II.
Le Gave est semé de petites îles, où l’on arrive en sautant de pierre en pierre. Ces îles sont des bancs de roche bleuâtre que tachent des galets d’une blancheur crue; l’hiver, elles sont noyées; encore maintenant des troncs écorchés gisent çà et là entre les blocs. Quelques creux ont gardé des morceaux de limon; des bouquets d’ormes en sortent comme une fusée, et les panaches des graminées flottent sur les cailloux arides; alentour, l’eau assoupie chauffe dans les cavernes. Cependant des deux côtés la montagne lève son mur rougeâtre, sillonné d’écume par les filets d’eau qui serpentent. Sur tous les flancs de l’île, les cascades grondent comme un tonnerre; vingt ravines étagées les engouffrent dans leurs précipices, et leur clameur arrive de toute part comme le fracas d’une bataille. Une poudre humide rebondit et nage par-dessus toute cette tempête: elle s’arrête entre les arbres et oppose sa gaze fine et fraîche à l’embrasement du soleil.