L'ENFANT DE LA FORÊT; - CHAPITRE PREMIER.
PAR
M. DUCRAY-DUMINIL,
Auteur de LOLOTTE ET FANFAN, d'ALEXIS, des PETITS MONTAGNARDS, &c.
Qui le consolera, l'infortuné?.... Sa vertu!
TOME TROISIÈME.
À PARIS,
Chez LE PRIEUR, Libraire, rue de Savoie, nº. 12.
AN V.--1797.
PRÉSENT D'AMOUR QUI DOIT JOUER UN RÔLE.
Ô vous! célèbres romanciers allemands et anglais! toi, chantre éloquent des passions de Werther; toi, Goëthe; toi, Schiller; vous tous, conteurs estimés qu'on recherche pour la nouveauté des idées, le merveilleux des situations, le dessin des caractères et la force de l'intérêt, venez, venez faire résonner ma faible lyre, venez me prêter vos pinceaux pour achever les tableaux qu'il me reste à retracer à mes lecteurs; c'est ici que j'ai besoin de votre plume brûlante, et de votre narration rapide; c'est ici que votre inspiration m'est nécessaire pour continuer les aventures singulières de mon Victor: il va entrer dans une nouvelle carrière; et sa vertu, ferme et constante au milieu des efforts qu'on va faire pour la corrompre, a besoin d'un peintre plus habile et plus exercé que moi.... Mais que dis-je? vous, auteurs distingués que j'invoque, vous avez fait des romans, vous avez créé, inventé; il était facile à votre imagination riche et féconde d'amonceler des événemens, et de mettre par-tout l'illusion à la place de la réalité, le vraisemblable à côté du vrai.... Moi, j'écris une histoire véritable; je suis obligé de me renfermer dans les bornes qui me sont prescrites; je ne puis rien changer, rien altérer à mon ouvrage, si je veux être cru de mon lecteur: quelque simples que soient mes récits, ils mériteront sa confiance, son indulgence; et j'aurai du moins le mérite d'avoir su tirer de l'oubli les vertus, la constance, la fermeté et la résignation d'un jeune homme que les coups les plus imprévus d'une fortune injuste et cruelle vont attaquer successivement.
Victor passa une nuit agitée par la crainte et l'espérance: il sentit que, de la démarche qu'il allait faire, dépendait le sort de sa vie entière; il s'agissait d'obtenir Clémence ou de la fuir pour jamais. La fuir! il en avait eu déjà l'intention; il avait même essayé de s'éloigner d'elle: il en aurait eu la force alors; c'était lui seul, c'était sa seule délicatesse qui s'opposait à son bonheur. Il avait d'ailleurs l'espoir de revenir, de la revoir un jour; mais à présent, c'est une fatalité invincible qui le poursuit: il est malheureux, non par lui, mais par le hasard de sa naissance: s'il fuit Clémence, il la fuit la honte et la rougeur sur le front.... Il est le fils d'un vil criminel.... il lui semble qu'il porte sur ses traits le sceau de l'infamie et de la réprobation.. Cependant il est possible qu'il triomphe de Roger, il est vraisemblable même qu'il le rendra, sinon à la vertu, du moins à l'expiation du crime, à l'obscurité du remords. Alors, il revient, il épouse Clémence, et tous ses malheurs sont terminés. C'est à cette dernière idée que Victor doit s'arrêter; elle est plus naturelle, elle rit mieux à son imagination: oui, Victor sera heureux, il le sera!....
Telles sont les réflexions qui agitent son esprit jusqu'au moment où Clémence demande à lui parler.... Clémence n'a pu reposer de la nuit: elle a essayé de fermer les yeux; mais un songe affreux est venu glacer ses sens.... Elle a vu Victor enchaîné comme un vil criminel. Roger le serrait dans ses bras; tous deux frappaient les voûtes sombres d'un cachot de leurs lugubres gémissemens: des torches funèbres venaient tout-à-coup éclairer ce lieu sinistre: elle entendait crier: Lequel des deux faut-il immoler? Des bourreaux s'emparaient de Roger, de son fils, et ce Victor, qu'elle chérissait, disparaissait dans les airs, entraîné par un monstre ailé qui semblait vouloir le dévorer....
