarmouches, semblable à celle qu’avait faite Cassivellaun en Bretagne: comme elles ne se risqueraient pas hors de leurs campements, on pourrait au moins les y affamer.--Enfin, il fallait retarder le moment où Jules César paraîtrait à leur tête. Pour cela, on pouvait tenter vers le Sud une diversion sur la province romaine, risquer même une pointe audacieuse contre Toulouse et Narbonne, si insoucieuses alors de toute guerre, et lancer dans ces grandes plaines fertiles le galop imprévu des cavaliers gaulois. On pouvait être sûr que le proconsul, avant de rejoindre ses légions, serait obligé de rassurer les citoyens romains de Narbonne.

Vercingétorix avait donc trouvé le plan le meilleur. Il en confia l’exécution aux plus dignes. Le Sénon Drappès se chargea des légions. Le Cadurque Lucter fut envoyé vers la Garonne. Lui-même, avec le principal corps d’armée, marcha contre les Bituriges. Chacun des chefs allait combattre dans la région qu’il connaissait le mieux.--Quant à attaquer directement la Province par le Sud-Est, entre Vienne et Narbonne, il n’en fut pas question: les Cévennes, en temps d’hiver, semblaient neutraliser de ce côté la frontière de la Gaule.

En ce moment, César revenait. Il avait appris l’insurrection dans le temps même où les troubles s’apaisaient à Rome. De Ravenne, il se rendit à marches forcées vers la Transalpine, multipliant les ordres en cours de route, levant partout des hommes et des chevaux, et les acheminant vers de lointains rendez-vous. Les deux adversaires luttaient de vitesse.

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