‹ Voyage en Égypte et en Syrie - Tome 1Chapitre 19 sur 24 · CHAPITRE XIV.

CHAPITRE XIV.

Des ruines et des pyramides[142].

J'ai déja exposé comment la difficulté habituelle des voyages en Égypte, devenue plus grande en ces dernières années, s'opposait aux recherches sur les antiquités. Faute de moyens, et surtout de circonstances propres, on est réduit à ne voir que ce que d'autres ont vu, et à ne dire que ce qu'ils ont déja publié. Par cette raison, je ne répéterai pas ce qui se trouve déja répété plus d'une fois dans Paul Luca, Maillet, Siccard, Pocoke, Graves, Norden, Niebuhr, et récemment dans les Lettres de Savary. Je me bornerai à quelques considérations générales.

Les pyramides de Djizé sont un exemple frappant de cette difficulté d'observer dont j'ai fait mention. Quoique situées à 4 lieues seulement du Kaire, où il réside des Francs, quoique visitées par une foule de voyageurs, on n'est point encore d'accord sur leurs dimensions. On a mesuré plusieurs fois leur hauteur par les procédés géométriques, et chaque opération a donné un résultat différent[143]. Pour décider la question, il faudrait une nouvelle mesure solennelle, faite par des personnes connues; mais en attendant, on doit taxer d'erreur tous ceux qui donnent à la grande pyramide autant d'élévation que de base, attendu que son triangle est très-sensiblement écrasé. La connaissance de cette base me paraît d'autant plus intéressante, que je lui crois du rapport à l'une des mesures carrées des Égyptiens; et dans la coupe des pierres, si l'on trouvait des dimensions revenant souvent les mêmes, peut-être en pourrait-on déduire leurs autres mesures.

On se plaint ordinairement de ne point comprendre la description de l'intérieur de la pyramide; et en effet, à moins d'être versé dans l'art des plans, on a peine à se reconnaître sur la gravure. Le meilleur moyen de s'en faire une idée, serait d'exécuter en terre crue ou cuite, une pyramide dans des proportions réduites, par exemple, d'un pouce par toise. Cette masse aurait 8 pieds 4 pouces de base, et à peu près 7 et demi de hauteur: en la coupant en 2 portions de haut en bas, on y pratiquerait le premier canal qui descend obliquement, la galerie qui remonte de même, et la chambre sépulcrale qui est à son extrémité. Norden fournirait les meilleurs détails; mais il faudrait un artiste habitué à ce genre d'ouvrages.

La ligne du rocher sur lequel sont assises les pyramides ne s'élève pas au-dessus du niveau de la plaine de plus de 40 à 50 pieds. La pierre dont il est formé, est, comme je l'ai dit, une pierre calcaire blanchâtre, d'un grain pareil au beau moellon, ou à cette pierre connue dans quelques provinces sous le nom de rairie. Celle des pyramides est d'une nature semblable. Au commencement du siècle, on croyait, sur l'autorité d'Hérodote, que les matériaux en avaient été transportés d'ailleurs; mais des voyageurs, observant la ressemblance dont nous parlons, ont trouvé plus naturel de les faire tirer du rocher même; et l'on traite aujourd'hui de fable le récit d'Hérodote, et d'absurdité cette translation de pierres. On calcule que l'aplanissement du rocher en a dû fournir la majeure partie; et, pour le reste, on suppose des souterrains invisibles, que l'on agrandit autant qu'il est besoin. Mais si l'opinion ancienne a des invraisemblances, la moderne n'a que des suppositions. Ce n'est point un motif suffisant de juger, que de dire: Il est incroyable que l'on ait transporté des carrières éloignées; il est absurde d'avoir multiplié des frais qui deviennent énormes, etc. Dans les choses qui tiennent aux opinions et aux gouvernements des peuples anciens, la mesure des probabilités est délicate à saisir: aussi, quelque invraisemblable que paraisse le fait dont il s'agit, si l'on observe que l'historien qui le rapporte a puisé dans les archives originales; qu'il est très-exact dans tous ceux que l'on peut vérifier; que le rocher libyque n'offre en aucun endroit des élévations semblables à celles qu'on veut supposer, et que les souterrains sont encore à connaître; si l'on se rappelle les immenses carrières qui s'étendent de Saouâdi à Manfalout, dans un espace de 25 lieues; enfin, si l'on considère que leurs pierres, qui sont de la même espèce, n'ont aucun autre emploi apparent[144]; on sera porté tout au moins à suspendre son jugement, en attendant une évidence qui le détermine. Pareillement quelques écrivains se sont lassés de l'opinion que les pyramides étaient des tombeaux, et ils en ont voulu faire des temples ou des observatoires; ils ont regardé comme absurde qu'une nation sage et policée fît une affaire d'état du sépulcre de son chef, et comme extravagant qu'un monarque écrasât son peuple de corvées, pour enfermer un squelette de 5 pieds dans une montagne de pierres: mais, je le répète, on juge mal les peuples anciens, quand on prend pour terme de comparaison nos opinions, nos usages. Les motifs qui les ont animés peuvent nous paraître extravagants, peuvent l'être même aux yeux de la raison, sans avoir été moins puissants, moins efficaces. On se donne des entraves gratuites de contradictions, en leur supposant une sagesse conforme à nos principes; nous raisonnons trop d'après nos idées, et pas assez d'après les leurs. En suivant ici, soit les unes, soit les autres, on jugera que les pyramides ne peuvent avoir été des observatoires d'astronomie[145]; parce que le mont Moqattam en offrait un plus élevé, et qui borne ceux-là; parce que tout observatoire élevé est inutile en Égypte, où le sol est très-plat, et où les vapeurs dérobent les étoiles plusieurs degrés au-dessus de l'horizon; parce qu'il est impossible de monter sur la plupart des pyramides; enfin, parce qu'il était inutile de rassembler 11 observatoires aussi voisins que le sont les pyramides, grandes et petites, que l'on découvre du local de Djizé. D'après ces considérations, on pensera que Platon, qui a fourni l'idée en question, n'a pu avoir en vue que des cas accidentels; ou qu'il n'a ici que son mérite ordinaire d'éloquent orateur. Si, d'autre part, on pèse les témoignages des anciens et les circonstances des lieux, si l'on fait attention qu'auprès des pyramides il se trouve 30 à 40 moindres monuments, offrant des ébauches de la même figure pyramidale; que ce lieu stérile, écarté de la terre cultivable, a la qualité requise des Égyptiens pour être un cimetière, et que près de là était celui de toute la ville de Memphis, la plaine des Momies; on sera persuadé que les pyramides ne sont que des tombeaux. L'on croira que les despotes d'un peuple superstitieux ont pu mettre de l'importance et de l'orgueil à bâtir pour leur squelette une demeure impénétrable, quand on saura que, dès avant Moïse, il était de dogme à Memphis que les ames reviendraient au bout de 6,000 ans habiter les corps qu'elles avaient quittés: c'était par cette raison que l'on prenait tant de soin de préserver ces mêmes corps de la dissolution, et que l'on s'efforçait d'en conserver les formes au moyen des aromates, des bandelettes et des sarcophages. Celui qui est encore dans la chambre sépulcrale de la grande pyramide est précisément dans les dimensions naturelles; et cette chambre, si obscure et si étroite[146], n'a jamais pu convenir qu'à loger un mort. On veut trouver du mystère à ce conduit souterrain qui descend perpendiculairement dans le dessous de la pyramide; mais on oublie que l'usage de toute l'antiquité fut de ménager des communications avec l'intérieur des tombeaux, pour y pratiquer, aux jours prescrits par la religion, les cérémonies funèbres, telles que les libations et les offrandes d'aliments aux morts. Il faut donc revenir à l'opinion, toute vieille qu'elle peut être, que les pyramides sont des tombeaux[147]; et cet emploi, indiqué par toutes les circonstances locales, l'est encore par un usage des Hébreux, qui, comme l'on sait, ont presque en tout imité les Égyptiens, et qui, à ce titre, donnèrent la forme pyramidale aux tombeaux d'Absalon et de Zakarie, que l'on voit encore dans la vallée de Josaphat: enfin, il est constaté par le nom même de ces monuments, qui, selon une analyse conforme à tous les principes de la science, me donne mot à mot, chambre ou caveau du mort[148].

La grande pyramide n'est pas la seule qui ait été ouverte. Il y en a une autre à Saqâra qui offre les mêmes détails intérieurs. Depuis quelques années, un bek a tenté d'ouvrir la 3^{e} en grandeur du local de Djizé, pour en tirer le trésor supposé. Il l'a attaquée par le même côté et à la même hauteur que la grande est ouverte; mais après avoir arraché 2 ou 300 pierres, avec des peines et une dépense considérable, il a quitté sans succès son avaricieuse entreprise. L'époque de la construction de la plupart des pyramides n'est pas connue; mais celle de la grande est si évidente, qu'on n'eût jamais dû la contester. Hérodote l'attribue à Cheops, avec un détail de circonstances qui prouve que ses auteurs étaient bien instruits[149]. Or ce Cheops, dans sa liste, la meilleure de toutes, se trouve le second roi après Protée[150], qui fut contemporain de la guerre de Troie; et il en résulte, par l'ordre des faits, que sa pyramide fut construite vers les années 140 et 160 de la fondation du temple de Salomon, c'est-à-dire, 850 ans avant Jésus-Christ.