Clémence, éperdue, s'était réveillée en poussant des cris affreux, et elle venait chez son bien-aimé pour chercher des consolations. Je n'essaierai point de peindre une scène de tendresse bien naturelle entre ces deux amans: Clémence fondait en larmes; il lui semblait qu'elle voyait Victor pour la dernière fois, et l'arrêt du baron de Fritzierne lui paraissait injuste et barbare. Clémence n'espérait pas que Victor gagnât le farouche Roger. Elle n'avait pas assez d'expérience, ni de connaissance du coeur humain, pour se rendre raison de sa crainte; mais les femmes ont une finesse de tact, une rectitude de jugement qui les trompent rarement sur les résultats d'une affaire qu'elles ne connaissent souvent que par apperçu, et sur laquelle des hommes éclairés s'égarent, même après l'avoir étudiée à fond. Clémence croyait ne plus revoir Victor, et lui prodiguait les adieux les plus tendres.... Déjà Victor s'était chargé de quelques effets qui lui étaient nécessaires; Clémence y joignit son portrait et plusieurs pièces de linge qu'elle avait tissues ou brodées de sa main. Elle voulait engager son ami à différer son départ de quelques jours: il faut te reposer un peu, lui disait-elle, des fatigues du combat d'hier; d'ailleurs, les suites de ce combat funeste exigent ta présence ici: il y a beaucoup de dégât du côté de la tour du Nord; il faut réparer les fossés, remettre toutes les armes dans l'arsenal: veux-tu laisser tous ces embarras à mon vieux père, à ton bienfaiteur, et crois-tu que ton absence nous laissera le courage de penser à autre chose qu'à toi?....
Victor fut insensible aux larmes, aux prières de Clémence; il voulait savoir sur-le-champ le sort qui l'attendait, et ne pouvait rester plus long-temps dans une incertitude qui le désespérait. Quant aux soins à prendre pour les réparations du fort, il en avait chargé Valentin, qui devait très-bien le remplacer. Victor voulait partir, rien ne devait l'arrêter, et Clémence lui promettait qu'elle le suivrait par-tout, s'il arrivait que Roger fût insensible à ses instances. Victor tâchait de combattre cette résolution, qui blessait la tendresse filiale et la reconnaissance qu'elle devait à son père, Clémence insistait, et ces deux amans faisaient assaut de tendresse et de délicatesse, lorsque Valentin se présenta les larmes aux yeux: Quoi! mon bon maître! vous allez nous quitter?--Pour quelques jours, Valentin.--Pour long-temps, monsieur, pour toujours peut-être!--Qui te l'a dit?--Oh! je le crains!--On t'a donc appris les motifs de mon départ?--Oui, monsieur, on m'a tout dit; je sais tout, et c'est toujours d'un autre que de vous; en vérité c'est bien affreux!--Valentin?...--Oh! je vous en veux beaucoup!--Mon ami?...--Je ne suis point votre ami, monsieur: on n'a point de secret pour son ami, et je vois bien que je ne suis que votre domestique.--Enfin, que sais-tu?--Le malheur de votre naissance; oh! mon Dieu! comme c'est injuste ça! quoi! il faut que vous soyez la victime du hasard! est-ce votre faute à vous? avez-vous pu vous choisir un père? défunt le mien, qui était un brave homme pourtant, mais qui avait bien des petits défauts, à ce que disait ma mère, eh bien! il était riche, puis il avait tout mangé: sans son inconduite, voyez-vous, je serais à présent.... qui sait ce que je serais?--Valentin, voulais-tu me dire quelque chose?--Vous ne le devinez pas, monsieur, ce que je veux vous dire? vous connaissez donc bien peu mon coeur? Quoi! vous me voyez là, tout prêt à partir avec vous, à vous accompagner par-tout, et vous ne devinez pas ça?--Valentin, il faut, cette fois-ci, il faut absolument que tu restes.--Non, monsieur, non, je ne resterai pas ici. Vous croyez que je vais vous laisser aller seul au milieu d'une troupe de brigands? ils n'ont qu'à vous tuer; moi, je me reprocherais votre mort.--Ils ne me tueront point, Valentin.--Mais s'ils veulent vous retenir de force?--Je ne crains point cette violence de leur part.--Eh bien! moi je la crains, et je vais vous suivre: à deux on peut se défendre au moins.
