III.
Les jours de soleil, on vit en plein air. Une sorte de préau, qu’on nomme le Jardin anglais, s’étend entre la montagne et la rue, tapissé d’un maigre gazon troué et flétri; les dames y font salon et y travaillent; les élégants, couchés sur plusieurs chaises, lisent leur journal et fument superbement leur cigare; les petites filles, en pantalons brodés, babillent avec des gestes coquets et des minauderies gracieuses; elles s’essayent d’avance au rôle de poupées aimables. Sauf les casaques rouges des petits paysans qui sautent, c’est l’aspect des Champs-Élysées. On sort de là par de belles promenades ombragées qui montent en zigzag sur les flancs des deux montagnes, l’une au-dessus du torrent, l’autre au-dessus de la ville; vers midi, on y rencontre force baigneurs couchés sur les bruyères, presque tous un roman à la main. Ces amateurs de la campagne ressemblent au banquier amateur de concerts, qui s’y trouvait bien parce qu’il y calculait les dividendes. Pardonnez à ces malheureux; ils sont punis de savoir lire et de ne pas savoir regarder.