‹ Vieilles Histoires du Pays BretonChapitre 45 sur 70 · I

I

Puns Kadô,--le puits de Saint-Kadô,--je le revois, en écrivant ces lignes, tel qu'il était aux jours de mon enfance, avec sa margelle basse, son parapet de pierres moussues et son vieux treuil qui poussait des gémissements presque humains, dans le silence du soir, à l'heure où les femmes du bourg, selon l'expression consacrée, «allaient à l'eau».

C'était une espèce de citerne carrée, peu profonde, creusée au milieu de la place. Dans une des parois s'ouvrait une haute niche, jadis décorée de la statue du saint. Cette statue, un beau jour, s'était effondrée de vétusté et de moisissure.

--Foi de Dieu! avait dit un loustic comme il y en a tant en Trégor, je ne m'étonne pas que saint Kadô ait donné sa démission... Ça n'est pas gai d'être le patron d'un puits. Il aura sans doute demandé à monter en grade et à devenir patron d'auberge!...

Ce fut toute l'oraison funèbre de la pauvre vieille image, sculptée aux temps anciens dans un tronc de hêtre par quelque pieux sabotier d'alentour. On songea bien à la remplacer, mais plus tard, lorsque la fabrique serait plus riche. En attendant, des ronces grimpantes, des fougères aux fines dentelles s'efforçaient de cacher de leur mieux la détresse de cette niche veuve, où les débris sacrés achevaient de pourrir.

Le puits continua de s'appeler Puns Kadô; mais, de Kadô lui-même, à la longue, il ne fut plus question...

Entre toutes les ménagères qui s'attroupaient, le soir, auprès de la margelle et qui s'y attardaient quelquefois des heures à médire de leur prochain, sous prétexte d'emplir leurs cruches, Fanta Gouronnec était la seule qui se souvînt encore du saint et adressât de temps à autre à ses tristes reliques décomposées une salutation mélancolique.

--Je ne désire qu'une grâce avant de mourir, disait-elle souvent: c'est de voir sur pied le saint Kadô tout neuf qu'on nous promet depuis des années et qui pourrait bien être comme le veau de la vache à Tanguy, lequel devait peser en naissant six cents livres, mais ne naquit jamais...

Il faut croire que Fanta était destinée à mourir heureuse, car sa prière fut exaucée, à la suite d'une circonstance assez bizarre dont voici l'authentique récit.

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