La main du temps, et plus encore celle des hommes, qui ont ravagé tous les monuments de l'antiquité, n'ont rien pu jusqu'ici contre les pyramides. La solidité de leur construction, et l'énormité de leur masse, les ont garanties de toute atteinte, et semblent leur assurer une durée éternelle. Les voyageurs en parlent tous avec enthousiasme, et cet enthousiasme n'est point exagéré. L'on commence à voir ces montagnes factices 10 lieues avant d'y arriver. Elles semblent s'éloigner à mesure qu'on s'en approche; on en est encore à une lieue, et déja elles dominent tellement sur la terre, qu'on croit être à leur pied; enfin l'on y touche, et rien ne peut exprimer la variété des sensations qu'on y éprouve[151]: la hauteur de leur sommet, la rapidité de leur pente; l'ampleur de leur surface, le poids de leur assiette, la mémoire des temps qu'elles rappellent; le calcul du travail qu'elles ont coûté, l'idée que ces immenses rochers sont l'ouvrage de l'homme si petit et si faible, qui rampe à leurs pieds; tout saisit à la fois le coeur et l'esprit d'étonnement, de terreur, d'humiliation, d'admiration, de respect: mais, il faut l'avouer, un autre sentiment succède à ce premier transport. Après avoir pris une si grande opinion de la puissance de l'homme, quand on vient à méditer l'objet de son emploi, on ne jette plus qu'un oeil de regret sur son ouvrage; on s'afflige de penser que, pour construire un vain tombeau, il a fallu tourmenter 20 ans une nation entière; on gémit sur la foule d'injustices et de vexations qu'ont dû coûter les corvées onéreuses et du transport, et de la coupe, et de l'entassement de tant de matériaux. On s'indigne contre l'extravagance des despotes qui ont commandé ces barbares ouvrages; ce sentiment revient plus d'une fois en parcourant les monuments de l'Égypte: ces labyrinthes, ces temples, ces pyramides, dans leur massive structure, attestent bien moins le génie d'un peuple opulent et ami des arts, que la servitude d'une nation tourmentée par le caprice de ses maîtres. Alors on pardonne à l'avarice, qui, violant leurs tombeaux, a frustré leur espoir; on en accorde moins de pitié à ces ruines; et tandis que l'amateur des arts s'indigne dans Alexandrie de voir scier les colonnes des palais, pour en faire des meules de moulin, le philosophe, après cette première émotion que cause la perte de toute belle chose, ne peut s'empêcher de sourire à la justice secrète du sort, qui rend au peuple ce qui lui coûta tant de peines, et qui soumet au plus humble de ses besoins l'orgueil d'un luxe inutile.

C'est l'intérêt de ce peuple, sans doute, plus que celui des monuments, qui doit dicter le souhait de voir passer en d'autres mains l'Égypte; mais, ne fût-ce que sous cet aspect, cette révolution serait toujours très-désirable. Si l'Égypte était possédée par une nation amie des beaux-arts, on y trouverait, pour la connaissance de l'antiquité, des ressources que désormais le reste de la terre nous refuse; peut-être y découvrirait-on même des livres. Il n'y a pas 3 ans qu'on déterra près de Damiât plus de 100 volumes écrits en langue inconnue[152]; ils furent incontinent brûlés sur la décision des chaiks du Kaire. A la vérité le Delta n'offre plus de ruines bien intéressantes, parce que les habitants ont tout détruit par besoin ou par superstition. Mais le Saïd moins peuplé, mais la lisière du désert moins fréquentée en ont encore d'intactes. On en doit surtout espérer dans les Oasis; dans ces îles séparées du monde par une mer de sable, où nul voyageur connu n'a pénétré depuis Alexandre. Ces cantons, qui jadis avaient des villes et des temples, n'ayant point subi les dévastations des barbares, ont dû garder leurs monuments, par cela même que leur population a dépéri ou s'est anéantie; et ces monuments, enfouis dans les sables, s'y conservent comme en dépôt pour la génération future. C'est à ce temps, moins éloigné peut-être qu'on ne pense, qu'il faut remettre nos souhaits et notre espoir. C'est alors qu'on pourra fouiller de toutes parts la terre du Nil et les sables de la Libye; qu'on pourra ouvrir la petite pyramide de Djizé, qui, pour être démolie de fond en comble, ne coûterait pas 50,000 livres: c'est peut-être encore à cette époque qu'il faut remettre la solution des hiéroglyphes, quoique les secours actuels me paraissent suffisants pour y arriver.

Mais c'en est assez sur des sujets de conjectures: il est temps de passer à l'examen d'une autre contrée qui, sous les rapports de l'état ancien et de l'état moderne, n'est pas moins intéressante que l'Égypte elle-même.

NOTE.

Le premier des deux manuscrits arabes dont j'ai parlé, page 85, est numéroté 786. Il paraît avoir été composé vers l'an 1620, par un homme de loi, le chaik Merèï, fils de Yousef le Hanbalite.

C'est une espèce de chronique à la manière des Orientaux, qui trace de suite, mais sans cohérence de discours, les événements saillants des règnes des princes, leur avénement au trône, leurs guerres, leurs fondations pieuses, leur mort et quelques traits de leur caractère. L'auteur en conduit la série depuis les premiers kalifes, sous qui se fit la conquête de l'Égypte, jusqu'au pacha turk qui de son temps y était vice-roi du sultan de Constantinople. Un extrait détaillé de cet ouvrage serait à la fois étranger à mon sujet et trop long. Il me suffira d'en donner les résultats principaux qui sont--que, depuis l'invasion d'Amrou, lieutenant du kalife Omar, l'Égypte fut gouvernée par les vice-rois des kalifes ses successeurs, dont le siége fut d'abord à Damas, puis à Bagdad.--Que l'un de ces kalifes (Maimoun) s'étant composé une garde d'esclaves turkmans, cette soldatesque finit par envahir tous les emplois militaires de l'empire, et le gouvernement des provinces.--Qu'un fils de ces soldats esclaves, nommé Ahmed-Ben-Touloun, se rendit indépendant en Égypte vers 872, et forma un empire qui s'étendit depuis Rahbé, près de Moussel, jusqu'en Barbarie.--(Le tribut de l'Égypte passait 41,111,111 tournois, et il y avait 7,000 juments de race dans les haras d'Ahmed)--Qu'après 30 ans, l'Égypte retourna aux kalifes, qui ne furent pas plus prudents.--Qu'en 934, un soldat de fortune, nommé Akchid, se déclara encore indépendant, et entretint jusqu'à 400,000 hommes.--Qu'à sa mort, un esclave noir, appelé Kafour, saisit le sceptre et régna avec un talent transcendant.--Qu'après lui, en 968, les descendants de Fatime et d'Ali, reconnus pour kalifes en Barbarie, s'emparèrent de l'Égypte, où ils régnèrent sous le nom de fatimites.--Que l'un d'eux fonda en 969 la ville du Kaire actuel.--Que cette famille régna jusqu'en 1200 dans une suite de princes qui, selon la remarque de Merèï, furent tous des fous furieux ou stupides.--Sous eux, l'Égypte tomba dans un gouffre de calamités, de pestes et de famines, dont une dura 7 ans. L'auteur à cette occasion recense les famines et les pestes, et en trouve 21 depuis 635 jusqu'en 1440.

Les kalifes d'Égypte, comme ceux de Bagdad, s'étant formé une garde d'étrangers, en devinrent comme eux la victime. Selah-el-din, Kourde d'extraction, vizir du dernier fatimite, dépose son maître, et fonde la dynastie dite d'Aïoub, du nom de son père.--Ce fut lui qui fit construire le puits à escalier en limaçon, appelé puits de Josef. Son armée était surtout composée de cavaliers nommés en arabe serrâdjin, dont les croisés firent leur mot Sarrazins. Cette dynastie régna 85 ans sous 10 sultans.

