‹ Voyage aux PyrénéesChapitre 20 sur 116 · V.

V.

Sur l’esplanade est la statue d’Henri IV, avec une inscription en latin et en patois; l’armure est d’un fini parfait, à rendre un armurier jaloux. Mais pourquoi le roi fait-il une aussi triste mine? Son cou est gêné sur ses épaules; ses traits sont petits, soucieux; il a perdu sa gaieté, sa verve, sa confiance en sa fortune et sa fière contenance. Il n’a l’air ni d’un grand homme, ni d’un homme bon, ni d’un homme d’esprit; son visage est mécontent, et l’on dirait qu’il s’ennuie à Pau. Je ne sais s’il a raison: la ville cependant passe pour agréable; le climat est fort doux, les malades qui redoutent le froid y passent l’hiver. On donne des bals dans les cercles; les Anglais y abondent, et l’on sait qu’en fait de cuisine, de lits et d’auberges, ce peuple est le premier réformateur de l’univers.

Ils auraient bien dû réformer les voitures: les mauvaises petites diligences du pays sont tirées par des haridelles décharnées qui descendent les côtes au pas et font halte aux montées. Tous les encouragements du fouet sont perdus sur leur dos; on ne saurait leur en vouloir, tant elles ont piteuse apparence, échine saillante, oreilles pendantes, ventre efflanqué. Le cocher se lève sur son siége, tire les rênes, agite les bras, crie et tempête, descend et remonte; son métier est rude, mais il a l’âme de son métier. Peu lui importent les voyageurs, il les traite en paquets utiles, en contre-poids obligés sur lesquels il a droit. Au bas d’une montagne, la machine mit sa roue dans un fossé et pencha; chacun de sauter dehors à la façon des moutons de Panurge. Il courait de l’un à l’autre pour les faire rentrer, exhortant surtout les gens de l’impériale, et leur montrant le danger de la voiture qui, inclinée en arrière, avait besoin de lest en avant. Ceux-ci restèrent froids et montèrent à pied; il suivait en grommelant, et les appelait égoïstes.

[Illustration: Chaîne des Pyrénées.--Vue prise de l’Esplanade. (Page 80.)]

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