Le bon Valentin avait mis dans sa tête le projet de suivre son maître; il fallut, pour l'en détourner, que Victor eût l'air de se fâcher sérieusement, et que Clémence employât toute son éloquence, pour engager le fidèle serviteur à ne point abandonner son père, qui avait besoin de ses soins.
Valentin se résigna à rester, non sans verser quelques larmes de sensibilité; puis, comme il sortait de l'appartement, il revint sur ses pas: À propos, dit-il, j'oubliais, monsieur..... Où était donc ma tête? Tenez, voilà un paquet cacheté que M. le baron m'a chargé de vous remettre.--Quoi! répond Victor, ne veut-il point recevoir mes adieux?--Non, monsieur, ce n'est pas qu'il vous en veuille; bien au contraire, il pleure comme un enfant, et ça me fait une peine!.... Mais comme il craint de s'attendrir trop, comme il redoute les effets d'une séparation qui lui coûte, il m'a chargé de vous prier de ménager sa sensibilité, en partant sans le voir.
Victor, frappé de ce coup imprévu, mit sa main sur ses yeux, et resta quelques momens accablé; mais bientôt Clémence et Valentin parvinrent à le calmer, à lui faire comprendre que le baron était âgé, sensible, et que ce n'était que par tendresse qu'il refusait ses adieux.
Victor, pénétré, décacheta le paquet que Valentin venait de lui remettre: il y trouva une très-forte somme d'argent, et, ce qui le flatta le plus, la boîte d'or qui renfermait le portrait de sa mère. Dedans cette boîte était une lettre ainsi conçue:
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«N'aggrave point ma douleur, mon cher Victor, en me faisant des adieux trop touchans pour mon coeur. Pars, va mériter la main de ton amante, ou t'en éloigner pour jamais. En quelque lieu que tu sois, j'aurai soin de ta fortune, et tu retrouveras toujours en moi ou un père, ou un bienfaiteur. Adieu.
ALEXANDRE BOLOSQUI, baron de FRITZIERNE».
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Victor mouilla cette lettre de ses larmes, puis il y répondit en ces termes:
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«Par-tout, homme sensible et généreux, par-tout je me rendrai digne de votre tendresse qui m'honore; mais si je ne puis obtenir de Clémence, s'il me faut renoncer à cette amie de mon coeur, vous n'entendrez jamais parler de moi; le désespoir abrégera mes jours, et la mort viendra mettre un terme et à mes malheurs, et à ma reconnaissance pour vous.
VICTOR, l'enfant de la forêt».
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Valentin, qui se chargeait d'aller porter cette lettre au baron, voulait revenir sur-le-champ, afin, disait-il, de faire la conduite à son cher maître; Victor exigea qu'il ne l'accompagnât point. Reste, lui dit-il, reste auprès de mon bienfaiteur; et toi aussi, Clémence, console cet homme dont ma fatale adoption trouble les vieux ans; il souffre, il pleure, et c'est moi, moi qui suis cause de tous ses maux. Va, Clémence, va le presser dans tes bras caressans; dis-lui bien que si je ne réussis point, mon départ d'aujourd'hui sera le seul chagrin que je lui causerai.