L'armée, alors composée de Mamlouks turkmans, ayant tué le dernier aïoubite, un Turkman, nommé Ibek, saisit le sceptre, et établit la dynastie des Mamlouks turkmans.--Sous le court règne du fils d'Ibek, Holagou-Kan et ses Mogols détruisent Bagdad et le kalifat en 1258.--Le dixième sultan turkman, Qalaoun, s'étant formé une garde de 12,000 Mamlouks tcherkasses, achetés dans les marchés de l'Asie, cette milice devient la maîtresse, élit les princes, les dépose, les étrangle, etc.--Un chef de ce corps, nommé Barqouq, est élu et ouvre la dynastie des Mamlouks tcherkasses; il laissa en monnaie 25,000,000 tournois et 14,000,000 en meubles.--Le 23^{e} de cette dynastie fut attaqué par Sélim II, qui, l'ayant tué dans une bataille livrée près d'Alep, poursuivit en Égypte son successeur Toumâmbek, en qui finit le premier empire des Mamlouks.--Résumant la série de ces princes, il se trouve que 48 sultans, dont 24 Turkmans et 24 Tcherkasses, n'ont régné que 263 ans: que, sur les 24 Turkmans, 11 furent assassinés et 6 déposés: que sur les 24 Tcherkasses, 6 furent assassinés et 11 déposés, et que nombre d'entre eux n'ont régné que quelques mois: que tous ces princes ne surent que faire la guerre, piller, ravager, et faire ensuite des fondations pieuses de mosquées, d'écoles, etc.: que, sous le 11^{e} de la race turkmane, on fut au moment de détourner le Nil dans la mer Rouge, par le pied du mont Moqattam, et que les frais furent évalués 2,250,000 fr. Enfin Merèï donne la série des pachas, qui est de peu d'intérêt, et termine par les principes du gouvernement musulman, qui sont purement le despotisme de droit divin.

Le second manuscrit, numéroté 695, est un miroir ou tableau de l'empire des Mamlouks, sultans d'Égypte, composé par Kalil, fils de Châhin el Zâher, vizir du sultan Malek-el-acheraf (8^{e} de la dynastie tcherkasse).

Cet ouvrage, d'un genre dont je ne connais aucun exemple parmi les Arabes, est une espèce de statistique de l'empire des Mamlouks, au temps de l'écrivain; on dirait, en le lisant, qu'il a décrit la cour de Louis XIV. La table seule des chapitres en donnera une idée capable de le faire apprécier, et j'y joindrai quelques-uns des détails qui m'ont paru les plus curieux et les plus instructifs.

Après une préface très-emphatique, selon l'usage musulman, après avoir attesté qu'il n'y a qu'un Dieu, que Mahomet est son seul prophète, Châhin décrit les qualités éminentes qui doivent composer le caractère de tout mortel à qui la plume du destin a tracé sur ses tables indélébiles une carrière glorieuse; il prévient qu'ayant d'abord fait un gros livre, il a ensuite trouvé plus sage de le réduire et de le faire très-petit (ce qui est digne d'imitation), et il procède à la table méthodique des chapitres.

CHAPITRE I^{er}. Des titres qui assurent à l'Égypte la supériorité sur les autres empires de la terre.--De ses lieux de dévotion et de pèlerinage.--De ses monuments merveilleux, tant anciens que modernes.--De ses limites.--De ses villes.--De ses frontières.--Des provinces et des pays où s'étend sa domination.

CHAPITRE II. Du pouvoir souverain.--Des qualités nécessaires à un sultan.--De ses devoirs.--Des jours de gala et de cérémonies publiques.--Des habits d'uniforme de chaque classe d'officiers attachés au sultan.

CHAPITRE III. Du commandant des fidèles; de son rang; de son état.--Des grands qâdis (juges) auxquels appartient de lier et de délier.--Des imâms.--Des gens de loi et des qâdis particuliers.

CHAPITRE IV. Du vizir, à la fois premier ministre et surintendant des finances de la maison du sultan.--Du trésor du sultan et de ses administrateurs.--Des secrétaires d'état, ayant le département de la chambre et des dépêches.--De l'inspecteur général des armées.--Du parleur (ou grand avocat) du divan (conseil).--Du premier maître de la bouche (maître d'hôtel) du sultan, ayant l'administration du trésor particulier et du domaine, et généralement de tous les bureaux établis pour l'administration des finances.

CHAPITRE V. Des enfants du sultan régnant, et des princes du sang royal.--Du régent.--Du vicaire de l'empire.--Du maître des écuries (ou connétable).--Des émirs commandant à 1,000 Mamlouks.--Des émirs de la musique guerrière, commandant à 40 Mamlouks; et des émirs inférieurs, commandant à 20, à 10 et à 5 Mamlouks.

CHAPITRE VI. Des grands officiers de la couronne, et généralement de tous ceux qui remplissent des fonctions publiques et particulières auprès du sultan.--Des officiers kavanis et des officiers khassekis, tirés des Mamlouks affranchis, et faisant dans le palais l'office de chambellans et de gardes du corps.--De leurs services et des places de garnison où ils sont établis.--Des colombiers affectés à l'entretien des pigeons messagers.--Du transport de la neige de la Syrie en Égypte, et des postes royales établies dans tout l'empire.

CHAPITRE VII. Des maisons des princesses, et du sous-intendant des harems.--Des eunuques et des domestiques libres, faisant le service du sérail.--Du garde-meuble de la couronne.--De la salle d'armes.--Des magasins du sultan.--Des deux grands greniers royaux, et de tout ce qui est relatif à cette administration, tant pour l'entrée que pour la sortie des grains.

CHAPITRE VIII. Des officiers du palais.--De la cuisine.--Des écuries.--De la fauconnerie.--Des parties de chasse du sultan, et des lieux affectés à l'entrepôt des filets et au logement des oiseleurs pour la chasse des oiseaux aquatiques.

CHAPITRE IX. Des inspecteurs du terrain, chargés de faire construire et réparer les ponts, creuser les canaux, élever les digues et les chaussées, et de présider à tous les travaux publics pendant la crue et la diminution des eaux du Nil.--Des gouverneurs des provinces de l'Égypte.--Des commandants particuliers.--Des gens en place dans les villes et dans les villages, et du régime établi pour la perception des impôts.

CHAPITRE X. Des vice-rois préposés au gouvernement des 8 provinces de Syrie.--Des grands qâdis.--Des émirs.--Des administrateurs et des autres officiers employés dans les capitales de ces provinces.--Du nombre des giundis et halqâ qui y sont en garnison, et des commandants particuliers des villes et des châteaux répandus dans cet empire.

CHAPITRE XI. Des émirs et des cheiks arabes.--Des émirs turkmans et curdes, au service de l'état.--Des expéditions militaires.--Des camps volants.--De la conquête de l'Yemen, du Diarbekr et de l'île de Cypre, sous le règne du sultan Malek-el-Acheraf.

CHAPITRE XII. Recueil de quelques faits historiques qu'il convient à chacun de connaître et de méditer, pour en tirer des principes de conduite. Ce chapitre est terminé par quelques morceaux de poésie morale, composés par Malek-el-Kiâmel, prince souverain de la forteresse de Heifa; et par une réponse de Malek-el-Acheraf à Mirza-Chah-Rok (fils de Tamerlan.)

CHAPITRE I^{er}. SECTION V. Limites de l'Égypte.--Au sud, les limites de l'Égypte partent des rives de la mer de Qolzoum (mer Rouge), près de la ville d'Aidab, et embrassant le pays des Haribs de Nubie, lequel commence à la grande Cataracte, derrière le mont Djenadel, elles s'étendent jusqu'aux monts d'Aden et aux rochers de Habeche (Abissinie). A l'est, ses bornes sont la mer Rouge, dont la côte est aride et pleine de rochers. Depuis Suez, cette côte s'élargit vers l'est. Sa plus grande largeur est depuis l'étang de Gorandel jusqu'au Tih. Là est la frontière de Syrie.

Au nord, elle est bornée par la mer, depuis les villes de Zàqat, de Refah et d'Amedj, plus connue sous le nom d'el-Arich, frontière de Syrie sur le golfe de Gaze.

A l'ouest, elle comprend le territoire d'Alexandrie, le pays de Loïounet et d'el-Amidain, jusqu'à l'Acabé inclusivement (jadis Catabathmus magnus, ou la grande descente); là, se détournant et resserrant les deux Oasis, la ligne se rapproche du Saïd (haute Égypte), pour se joindre aux frontières du sud.

Le Nil prend sa source au pied des monts de la Lune.--Pendant 60 journées de marche, il coule en des pays habités.--Pendant 10 autres, en des terres stériles.--Arrivé en Nubie, il y coule 60 journées, puis il passe en des déserts 120 journées; enfin il rentre dans une terre fertile jusqu'à la mer, où il se jette par les deux embouchures de Damiette et de Rosette.

SECTION VII. Du Kaire et de ses faubourgs.--Le nouveau Kaire (Masr-el-Qâhera) a 12 milles (ou 4 lieues) de long, depuis Târ-el-nabi, jusqu'à Sebààt-oudjouh. Cet espace comprend le vieux Kaire (Masr-el-Qadim), et 7 grands faubourgs. L'auteur entre dans de longs détails de colléges, de mosquées, de palais, de parcs, et il compare chaque faubourg à une grande ville de l'empire; l'un équivaut à Alep; un autre, à Alexandrie; un troisième, à Hems; un quatrième, à Acre: et il conclut 700,000 ames de population (ce qui me paraît l'origine de l'opinion qui a subsisté depuis; mais les temps sont bien changés.)

