Le même raisonnement s'applique aux familles
2. Il est vrai que les premières paroles s’apoliquent aux familles, les secondes aux genres; mais je ne pense pas que les méthodes de classification doivent varier quand on passe des familles aux genres.
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indiqué ci-dessus que le criterium générique réside dans la forme, les dimensions et l'inclination du canal cérithial; quant au criterium sous-générique, j'ai adopté la disposition du labre qui —toujours plus ou moins incurvé sur son contour latéral — prend sur le contour supérieur, c'est-à-dire au plafond de l'ouverture, un développement très variable selon le groupe ; enfin les plis pariétaux et columellaires, accessoirement les varices sur la spire, permettent de distinguer entre elles les sections d’un même sous-genre. » Et dans tout cela on ne parle guère de l’ornementation.
Telle est la méthode du criterium : un caractère est choisi. tout à fait arbitrairement du reste, comme générique, un autre comme sous-générique, un autre comme sectionnel, et les espèces sont distribuées automatiquement, suivant qu’elles présentent ou non ces caractères privilégiés, dans tel genre, tel sous-genre, telle section ; c’est un procédé rapide, certes, mais un peu artificiel.
J'avoue que pour ma part,je n'ai jamais pu reconnaître, d’après le canal, un Cérithe vrai d'un Potamide ; et les résultats mêmes auxquels arrive M. Cossmann me laissent soupconner qu'il éprouve lui-même certaines difficultés dans l’application de son criterium. Je n'en donnerai que quelques exemples, empruntés à des groupes que j'ai étudiés particulièrement. Cerithium denticulatum Lamx., par exemple, est placé dans le genre Cerithium, c'est-à-dire, non seulement dans un autre genre, mais dans une autre sous-famille que C. Hericarti DEsn., mis dans le genre 7ympanotonus de la famille des Potamidinæ, et qui n'en est qu'une mutation; C. Bonellii Des. est mis dansle genre Terebralia (Potamidinæ), alors qu'il passe par tous les intermédiaires au C. Plainvillei Desu.. du groupe du C. thiara Lamx. dans le genre Cerithium. On pourrait multiplier les exemples : C. mixtum Dre. serait un 7>-mpanotonus, alors qu'il dérive directement du C. tricarinatum Lamk. mut. crispiacense Bous., qui est mis dans le sous-genre Potamidopsis du genre Potamides, etc.
La même méthode ne conduit pas seulement à séparer les formes les plus étroitement unies entre elles, elle rapproche encore dans les mêmes groupes des formes extrêmement disparates : quoi de plus hétérogène que le genre Cerithium tel que l'entend M. Cossmann, comprenant à coté du C. nodulosum BruG., les Gourmya ventrues et à labre presque droit, les Bellardia à aspect si étrange, les Campanile, les Serratocerithium (parmi lesquels il faut remarquer le C. valdancurtense avec son canal entièrement recourbé en arrière et ne dépassant jamais le plafond de l’ouver-
ture), les Tiaracerithium, groupe lui-même essentiellement hétérogène, les Vulgocerithium, etc.
D'une manière générale, quand on considère les espèces qui composent les genres ou sous-genres de la famille des Cerithidæ, on peut presque toujours distinguer, dans chacun d'eux, un certain nombre de groupes qui n’ont pas plus de rapports entre eux qu'avec les groupes des genres et sous-genres voisins, et je suis toujours tenté de conclure que de tels genres sont artificiels. On m'objectera peut-être que ce sont là les défauts inévitables d’une première tentative, et que beaucoup de ces groupements ne sont que provisoires. Mais s'ils ne sont que provisoires, pourquoi les consacrer par des noms ? Et puis, n'est-ce pas mettre la charrue devant les bœufs ? On ne doit pas se soustraire aux principes de la classification généalogique : avant de grouper les espèces, il faut voir comment elles s’enchaïnent ; la classification ne doit-être que le résultat des études de phylogénie. Aussi, sauf pour les Campaniles, que je mets à part, je n’ai distingué, dans les Cérithes, ni genres, ni sous-genres; j'ai admis un seul grand genre Cerithium, genre polyphylétique, et j'ai essayé simplement d'apporter ma contribution à l’étude des rameaux qu'il comprend, en m'’attachant à les suivre dans l’Éocène moyen et supérieur du bassin de Paris ; ce n’est que plus tard, quand d’autres travaux auront fait connaître les rameaux des couches plus anciennes et des couches plus récentes, et ceux qui ont évolué dans les autres régions, qu’une tentative de synthèse pourra avoir lieu, et qu'on pourra chercher si ces rameaux peuvent être groupés en des genres différents, en se basant sur leurs enchaînements réels. Mais présentement, je le demande encore, quel avantage y a-t-il à consacrer, par des noms des groupements artificiels et provisoires ?
J'ai donc cherché à suivre pas à pas, dans la succession des couches qui composent l’Éocène moyen et supérieur du bassin de Paris, ces variations chronologiques d’un certain nombre d'espèces qui m'ont donné de bons résultats, et je n'ai pas tardé à m’apercevoir qu'un bon nombre de formes qui avaient été décrites et étaient considérées jusqu'ici comme des espèces indépendantes, étaient en réalité reliées à d’autres par des liens généalogiques évidents, et n'en étaient que des mutations.
Pour opérer ces rapprochements, je me suis basé sur les caractères de l’ouverture, mais surtout sur l’ornementation, et en particulier, sur l'évolution de l’ornementation. Non pas que la loi du parallélisme entre l’ontogénèse et la phylogénèse soit ici applicable; leur évolution individuelle n’est pas suffisamment
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lente pour retracer la série des transformations subies par leurs ancêtres, même immédiats. Mais en général, comme nous allons le voir bientôt, l’ornementation des Cérithes se forme par des processus différents dans les rameaux phylétiques différents, même quand elle aboutit dans l’adulte à des formes à peu près semblables. Des rangées de tubercules, des carènes denticulées, des côtes, des nodosités ont bien des manières de se former, et je me suis toujours appuyé sur ce principe que l’évolution de ces ornements devait être la même dans une même série de formes.
Je vais essayer d'expliquer clairement ces faits en étudiant les éléments de l’ornementation des Cérithes.