‹ 101. Régiment Jules NoriacChapitre 25 sur 49 · DES PERSONNAGES CÉLÈBRES · texte numérisé non relu

DES PERSONNAGES CÉLÈBRES

Un courriériste qui se respecte doit toujours rencontrer dans le monde un homme célèbre, et en parler comme il convient.

EXEMPiE :

« Le grand événement de la soirée a été la pré-

sence de l’illustre chevalier de Crevessol, le voyageur philanthrope. On nous saura gré de donner ici une courte analyse de ses dernières pérégrinations. L’infatigable voyageur, ayant appris que les Fran<^s ne pouvaient s’établir dans la Nouvelle-Calédonie, sans risquer d’être mangés par les naturels, et qu’au con-

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traire les Anglais y étaient fort respectés, conçut et réalisa le dessein de visiter ces terres lointaines.

1 ) Là, il ne tarda pas à savoir qu’en 1837, les Ka« naliens, ayant dévoré l’équipage d’un brick anglais, furent si gravement indisposés, qu’ils n’osèrent plus, depuis, goûter les nobles fils d’Albion. Dès lors, les Français devinrent et restèrent un mets fort redierché. Quelque flatteuse que fût cette préférence en faveur de la France, M. de Crevessol résolut dé l’en affranchir. Ce qu’il lit d’efforts pendant sept ans pour découvrir pourquoi l’Anglais ne réussissait pas aux sauvages, est inimaginable. Enfin, souffrant et ruiné, il se décida à revenir en France, et s’embarqua à bord d’un navire anglais.

» Pendant la traversée, notre héros remarqua que, depuis le mousse jusqu’au capitaine, les Anglais mangeaient avec une satisfaction marquée une espèce de pâtisserie que lui trouvait détestable.

* — Capitaine, demanda-t-il avant de débarquer, qu’est'-ce que cela, je vous prie?

» -T- Hao, répondit le capitaine, «o ne conn’sé pas ctUe dwse Ce était des tartes à la rhubarbe.

» — O ma noble patrie ! s’écria M. de Crevessol,

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je tiens donc enfin l’explication de ce sauvage rébus.

» Et, sans embrasser ses amis, sans les rassurer même, l’inlrépide voyageur repart avec une cargaison de rhubarbe pour la Nouvelle-Calédonie, oîi les déceptions l’attendent encore.

» En effet, le petit nombre des Français résidants déclare qu’il préfère subir son triste sort que de se soumettre à ce régime dissolvant. Ni prières ni menaces ne peuvent vaincre cette répugnance.

» Alors, une idée sublime traverse le cerveau du philanthrope. 11 jette sa rhubarbe à la mer et établit à Kanala un magasin où il vend lui-même des favoris roux postiches, en poil de veau. Les Français se munissent chez lui du nouveau talisman, et, grâce à cette ruse qui trompe les insulaires, on n’a plus de pertes à déplorer. Ces favoris sauveurs, qui font ressembler, à s’y méprendre, les Français à des Anglais, se vendent, savoir ;

fr. c.

» Houx ordinaire 100

» Idem foncé 1 50

» Extra-roux (pour les poltrons). 26 00 » Le chevalier a rétabli sa fortune. >

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MANOEL DD COORRIÉRISTE

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