Le vieux Kaire est le port de la haute Égypte. Sous le sultan Nadjm-el-din, l'on y compta 1,800 bateaux.

SECTION IX. Division de l'Égypte.--L'Égypte se divise en 14 provinces: 7 au midi, et 7 au nord. Chaque province a 360 villages et plusieurs villes.

Miniet est le nom général des ports et abords du Nil.

Monfalout, territoire détaché de la province d'Ousiout, avec 30 villages, fait de l'indigo superbe (en 1442). L'on y dépose le tribut de cette province, qui se monte à 1,150,000 ardeb de grains (l'ardeb de 192 livres.)

A 3 journées ouest d'Ousiout, par un désert sablonneux et pierreux, est el-Ouah (oasis), ainsi nommé de son chef-lieu.

Une autre oasis du milieu a 2 villages, appelés el-Qasr, et el-Hindan.

Une troisième oasis, plus voisine de la haute Égypte, s'appelle Dakilé (intérieure), et a 2 villages dont les habitants vivent d'orge, de maïs et de dattes.

SECTION XI. De la ville d'Alexandrie.--Alexandrie est le port le plus fréquenté des étrangers; les nations franques y ont des consuls, gens distingués, qui servent d'otages au sultan. Lorsqu'une de ces nations fait tort à l'islamisme, on prend à partie son représentant, et on l'oblige de réparer le mal.--La douane rend 1,000 dinars. Hors de la ville se voit la fameuse colonne appelée el-Saouâri, ou le grand mât. (Abulfeda a dit la même chose; et c'est ce mot Saouâri que quelques-uns ont pris pour Sévère, empereur.) J'ai ouï dire qu'une personne avait trouvé le moyen de monter dessus et de s'asseoir sur son chapiteau.

CHAPITRE IV. Du vizir ou grand ministre.--Le vizir est un ministre qui a la prééminence sur tous les grands officiers.--Il est d'institution divine. Aaron fut le vizir de Moïse.

Le vizir surveille toutes les parties du gouvernement, tous les agents de l'administration; il les établit et les dépose; les punit et les récompense.

Il tient le registre des recettes et des dépenses de l'état; il en accroît le revenu, non par tyrannie, mais par sagesse et économie.

Les revenus de l'empire consistent en revenus fixes, en revenus casuels, et en droits seigneuriaux sur les cultivateurs. Les revenus fixes sont la taxe en deniers comptants sur les terres productives; la douane, de 10 pour 100 en nature, sur le commerce d'importation et exportation; le tribut des peuples conquis, la capitation des non-musulmans dite karadje; les fermes de monopoles, dits paltes; les dîmes sur les fruits de la terre; les impositions sur les fabriques et boutiques, et la 5^{e} partie du butin légal.

Les revenus casuels sont le 20^{e} sur les héritages collatéraux; les amendes; le prix du sang versé; les impôts extraordinaires et les investitures; le droit d'aubaine; les épaves; les trésors découverts; la dîme sur les troupeaux paissants et passants, et non sur les animaux domestiques.

Les droits seigneuriaux sur les cultivateurs sont: 1º droit d'arpentage; 2º droit de partage d'une terre léguée à divers cohéritiers; 3º droit d'accroissement des terres et pâturages par l'effet du Nil; 4º droit de bornage, ou limites de propriétés; 5º droit sur les machines à eau, élevées sur le Nil pour les arrosages.

Voilà les revenus légaux: on les lève selon des usages fixes, et ils ont une destination utile à l'état, de manière que le sultan n'en est que le dépositaire.

De même que le vizir surveille les officiers, le sultan doit surveiller le vizir; et le vizir conseiller le sultan, l'avertir et même le reprendre.

SECTION II. Le trésor royal est un département chargé d'une foule de recettes grosses et petites.

1º Droits sur la frontière d'Égypte vers la Syrie.

2º Droits d'entrée sur tout ce qui entre au Kaire et en Égypte, excepté sur ce qui est attribué au trésor privé.

3º Aubaine sur les successions des étrangers.

4º Régies et fermes du Kaire, telles que les boucheries, les cuirs, les moulins à huile, à sucre; droits sur l'entrée des comestibles.

Droits sur les natrons de Terrâné.

Droit de Monfalout.

Droits d'investiture, et redevances des fiefs affermés ou des pays protégés.

Droit de curage des canaux que doivent faire plusieurs provinces.

Produit des cannes à sucre et des colqâz, cultivées pour le compte du sultan.

Produit des métairies et jardins du sultan, enrichis par les puits à roue.

Sur ces revenus le trésor paie et défraie:

1º L'orge des écuries du sultan.

2º La nourriture des écuries des courriers.

3º La table du palais.

4º Les réparations des maisons royales.

5º La viande et toute la cuisine des Mamlouks du sultan; celle de tout son domestique.

6º L'entretien de ses offices.

7º Les pensions de charité assignées sur l'aubaine.

8º L'entretien des boeufs des métairies.--Le transport des trèfles et pailles pour les écuries.

Sous le sultan Barqoûq, tous ces frais se montaient par mois à 50,000 dinars ou sequins de 7 livres.

Le trésor est régi par un chef et une quantité de subalternes. Ce département a pour huissiers et sbires une compagnie de Maures qui portent les ordres et les exécutent.

SECTION III. Du premier secrétaire d'état, chef des dépêches et de la chancellerie.--C'est un officier important, qui a toute la confiance du sultan; il doit savoir citer le Qoran, les anecdotes des rois, les sentences des sages, les beaux vers des poètes, etc.

Son art est de faire parler dans tous ses écrits le sultan avec noblesse, grandeur, esprit, grace; il doit faire des phrases rimées et pompeuses; il expédie les actes d'alliance des kalifes et sultans; l'installation des qâdis et des gouverneurs, les commissions de bénéfices militaires en faveur des émirs et djondis, etc., et enfin les lettres du sultan.

Ces lettres ont un formulaire plein d'art, selon le rang des personnes. Celles aux sujets s'appellent mokâtebât; celles aux étrangers, morâselât.

Le plus haut titre pour les étrangers est el maqâm, el àâli.

Le moindre est el madjlas ou megeles, el àâli.

Pour les sujets, le plus haut titre est el-maqarr, el-karim (votre grace).

Puis maqarr-el-àâli (excellence).

Puis djenâb-el-kerim (cour magnifique).

Puis djenâb-el-àâli (cour très-haute); enfin sadr-el-adjal (présence auguste); hadrat (présence simple).

SECTION VI. Trésor privé. Le trésor privé est régi par un grand officier qui administre les terres affectées à la solde des Mamlouks du sultan, et plusieurs branches de revenus, dont la masse se nomme trésor privé. Ces officiers ont souvent acquis d'immenses richesses.

De ce département dépendent 160 villages, auxquels il faut ajouter plusieurs pays de protection et de fermes. Les seuls villages de Menzalé et de Faraskout, près Damiette, rendent chacun par an 30,000 dinars: plus, les droits d'investiture des gouverneurs de province, des inspecteurs du terrain, des commandants de bourgs et villages, des commissaires de police.--Des gens instruits m'ont assuré que tout ce trésor se montait à 400,000 dinars, et à 300,000 ardebs de blé, orge et fèves.

La dépense consiste en solde et entretien des Mamlouks du sultan; en orge pour leurs chevaux; entretien des princesses et du harem; solde et entretien de tout le service du palais, etc.

SECTION VII. Du Domaine. Le domaine est le revenu propre du sultan; il comprend:

1º La douane d'Alexandrie sur le commerce des Francs.

2º Les droits sur les épiceries venant des Indes.

3º La vente des muges et poutargues de Damiette.

4º Les droits sur les arts, métiers, cabarets, danseuses et filles publiques.

5º Droits sur les courtiers et interprètes.

6º Produit des briqueteries.

7º Ferme des chameaux pour le transport d'Alexandrie à Rosette.

8º Douane des marchandises de l'Inde, placée à el Tor.

9º Droits à Damiette sur beaucoup d'objets, et entre autres sur la raffinerie du sucre.

10º Le quint du butin légal.

11º Ferme du lac Semanaoui et autres étangs.

12º Droits sur Foua, entrepôt des Francs quand le canal d'Alexandrie était navigable, ce qui a cessé depuis 120 ans (1320).

13º Droits sur les terres de Broulos, de Nesterouh, du port de Rosette.

14º Douanes du Saïd (haute Égypte) sur les Abissins qui apportent des esclaves noirs, de la poudre d'or, etc., et paltes (monopoles) du sené et de la casse.

15º Droits des pays protégés et des pays affermés aux Arabes.

Produit des nombreuses métairies et terres du domaine, arrosées par des roues.

