‹ Voyage aux PyrénéesChapitre 73 sur 116 · III.

III.

Plus haut, sur les escarpements stériles, le buis jaunâtre tord ses pieds noueux sous des pierres. C’est un être triste et tenace, rabougri et resserré sur lui-même; écrasé entre les roches, il n’ose s’élancer ni s’épandre. Ses petites feuilles épaisses se suivent en rangées monotones, lourdement ovales et d’une régularité compassée. Ses tiges, courtes, grisâtres, sont âpres au toucher; le fruit rond enferme des capsules noires, dures comme l’ébène, qu’il faut déchirer pour avoir la graine. Tout dans la plante est calculé en vue de l’utile: elle ne songe qu’à durer et à résister; elle n’a ni ornements, ni élégance, ni richesse; elle ne dépense sa sève qu’en tissus solides, en couleurs ternes, en fibres durables. C’est une ménagère économe et vivace, seule capable de végéter dans les fondrières qu’elle remplit.

Si l’on continue à monter, les arbres commencent à manquer. Le sapin broussaille rampe dans un tapis de gazon. Les rhododendrons poussent en touffes et couronnent la montagne de bouquets roses. Les bruyères serrent leurs grappes blanches, petites fleurs ouvertes, en forme de vase, d’où sort une couronne d’étamines grenat. Dans les creux abrités, les campanules bleues balancent leurs jolies clochettes; le moindre vent les couche; elles vivent pourtant et sourient, tremblantes et gracieuses. Mais, entre toutes ces fleurs nourries de lumière et d’air pur, la plus précieuse est la rose sans épines. Jamais pétales n’ont formé une corolle plus frêle et plus mignonne; jamais vermillon si vif n’a coloré un tissu plus délicat.

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