ÉVOLUTION PHYLOGÉNÉTIQUE DES ÉLÉMENTS DE L'ORNEMENTATION
En passant d'une forme à l’autre d’un même rameau, les éléments de l’ornementation ne subissent pas toujours des modifications méritant d’être étudiées spécialement : une carène deviendra plus ou moins saillante, des rangées tuberculeuses plus ou moins fortes et plus ou moins serrées, des nodosités plus ou moins accentuées, etc.; rien là qui soit particulièrement remarquable, car depuis sa naissance, l’ornement est resté ce qu'il était : la carène est restée
carène, la nodosité est restée nodosité, etc. Mais il y a d’autres cas où un ornement se transforme véritablement en un autre : c’est un filet lisse qui devient filet granuleux, c’est une carène qui se transforme en un filet, ou inversement, ce sont des costules qui resultent de la fusion de tubercules voisins, etc.; il convient de décrire brièvement les cas les plus intéressants.
Ornements longitudinaux. — Nous avons vu, dans la série du C. fiiferum Desux., que les filets lisses qui ornent cette espèce se transforment en filets granuleux dans le C. globulosum Dess. : voilà donc un premier phénomène intéressant : transformation phylogénique de filets lisses en filets granuleux.
Un phénomène inverse consiste dans la fransformation de carènes denticulées et de filets granuleux en cordonnets lisses ; c'est ce qu'on voit se produire quand on passe du C. tricarinatum Lamk. au C. mixtum Drerr. Les carènes denticulées et les cordons granuleux du C. tricarinatum se transforment, chez C. mixtum, en trois cordons d’égal développement, qui, dans la forme typique, sont complètement lisses. De même, toujours dans le même rameau, la carène denticulée de la mutation arenularia se transforme en carène lisse, sur les premiers tours tout au moins, dans la mutation rouastensis.
Comment se fait cette transformation ? Pour le C. tricarinatum mut. vouastense c’est très simple : on voit les denticules, sur les formes intermédiaires, devenir de moins en moins saillants et s'effacer complètement. Dans le C. mixtum, c'est autre chose : on voit dans les formes intermédiaires les denticules des carènes se rapprocher, se serrer les uns contre les autres et finir par se fondre; il y a formation de cordonnets lisse par multiplication et Jusion des éléments de la carène denticulée primitive.
Le C. mixtum nous montre encore un autre phénomène intéressant : les deux carènes postérieures sont formées aux dépens des deux filets granuleux postérieurs du C. tricarinatum, qui prennent dans cette mutation un développement aussi grand que la carène antérieure : nous voyons là la transformation phylogénique de filets longitudinaux en carènes. Rappelons-nous qu’un phénomène semblable a été observé dans la série du C. denticulatum, dont les deux filets granuleux antérieurs se transforment en carènes, aussi développées que la rangée postérieure, dans C. Hericarti.
Gerithium echinoides a ses tours pourvus de deux carènes Iongitudinales, toujours aigües et tranchantes, même quand elles sont très atténuées ; dans C. pleurotomoides, ces carènes sont
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devenues deux cordons larges et aplatis, ou tout au moins très émoussés.
Ilarrive qu'une carène se déplace, et qu’elle occupe sur les tours une position différente suivant les différentes mutations : dans C. tricarinatum type, par exemple, la carène est très antérieure ; elle l’est un peu moins dans les mutations successives, jusqu’à devenir presque médiane dans C. vouastense. De même la carène tout à fait postérieure du C. Bouei devient presque médiane dans C. Sowerbyi.
Enfin un dernier phénomène intéressant consiste dans la formation de costules transversales par la fusion deux à deux des tubercules, situés vis-à-vis l'un de l’autre, de deux rangées longitudinales voisines. C'est par ce processus que nous avons vu se former les côtes de C. rusticum et de C. Pervinquierei, dans la série du C. echinoides, et je ne puis que renvoyer, pour la description détaillée du phénomène, à ce que j'ai dit à propos de ces espèces.