Le loyer de Fondouq-el-Kerim, situé au vieux Kaire.

Succession de tous les grands qui, dans l'Égypte, meurent sans héritiers légitimes.

Bénéfices de l'Hôtel des monnaies.

Droit de la ville de Bairout.

Douanes des marchandises de l'Inde, voiturées à Bedr, à Honain, à Bouaib-el-aqabé.

Voici maintenant les charges:

1º Munitions de guerre pour toute expédition.

2º Dépenses de la caravane et de la fête du sacrifice.

3º Distribution des victimes aux grands et petits officiers.

4º Dépenses de la fête pascale, du banquet et des réjouissances.

5º Renouvellement de la garde-robe et des meubles du harem.

6º Idem, du vêtement des Mamlouks.

7º Veste d'honneur aux grands officiers, aux qâdis, aux émirs de 1^{re} classe, aux kâchefs. (Au Bairam, tous les musulmans s'habillent à neuf, eux et leur maison; cela s'appelle kesoué.)

8º Entretien complet des employés pour l'impôt.

9º Fourniture du harem et seraï, en sucreries, confitures, sorbets, fruits, etc.

10º Présents à faire aux souverains.

11º Veste d'honneur (ou caftan annuel) à tous les gens en place de l'empire (dans tout l'Islamisme les places ne sont que pour l'année courante; le revêtu paie un don ou prix de babouches: le plus riche l'emporte). Chacune de ces vestes diffère de forme, de couleur, de richesse, selon le rang (en général le vêtement est très-dispendieux, surtout pour les pelisses.)

SECTION V. Le grand avocat du conseil.--Lorsque pour une affaire majeure le sultan assemble le conseil (diouân), il mande le prince des croyants, les 4 grands qâdis, le vizir, les émirs de 1,000 cavaliers, et le connétable.

Avant la séance, le sultan explique ses intentions à un homme de confiance et éloquent, qui est chargé de présenter l'affaire et de répondre à toutes les objections. Le sultan garde le silence.

On a imaginé cet officier, afin que le sultan ne soit jamais compromis, et qu'on puisse faire des objections librement, toute erreur tombant sur l'avocat ou rapporteur.

CHAPITRE V. Les enfants des sultans sont élevés avec soin dans le harem. C'est un usage ancien de faire enfermer tous ceux qui existent à l'avénement d'un prince. Malek-el-acheraf donna la liberté à 40; mais ils moururent dans la peste de l'an 1429, qui enleva jusqu'à 10,500 têtes par jour.

Quand un prince est mineur, il y a un régent que l'on nomme nezâm-el-molk (celui qui met l'ordre dans le royaume). Quand le sultan s'absente, il y a un vicaire nâïeb-el-molk.

Le chef des émirs, ou àtabek-el-àsâker, est une espèce de connétable.

Les émirs sont divisés en plusieurs classes.

Ceux de la 1^{re} possèdent 100 Mamlouks, et commandent à 1,000: ils devraient être 24.

Ceux de la 2^{e} possèdent 40 Mamlouks: ils devraient être 40. La musique guerrière joue à la porte de leurs hôtels à l'âsr (ou heure de la 3^{e} prière); elle est composée de timbales, tambours et clarinettes. Ces derniers instruments sont de date récente.

Les émirs de 3^{e} classe devraient être au nombre de 20: ils ont chacun 20 Mamlouks.

Les émirs de 4^{e} classe devraient être 50, et avoir chacun 10 Mamlouks.

Enfin la 5^{e} et dernière classe est de 30 émirs, qui ont chacun 5 Mamlouks pour cortége.

Parmi ces émirs, les uns ont de l'emploi dans l'état, d'autres n'ont que leur titre et grade.

L'armée se divise en plusieurs corps. Karabal Couli, prince tartare, ayant, il y a plusieurs années, envoyé demander un tribut, sous peine d'envoyer contre l'Égypte 20 toumans de cavaliers (200,000), le sultan d'alors lui envoya pour toute réponse l'état suivant de ses troupes:

1º Les djendis el halqa, ou escorte du sultan. -- (Maison du roi.) 24,000 cavaliers.

2º Mamlouks du sultan. 10,000

Mamlouks des émirs. 8,000

Gendarmes à Damas. 12,000

Mamlouks des émirs de Damas. 3,000

Gendarmes à Alep. 6,000

Mamlouks des émirs d'Alep. 2,000

Gendarmes de Tripoli. 4,000

Mamlouks des émirs. 1,000

Gendarmes de Safad. 1,000

Mamlouks des émirs. 1,000

Garnisons des châteaux de Syrie, les Mamlouks compris. 60,000 ----------------- 132,000 cavaliers.

Arabes sujets.

Tribu Bâli-fadl, enfants de Nouèïr. 24,000

Arabes de Hedjaz. 24,000

Tribu d'el-Aâli. 2,000

Arabes d'Irâq. 2,000

--d'Yemen. 2,000

--de Djezire. 2,000

--de Metrouq. 1,000

--de Djarm. 1,000

--Beni-oqbé et Beni-mehdi. 1,000

--el-Omara. 1,000

--de Hindam. 1,000

--Aâïd. 1,000

--Fezàrât. 1,000

--Mohârib. 1,000

--Qarîl. 1,000

--Qattâb. 1,000

--d'Égypte ensemble. 3,000

--Haouâra. 24,000

Turkmans répandus en hordes ou camps sur les terres de Syrie et de Diarbekr, portés sur les registres au nombre de 180,000

Les Ochrân (l'on ne sait ce que c'est, sinon d'autres Turkmans) divisés en 35 districts, à chacun 1,000 cavaliers. 35,000

Kourdes. 20,000

Milices de l'Égypte, à raison de 33,000 villages et de 2 cavaliers par village: total 66,000 ------------------- En tout 526,000 cavaliers.

Des magasins et greniers du sultan.--Le sultan a des magasins où s'entreposent tous les produits en nature de ses douanes, le poivre, la cannelle, les épiceries, les sucres, les bois de construction.

Il a aussi 2 greniers qui sont des merveilles.

Dans l'un, nommé Chiouân, s'entreposent les grains, blés, riz, bois, pailles, etc., pour l'usage du palais.

Dans l'autre, nommé Hirâ, se déposent des grains auxquels on ne touche qu'en cas de nécessité; quelquefois on prohibe la sortie. Ce grenier se remplit et subvient aux disettes. C'est de là que se tirent les aumônes. Dans une année le bénéfice de la vente se monta à 300,000 dinars (de 10 liv. 3 s.).

Il y a eu en Égypte 26 pestes et famines en 800 ans; quelquefois 3 en 25 ans; et cela toujours en temps de trouble et de mauvais gouvernement.

CHAPITRE IX. § 1^{er}. Des inspecteurs du terrain labourable, Kochâf-el-Torâb.--Les inspecteurs du terrain sont choisis parmi les émirs de la 1^{re} classe; ils sont expédiés tous les ans au commencement du printemps, dans toutes les provinces de l'Égypte, pour faire exécuter les travaux nécessaires à l'entretien des canaux, à l'élévation des digues et chaussées, et tout ce qui est relatif à la hausse et à la baisse des eaux du Nil.

Le département du trésor royal est chargé, sur les droits qu'il perçoit, de faire creuser certains canaux publics, qui facilitent l'écoulement des eaux. Mais tout ce qui tient aux digues et chaussées nécessaires à la solidité des ponts, se doit faire par corvées et contributions réparties sur chaque village, en raison de l'étendue et de la fertilité de son territoire. Lorsque le Nil commence à déborder, l'on ne saurait trop veiller à la conservation des digues, chaussées et ponts, jusqu'à ce que les terres soient assez abreuvées; car s'ils étaient emportés, les eaux, s'écoulant de suite, laisseraient sans arrosement des contrées entières.

Quand le Nil décroît, il faut au contraire faciliter l'écoulement, afin d'ensemencer les terres à temps.

Quant aux ponts établis pour l'utilité locale de certains villages, c'est aux possédant-biens de les entretenir. Les inspecteurs n'ont rien à y voir.

§ II. Des kâchefs, ou inspecteurs des provinces.--Les gouverneurs, dits kâchefs, de l'Égypte, étaient autrefois au nombre de 3.

L'un commandait des confins de Gizah exclusivement jusqu'à Genadel. Il nommait 7 émirs, qui administraient sous ses ordres immédiats les 7 provinces méridionales (Heptanomis et Thébaïs).

Le second gouvernait la partie nord (Delta), ayant aussi sous lui 7 émirs.

Le troisième gouvernait la province de Gizah seulement. Celui-ci était quelquefois un émir de la 1^{re} classe, chef de 1,000 cavaliers, comme les 2 premiers; quelquefois un émir de la musique guerrière.