Clémence ne peut se séparer de son ami; elle pense qu'elle ne le reverra plus; elle entrevoit un avenir sinistre; elle tombe sur le bras de Victor, et forme les projets les plus extravagans pour le suivre sous des habits d'homme... Il n'a pas assez de sa douleur, Victor; il faut que son coeur, oppressé déjà, soit brisé par les gémissemens de celle qu'il aime; il faut qu'il ait du courage pour tout le monde: on ne le ménage point, ce pauvre Victor, on le tourmente de toutes les manières.
Clémence ne veut point s'arracher de ses bras; elle jure qu'elle y restera, ou qu'elle le suivra par-tout. Victor ne sait plus comment se débarrasser de l'excès de sa tendresse; il a épuisé toutes les ressources de la raison et des conseils.... Quelqu'un vient à son secours, et c'est madame Germain. Madame Germain vient aussi pour embrasser le fils de son amie, ce jeune homme qu'elle a tenu, nouveau né, sur son sein; mais madame Germain a du courage, de la fermeté; son oeil est sec, quoique son coeur batte violemment. Elle donne à Victor des avis sages pour se conduire auprès de Roger, dont le caractère lui est parfaitement connu; puis après l'avoir instruit parfaitement des moyens qu'elle juge à propos que Victor prenne pour réussir, elle entraîne Clémence en lui parlant de son père, d'un vieillard désolé, qui réclame sa tendresse et ses soins consolateurs.... Clémence jette des cris, se débarrasse des bras de son amie, et revient à Victor; mais elle ne pleure plus; son oeil est sec, son regard animé: elle arrache son voile tissu d'or et de soie écarlate: Tiens, Victor, dit-elle en le présentant à son amant, prends ce voile, qu'il te serve d'écharpe, mais sur ton coeur, et non sur tes vêtemens; qu'il te conduise par-tout au champ d'honneur, et qu'il te rappelle Clémence, et cette maison hospitalière où ton enfance trouva un asyle tranquille et doux. Je ne sais, Victor, je ne sais quel pressentiment me dit qu'un jour cette écharpe amoureuse nous servira à nous.... reconnaître, à nous.... réunir! Jure par Dieu, par l'honneur et par ta dame, qu'elle ne te quittera jamais, et que jamais sur-tout elle n'ornera la tête d'une rivale.--Je te le jure, s'écria Victor, transporté d'amour, de crainte, d'espoir et d'admiration!....
Victor mit un genou en terre et découvrit sa poitrine, sur laquelle Clémence fixa l'écharpe, don de l'amour et de la délicatesse. Cette cérémonie, faite en présence de l'amie d'Adèle et du bon Valentin, eut encore pour témoin l'auteur de la nature, qui reçut les voeux et les prières des deux amans. Ô mon Dieu! s'écrièrent ensemble et Victor et Clémence, ô mon Dieu! toi qui connais nos coeurs et la pureté de nos sermens, daigne les consacrer, ces sermens inviolables, par ton auguste protection; vois deux jeunes infortunés que le destin poursuit et sépare, fais qu'ils se réunissent un jour pour célébrer ta justice, tes bienfaits et les chastes plaisirs de l'hymen.
Quand l'homme a prié il est plus tranquille, a dit un grand homme. Nos deux amans éprouvèrent la vérité de cette maxime. Ils se relevèrent plus fermes et plus résignés. Clémence tendit la main à son ami, qui la serra; puis madame Germain, Clémence et Valentin, laissèrent Victor seul et libre de partir.