Depuis quelque temps l'on a établi trois kâchefs pour le sud; l'un au Faïoum, l'autre au Saïd inférieur, le troisième au Saïd supérieur. De même on a divisé le nord en 3 kâchefliks. L'un contient les provinces de l'est (Charqié); l'autre celle de l'ouest (Garbîe); le troisième, la Béhiré, ou province du Lac, qui de tout temps a été un gouvernement particulier.

Mais, s'il m'est permis d'en dire mon avis, ces dispositions sont moins favorables au bon ordre.

En divisant les places, l'on a atténué la puissance et l'influence qui, ci-devant réunies en peu de mains, permettaient aux commandants de déployer cet appareil et cette magnificence toujours si imposants à la multitude.

Ci-devant, lorsqu'un kâchef du Saïd ou du nord faisait sa tournée, le calme devançait ses pas, et sa suite de 1,000 cavaliers occasionait une circulation d'espèces qui vivifiait le commerce et l'agriculture.

Parmi les émirs subalternes, quelques-uns sont encore nommés par les kâchefs; mais le grand nombre est tombé à la nomination de l'administrateur du trésor privé (oustadar), qui vend ces places et paralyse le pouvoir des kâchefs.

§ III. Des fonctionnaires en chaque village et de la perception de l'impôt.--Dans chaque ville et village principal il y a un qâdi, un percepteur des droits pour le trésor royal, un autre pour le trésor privé, un autre pour le domaine; plus, un commissaire royal de la navigation (du Nil), un officier militaire pour la police, un fermier adjudicataire, un inspecteur des canaux, et des syndics ou vieillards bourgmestres.

Autrefois l'impôt ne se levait qu'en nature, maintenant et depuis long-temps tout est affermé, et les fermiers adjudicataires des villages tiennent un état de maison si opulent, que beaucoup de petits souverains d'Asie vivent avec moins d'éclat.

Les fermiers de Menzalé et de Faraskour, rendent au domaine chacun 36,000 dinars[153].

Les autres villages, dont plusieurs rendent 12 à 20,000 dinars, sont également affermés pour des sommes qui ne varient point[154].

Les terres affectées à l'apanage des djendis sont divisées par kirâts; et chaque kirât est évalué à 1,000 dinars, environ 11,000 livres.

CHAPITRE X. Administration des provinces.

1º Province de Damas.

2º Karak.

3º Halab (Alep.)

4º Tarâbolos (Tripoli.)

5º Homs (Hems.)

6º Safad.

7º Gazzah (Gaze.)

La première et la plus considérable province de la Syrie est celle de Damas.

Son vice-roi (kafil) a un appareil égal au sultan qu'il représente. Il dispose à son gré de toutes les places civiles et militaires de son gouvernement.

Les grands officiers militaires sont l'émir généralissime des troupes, le chef des portiers, 12 émirs de 1^{re} classe, 20 émirs de 2^{e} classe, et 60 émirs à 10 et à 5 Mamlouks.

Le tribunal de justice est composé de 4 grands qâdis des 4 écoles ou sectes orthodoxes, et chacun d'eux nomme des substituts dans Damas et dans les autres villes de la province, pour juger au civil et au criminel.

Les grands officiers de plume (mobâcherin) sont le secrétaire des dépêches, le grand inspecteur de l'armée, l'oustadar ou chef du trésor privé, celui du domaine, celui du trésor royal, et le vizir.

Les agents exécutifs (arbâb-el-ouazaïef) sont 2 inspecteurs titrés kâchefs faisant leur tournée à tour de rôle; les émirs des généralités, les commandants de places, le grand maréchal des logis, le tribun de l'armée, etc., presque comme au Kaire.

Le château de Damas est confié au lieutenant du sultan et à 7 officiers-portiers (capidjis).

Quant aux djendis de garnison dans la province, ils devraient être 12,000, dont 2,000 près du vice-roi; le reste près des émirs, par escadron de 500 hommes et non de 1,000 hommes, comme en Égypte.

Karak tient le second rang de province. L'on écrit à son vice-roi sur du papier rouge, parce que l'un des successeurs de Selâheldin, ayant donné à ses 3 enfants son empire, savoir: à l'un l'Égypte; à l'autre la Syrie, depuis Bisan jusqu'au Diarbekr; au 3^{e} le reste de la Syrie et Karak, l'étiquette de ces sultans a passé à leurs vice-rois.

Depuis quelque temps Karak n'a plus pour gouverneur que 2 capidjis; pour tribunal, que 2 qâdis; pour garnison, que quelques Mamlouks et Babrites (gens de la marine), avec un prince arabe qui commande à toutes les tribus du ressort.

Les 5 autres gouvernements sont administrés sur le même plan que celui de Damas, mais avec moins de faste et de dépense: celui de Hama était dès-lors ruiné.

Il y a des forts et des châteaux qui ont des émirs particuliers. Leur garnison est composée d'un lieutenant du sultan, d'un corps d'affranchis-babrites, d'un chef de ronde, d'un tribun de l'armée, de quelques Mamlouks du sultan, des portiers, et de quelques soldats du pays qui montent la garde.

L'auteur ne sait s'il doit regarder Malatié comme un château ou comme le chef-lieu d'une province. C'est là que commandait Doqmaq, de qui fut esclave Malek-el-acheraf sultan (maître du vizir auteur).

CHAPITRE XI. Des émirs et chaiks, arabes, turkmans et kourdes.--Les Arabes répandus sur les terres d'Égypte et de Syrie sont divisés par tribus, dont chacune a son émir. Cet émir a sous lui des chaiks chargés du maintien de l'ordre et de la levée des contributions dont ils sont fermiers, chacun dans leur district respectif.

§ I. Des expéditions militaires.--On distingue 2 espèces d'expéditions (tedjârid), l'une contre l'étranger, l'autre contre le sujet rebelle. Dans l'un et l'autre cas, l'armée est composée de cavaliers et d'archers à pied, en nombre capable d'écraser l'ennemi qui ose se mesurer.

On fait des camps volants, soit pour renforcer une place, soit pour garder un poste, observer un ennemi, etc.

L'ordre invariable des camps est que la tente du supérieur soit toujours postée derrière celle de son subordonné, de manière que celle du sultan est à la queue de toutes les autres.

(Suivent ici 2 articles sur la conquête de l'Yemen par ordre de Malek-el-acheraf, et de l'île de Cypre, qui la suivit peu de temps après. Dans tous ces faits on ne voit que des boucheries d'hommes, sans raison, et sans instruction pour le lecteur).

CHAPITRE XII. Il contient, en 3 sections, des anecdotes historiques et des maximes arabes qui se résument à dire, 1º que les princes sont renversés par ceux qu'ils élèvent; 2º que la fatalité régit tout, et qu'il faut être patient et résigné; 3º que l'inconstance et la mauvaise foi sont la base du coeur humain. Et la conclusion est une lettre de Malek-el-acheraf à Châh Rok, fils de Timour (Tamerlan), dans laquelle le sultan égyptien répond des injures grossières au sultan tatar.

Des ouqâfs, ou fondations en Égypte.--Les kalifes Ommiades et Abbasides ont souvent fait des aumônes; mais ils prenaient les sommes sur leur trésor; et il ne me paraît pas qu'ils aient jamais affecté des terres à perpétuité.

En Égypte ce fut Malek-el-Sâhêl, 16^{e} qualaounide, qui le premier affecta 2 villages à l'entretien des Mahmals, fondés par Bibars.

Aujourd'hui les rentes foncières en faveur de la Mekke et de Médine sont si multipliées en Turkie, que, sans le gaspillage des régies, ces 2 villes seraient les plus riches du globe. La raison en est que l'on lègue souvent son bien à ces villes pour le conserver en usufruit à sa race, en le préservant de la rapacité du gouvernement. D'autre part, les princes et les riches font des legs pieux et expiatifs aux desservants des riches et pauvres de ces villes. L'Égypte seule en est grevée, selon Mohammad-ben-eshâq, savoir, de 6 grands legs principaux, appelés dechîchet-el-kobra, ou grosse semoule.

1º Le legs de Djaqmaq, 10^{e} sultan circassien.

2º Le legs de Qâiet-baï[155], 17^{e} circassien.

3º De Tenâm, } émirs riches du temps des Tcherkasses.

4º De Kâouend, }

5º De Sélim 1^{er}.

6º De Soliman son fils.

Les terres affectées par ces legs sont, savoir:

Pour le premier, 6 villages dans le Kalioûb.

Pour le second, 5 villages dans le Monoûf.

Pour le troisième, 6 villages et une île dans le Garbié.

Pour le quatrième, 9 villages dans le Daq-Halié, près de la Charqîé.

Pour le cinquième, 2 villages dans la Béhairé.

Pour le sixième, 5 villages dans le district de Foua.

7º Dans celui de Djizah, 3 villages.

8º Dans le Faïoum, 2 villages.

9º Dans le Behensaoûîé, 7 villages.

10º Dans le Saïd, 7 villages: total, 52 villages et l'île.

Année commune, le produit de toutes ces terres, en froment, orge, fèves, lentilles, pois-chiches, riz, est de 48,880 ardeb (l'ardeb pesant 192 livres).

Les mêmes terres donnent de plus en redevances pécuniaires 70 bourses (87,000 fr.).

A cette somme se joignent d'autres parties de rentes foncières, fondées en divers endroits par des sultans, des pachas, des particuliers, tant sur des terres que sur des maisons et boutiques; c'est ce que l'on appelle el sourer. Ces aumônes s'élèvent, selon Mohammad-ben-ezhâq, à 164 bourses (205,000 fr.). Mais les détails des comptes n'en offrent que 141.

A quoi il faut ajouter de semblables legs faits en Natolie (Roum-ili), Alep, Damas, et tous les autres pays musulmans; ce qui constitue une énorme richesse pour la Mekke et Médine.

Soliman a d'ailleurs fondé 80 chameaux pour des pauvres qui veulent faire le pèlerinage.

Colombiers des pigeons de message.--Ces colombiers sont établis dans des tours construites de distance en distance sur toute l'étendue de l'empire, dans l'intention de surveiller à la sûreté et à la tranquillité publique.

C'est à Moussel que l'on a commencé de se servir de pigeons pour porter des lettres[156]. Lorsque les Fâtmîtes envahirent l'Égypte, ils y établirent ces postes aériennes, et ils y attachèrent un si vif intérêt, qu'ils assignèrent des fonds propres à une régie spéciale à cet objet. Parmi les registres de ce bureau en était un où se trouvaient classées les races de pigeons reconnus les plus propres. Le vertueux Madj-el-dîn Abd-el-Dâher a composé sur cette matière un livre curieux, intitulé Tamâîm-el-Hàmâïm, Amulettes des pigeons.

Depuis long-temps les colombiers du Saïd sont détruits par suite des troubles qui ont ruiné le pays; mais ceux de la basse Égypte subsistent (en 1450), et en voici l'état ainsi que pour la Syrie.

N. B. Les distances ont été ajoutées par le traducteur, d'après d'Anville et d'après ses propres connaissances.

§ I^{er}. Correspondance du Kaire avec Alexandrie.

COLOMBIERS.

Château de la Montagne (au Kaire) 0 Monouf-el-ouliâ 39 Damanhour-el-ouâhech 45 Skanderié (Alexandrie) 36 ------------ 120 milles.

§ II. Du Kaire à Damiette.

Château de la Montagne 0 Tour de Beni òbaid 36 Echmoun-el-rommân 36 Doumiât 30 ---------- 102 milles.

§ III. Du Kaire à Gazzah.

Du Kaire à Bilbais 27 De Bilbais à Saléhié 27 De Saléhié à Qâtia 42 De Qâtia à Ouarrâdé 48 De Ouarrâdé à Gazzé[157] 81 ----------- 225 milles.

§ IV. De Gazzé à Jérusalem, 1 colombier 81 à Nablous, 1 colombier 36 ---------- 117 milles.

De Gazzé à Habroun 30 à Sâfié, sur un ruisseau de ce nom 45 à Karak 48 ---------- 123 milles.

§ V. De Gazzé à Safad.

à El-qods (Jérusalem) 48 à Djenîn 30 à Bisan 24 à Safad 24 ---------- 126 milles.

§ VI. De Gazzé à Damas, 7 colombiers.

De Gazzé à Jérusalem, 1 colombier 48 à Genin 30 à Bisân 24 à Tâfés. 30 à el-Sânemain 24 à Damas. 30 ---------- 186 milles.

De Damas à Balbek, 1 colombier 48 milles.

De Damas à Halab, 7 colombiers.

à Damas, 1 colombier. à Cara. 45 à Hems. 36 à Hama 24 à Màrra. 30 à Kan-tounâm. 30 à Halab. 28 ----------- 193 milles.

De Halab à Behesna, 4 colombiers.

à Halab. à el-Biré, sur la rive est de l'Euphrate. 66 à Qalàt-el-Roum. 27 à Behesna. 45 ---------- 138 milles.

De Halab à Rahâbé, 4 colombiers.

à Halab. à Qàbâqib. 75 à Tadmour (Palmyre). 75 à el-Rahâbé. 108 ----------- 258 milles.

De Damas à Tarâbolos (Tripoli), 5 colombiers.

à Damas[158] à Saida. 63 à Bairout 24 à Terbelé. 30 à Tarâbolos. 24 ------------ 141 milles.

Tels sont les colombiers entretenus dans l'empire pour la célérité des dépêches. Chaque colombier a son directeur et ses veilleurs, qui attendent à tour de rôle l'arrivée des pigeons: il y a en outre des domestiques et des mules à chaque colombier pour les échanges respectifs des pigeons. La dépense totale ne laisse pas que d'être considérable.

Du transport de la neige, et des relais de hedjin pour cet effet.

Avant le sultan Barqouq, la neige venait de Damas au Kaire par des bateaux qui partaient de Saïd et Bairout pour Damiet, où des bateaux plus petits les relayaient jusqu'à Boulâq. Là, des chameaux la transportaient au château, où on la déposait dans des citernes. Sous Barqouq, et depuis lui, on l'a expédiée par des hedjines (chameaux coureurs) dont il se fait 70 départs depuis le 1^{er} juin jusqu'au 30 novembre.... un toutes les 54 heures.

Tous les 2 jours il part de Damas 5 hedjines chargés, et guidés par un homme expert et par un courrier porteur d'ordres au relais. Dans chaque relais on entretient 6 hedjines.

Les relais sont comme il suit:

De Damas à el-Sânemain. 30 à Tafés. 24 à Erbed. 18 à Djenîn. 36 à Qàqoun. 18 à Loudd. 18 à Gazzé. 36 ----------- 180 milles.

à el-Arich. 57 à Ouarrâdé. 24 à Moutailem. 24 à Qâtiê. 24 à Salèhié 42 à Bilbeis 24 au château du Kaire 27 ------------ 222 milles.

Postes à cheval, dites barîd.

Le gouvernement a établi des postes sur les principaux chemins de l'empire, les voici:

(Il faut savoir que par barîd (course) on entend un espace de 2 à 4 lieues (un relais).

La lieue est de 3 milles; le mille de 3,000 coudées, mesure d'el-Hachîm, l'une des premières tribus arabes.

La coudée est de 24 doigts; le doigt de 6 grains d'orge par le travers; et le grain de 6 crins de la queue d'un mulet.

Route du Kaire au Saïd.

Du Kaire à Gizah, en traversant le Nil 15 à Bernecht 15 à Minîet-el-Qâïd 18 à Ouena 18 à Siâtem 18 à Dehrout 15 à Iqlosena 18 à Minîet Ebukasib 18 à Achmounain 15 à Dehrout-el-Cherif 12 à Menhi 12 à Manfalout 12 à Ousiout 13 à Tima 21 à Maragat 12 à Belensoun 12 à Djirdgé 12 à Belienet 15 à Hou 21 à Qôm-el-Ahmar 12 à Derenbe 15 à Kous, en traversant le Nil 12 de Kous à Hedjré 15 à Edoua 15 à Esna, poste double 24 ----------- 385 milles.

Là finissent les relais. Pour aller plus loin on loue les chevaux chez des particuliers.

D'Esna l'on se rend à Aïdab sur la mer Rouge, entrepôt de l'Yémen et de Habach (Abissinie).

Du Kaire à Scanderié, il y a deux routes; l'une par le Delta au milieu des villages, l'autre par le désert à gauche du fleuve;

Par le Delta, il y a du Kaire 0 à Kalioub 9 à Monouf 18 à Mohallet-el-Marhoum 24 à N'hararîé 24 à Turkmânié 24 à Scanderié 24 ----------- 123 milles.

Par le désert ou chemin sec, il y a du Kaire à Djaziret-el-Qît 18 à Ouardan 12 à Terrâné 12 à Zàouiet-el-Mobarek 12 à Damanhour 21 à Louqîn 18 à Skanderié 24 ---------- 117 milles.

Du Kaire à Doumiât.

Du Kaire à Kalioub. 9 à Bilbais 18 à Salehîé 24 à Sadîé 12 à Bainounet 12 à Achmoun-el-Roumman 12 à Faraskour 21 à Doumiât 9 ---------- 117 milles.

Du Kaire à Gazzé.

Du Kaire à Sâdié ci-dessus 63 à Gorâbi 18 à Qâtié 12 à Màân 12 à Motâilem 12 à Seouâdé 12 à Ouarrâdé 12 à Bir-el-Qâdi 12 à el-Arich 12 à Karrîobé 12 à Sâàqa 12 à Refah 9 à Salqa 12 à Gazzé 12 ----------- 222 milles.

De Gazzé a Karak.

De Gazzé à Belaqis 12 á Habroun 18 a Djenba 12 à Zouair 18 à Safié 15 à Kafar 24 à Karak 21 ----------- 120 milles.