Victor, dès ce moment, sentit se ranimer son courage, et ne songea plus qu'à son grand projet, celui de joindre Roger, et d'obtenir de lui ou Clémence, ou la mort. Son léger bagage fut bientôt prêt; il le mit sous son bras, et descendit à pas lents les degrés qui conduisaient à la première cour, où il devait traverser le fossé du château. Le pont-levis s'abaissa bientôt; Victor le traversa, puis se retournant, il le vit se relever derrière lui, peut-être, hélas! pour la dernière fois!.... Son coeur se serra, un funeste pressentiment vint agiter son esprit; il fit quelques pas, puis s'arrêta, et se retourna encore pour revoir les murs du château qui reçut sa jeunesse. En les fixant bien, il apperçut, derrière une croisée, le vieux baron soutenu par madame Germain; à côté d'eux était Clémence, les coudes appuyés sur l'appui de la croisée, et la bouche collée sur les vitraux plombés et de diverses couleurs. Tous trois suivoient des yeux leur ami, cheminant tristement dans la plaine, et semblaient déterminés à ne quitter ce lieu qu'après qu'ils ne l'auraient plus distingué. Victor, ému, leur fit, en signe d'adieux, des gestes de bras, qu'ils remarquèrent, et auxquels ils répondirent de la même manière. Adieu! adieu! adieu! se disaient réciproquement ces êtres si intéressans, et leur langage muet dura jusqu'au moment où le baron, n'y pouvant plus résister, se retira de la croisée en entraînant sa fille, qui paraissait y être attachée.
Victor comprit que son protecteur voulait faire cesser cette scène touchante; il se retourna, et prit sur lui de marcher, et de suivre sa route sans s'arrêter une seconde fois.
Pauvre Victor! tu quittes des amis bien tendres il est vrai; mais tu vas trouver un père.... un père! oui, Victor, un père qui peut devenir tendre aussi et sensible. Ne l'a-t-il pas fait mettre sur son portrait, cette légende consolante pour toi: Je sais aussi connaître la nature. Alors il regardait avec intérêt ta mère, qui te nourrissait de son lait; il l'adorait, cette mère infortunée; il t'aimait aussi, et ta perte a été pour lui le plus grand des malheurs. C'est dans l'espoir de te retrouver, qu'au bout de dix-huit années, il vient encore de persécuter madame Germain; s'il l'avait en son pouvoir, les premiers mots qu'il lui adresserait seraient ceux-ci: Madame, rendez-moi mon fils; vous savez où est mon fils, madame, rendez-le-moi.... Il peut donc encore être père; et quelque scélérat qu'on soit, il est rare qu'on ne se rende pas au cri touchant de la nature. Que vas-tu lui demander d'ailleurs, Victor? qu'il fasse son propre bonheur en faisant le tien. Tu veux qu'il abandonne le sentier dangereux du crime, pour prendre un état plus doux, plus estimable, plus sûr; une honnête aisance, quelque considération et les embrassemens d'un fils, voilà ce que tu vas lui proposer; peut-il refuser un sort qui fixe à-la-fois sa tranquillité et la tienne?.... Mais que dis-je? ai-je donc oublié que cet homme, qui sait connaître la nature, a massacré la femme qu'il avait trompée, séduite et déshonorée? Ai-je donc oublié que ce monstre fut l'effroi de son pays, comme il en est l'horreur? Puis-je lui pardonner d'avoir donné la vie à un être qu'il destinait peut-être à son infâme métier? Est-ce un bienfait que cette existence douloureuse qu'il a donnée à Victor, quand il la souille par la réflexion de ses crimes, quand la naissance de Victor le bannit, pour ainsi dire, d'une maison où les êtres les plus vertueux lui avaient tendu une main généreuse; quand cette naissance infamante le prive d'une épouse chérie, d'un bienfaiteur respectable, et répand peut-être le voile sinistre du malheur sur sa vie entière?... Non, Roger n'est point un père! il ne peut être susceptible de tendresse ni de retour; il n'a pas même de droits sur le coeur d'un fils; il doit le voir, non comme un fils chéri, mais comme un homme jeté par hasard sur la terre; un homme!.... envers qui il est comptable, et de l'existence qu'il lui a donnée sans le vouloir, sans le savoir; et des malheurs qu'il a jetés avec la vie sur cet homme infortuné.
Telles sont les réflexions que Victor fait en marchant, réflexions qui redoublent son courage, son indignation pour Roger, et le déterminent à aborder ce chef de voleurs, ainsi qu'on le verra dans le chapitre suivant.