De Karak à Choubak, extrémité nord de l'Arabie pétrée, il n'y a que 3 relais pour environ 90.

De Gazzé à Damas.

De Gazzé à Djenîn 12 à Bait-Derâs 12 à Loudd 12 à el-Oudjaâ 6 à Tiret 6 à Qâqoun 6 à Fâmié 9 à Djenin (en Safad) 9 à Hettin 6 à Zerîn 6 à àïn-Djalout 6 à Bisan 6 à Erbed 12 à Tâfes 18 à Râs-el-Mâ 12 à el-Sânemain 12 à Gàbâgib 12 à Kesoué 9 à Damas 9 ----------- 180 milles.

De Damas à el-Biré sur l'Euphrate.

De Damas à Kousair au nord 9 à Qatifé, à l'est 12 à Efterâq, au nord 6 à Kastel 9 à Qara 9 à Gasoulé 12 à Semsin 12 à Hems 12 à Rousten 12 à Hama 12 à Latmîn 9 à Djerabolos 9 à Marra 12 à Ebad 12 à Emâr 12 à Kinesrin 9 à Halab 12 à el-Bab 30 à Bait-Beré 30 à el-Biré 15 ---------- 255 milles.

De Damas à Djabar, boulevard de l'empire sur l'Euphrate.

De Damas à Homs; voyez ci-dessus 81 De Homs vers l'est à Masnà 24 à Qarnain 18 à el-Baida 24 à Tadmour 24 à Kerbe 24 à Sakné 18 à Qabqab 18 à Kaouamel 24 à Rahàbé 24 à Djabar 110 ----------- 389 milles.

De Damas à Safad.

De Damas à Bouraid, nord-ouest 12 à Qoulous 12 à Orainbé 18 à Nouran 12 à Djabb Yousef 18 à Safad 12 --------- 84 milles.

De Damas à Bairout.

De Damas à Kan-Maiseloun 12 à Harin, sur la Qasmîe 18 à Saïd, par le Liban 33 à Bairout 24 ---------- 87 milles.

De Damas à Balbek.

à Zebdani 15 à Boura 12 à Balbek 13 ---------- 40 milles.

De Damas à Tarâbolos.

De Damas à Gazoubé. (Voyez route de Halab) 55 à Qadis 18 à Aqmar 21 à el-Akra 18 à el-Arqâ 12 à Tarâbolos 15 ---------- 139 milles.

De Damas à Karak.

De Damas à el-Qatibé 12 à Barâdié 18 à Bordj el-Abiad 18 à Hosbân 18 à Qanbes 24 à Dibiân 24 à Qâtè-el-Modjeb 24 à Safra 24 à Karak 24 ----------- 186 milles.

De Halab à Behesna et à Qaïsarié (Cézarée), frontière de l'empire en Arménie.

De Halab à el-Semoûqa 12 à Istidra 12 à Bait-el-Fâr 18 à Antab 12 à Dair-Koûn 9 à Qoûna 12 à Arban 12 à Behesna 9 à el-Qaïsarïé 120 ---------- 216 milles.

Depuis l'an 1412, le gouvernement a cessé d'entretenir des relais de Behesna à Qaïsarïé.

L'auteur traite ensuite de la Syrie dans les sections XII et XIII, d'une manière étendue et intéressante, mais qu'il serait trop long de copier: il suffira de dire qu'il divise, avec les géographes musulmans, la Syrie en 5 contrées:

1º La Palestine, depuis el-Ariche jusqu'à Lajdoun, près le Qarmel.

2º Le Haurân, pays varié de plaines et de montagnes dont la capitale est Tabarié.

3º Le Goutâh (ou pays creux) dont les principales villes sont Damas, Tripoli, Safad, Balbek.

4º Le pays des Hems, où l'on ne voit ni scorpions ni serpents.

5º Le Kinesrin, qui a pour capitale Halab, et pour dépendances Antioche, Ama, Serbin, etc.

Dans l'administration de l'empire, la Syrie est divisée en 6 provinces qui tirent leurs noms de leurs capitales.

La première s'appelle province de Gaza, ville située en une plaine fertile. Le district de Karak, dit aussi Moab, en est détaché, et s'étend depuis Oula, dans l'Arabie pétrée, jusqu'au ruisseau Zizalé, qui tombe dans le Jourdain: c'est un espace de 20 journées de chameaux (à 6 lieues la journée). Le pays a beaucoup de villages; mais il y a disette d'eau sur les routes, et une grande quantité de défilés entre des rocs où un seul homme peut arrêter 100 cavaliers.--Karak est une des plus fortes citadelles connues; on ne l'a jamais prise de force.

La seconde est appelée province de Safad, et contient plus de 1,200 villages. La ville est située très-agréablement sur le lac Tabarié, et a une excellente forteresse. Sour (Tyr), qui en dépend, n'est qu'un hameau.

La troisième, dite province de Damas, est la plus riche en tout genre de productions et en villages. L'auteur en compte plus de dix-huit cents, et omet ceux de divers districts.

La quatrième, dite province de Tripoli, contient plus de 3000 villages: Hesn-el-akrad, château fort, forme sa limite à l'est.

La cinquième, dite province de Hama, est riche en villages et en châteaux forts: celui de Hama fut détruit par Tamerlan.

La sixième, dite province de Halab, est très-étendue et très-riche. Le château de Halab est fait de main d'homme, (il veut dire le monticule qui porte le château).

De Halab dépendent Antioche sur l'Oronte; Djabar sur l'Euphrate; Rahbé au sud de Djabar, sur la rive orientale du même fleuve; Sis en Arménie, peuplé de chrétiens; Tarsous au bord de la mer en face de Cypre; Biré sur l'Euphrate, où il y a un pont de bateaux et un très-grand nombre de châteaux et villes importantes que l'auteur décrit en détail. (En sorte qu'à cette époque l'on ne peut pas évaluer la Syrie à moins de 20,000 villes et villages: et en les supposant, l'un portant l'autre, contenir 300 têtes, ce serait 6,000,000 d'habitants; état bien différent de l'actuel, et je pense très-inférieur à l'ancien, du temps de Titus et de Vespasien.

(Je termine cette notice par quelques idées du vizir Châhin sur les principes de la souveraineté).

CHAPITRE II. SECTION I^{re}.--De la puissance souveraine. La puissance souveraine est un rayon de la divinité. C'est par un effet miraculeux du caractère sacré imprimé sur le front du despote (sultan, maître absolu), que le bon ordre subsiste, que la révolte et la licence sont châtiées, etc.

Le but du pouvoir suprême est la conservation des particuliers et l'accroissement du bien public par un gouvernement juste. Le sultan doit user avec sagesse du sabre que Dieu a remis en ses mains pour défendre l'empire, pour faire fleurir la religion, et faire observer les lois divines et humaines.

(Merèï, l'historien homme de loi ci-devant cité, répète souvent que les principes de la loi sont de faire la guerre aux infidèles.--Que dans les villes conquises l'on ne doit point leur permettre de bâtir ou réparer leurs temples.--Que même il faudrait les détruire sans exception).

En même temps que Dieu ordonne au sultan de travailler au bonheur des sujets, il ordonne aux sujets d'obéir aveuglément au sultan, d'exécuter ses ordres sans examen, parce qu'il est dépositaire de la loi de Dieu et du prophète.

Le prophète a reçu de Dieu l'empire universel du monde; sa puissance, quant aux lois et au sacerdoce, a été transmise à ses successeurs de main en main jusqu'à ce jour et à l'émir el-Moumenin, qui donne au sultan l'investiture du consentement des grands juges, des docteurs de la loi, des grands officiers de la couronne et des commandants de l'armée (ce qui modifie la grace de Dieu, presque comme en Europe).

Par cette sanction le souverain élu devient le maître du trésor de l'état, le généralissime des troupes, le gouverneur des places, l'administrateur de toutes les affaires de l'empire; et chacun doit placer sa gloire à lui obéir.

SECTION II. Des devoirs du despote.--(Ce chapitre est un vrai traité de morale chrétienne. Le sultan doit être pieux, pratiquer les actes de la religion devant le peuple; il doit repousser l'orgueil, la présomption, l'avarice, le mensonge; réprimer sa colère, avoir un maintien digne, silencieux, imposant; être patient, juste, et en un mot avoir les bonnes qualités d'esprit et de coeur qui, dans toute espèce de gouvernement composent l'art un de gouverner, quant à l'individu, mais non quant aux bases du contrat social.)

SECTION IV. Devoirs des sujets.--Les devoirs des sujets consistent dans le profond respect pour le sultan, dans l'exécution aveugle de ses ordres, le dévouement à son service, les bons conseils pour ses succès.

Le grand point du gouvernement est que chaque classe, chaque individu, se tiennent dans les bornes qui leur sont assignées.

ÉTAT PHYSIQUE DE LA SYRIE.

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