CE QUI SE DIT DANS LES CAFÉS
Premier monsieur. — Après vous la Gazette des Tribunaux, s’il vous plaît ?
Deuxième monsieur. — La voici, monsieur; vous y verrez une curieuse affaire : un proprié-
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taire des environs de Meliin qui a été assassiné pour six francs.
Premier monsieur. — Ce n’est pas cher.
Deuxième monsieur. — C’est-à-dire que ça ne vaut pas la peine. {Après une pause.) C’est tout de même dur d’être assassiné pour six francs.
Premier monsieur. — C’est dur d’être assassiné pour n’importe quelle somme.
Deuxième monsieur. — Certainement, certainement. [Nouvelle pause.) Eh bien ! chez nous, il s’est passé quelque chose de plus fort que ça. Un marchand de bœufs a été assassiné pour trente sous.
Premier monsieur. — A la campagne,..
Deuxième monsieur. — Ce qu’il y a de curieux, c’est qu’il s’en doutait, il avait laissé sa valise chez un aubergiste sur la route : les quatre voleurs ignoraient cette particularité, ils l’attendirent dans un chemin creux et l’assommèrent à coups de maillet ; le pauvre diable tomba en disant ; « Misérables ! vous m’assassinez pour quarante sous ! » Il était mort. [Nouvelle pause.) Ce qu’il y a de plus singulier, c’est qu’on n’a jamais pu mettre la main sur ceux qui avaient fait le coup.
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Premier monsieur.- — Alors l’homme n’en est pas mort.
Deuxième monsieur. — ...Mande bien pardon, mort, tout ce qu’il y a de plus mort.
Premier monsieur. — Mais alors comment a-l-on su qu’ils étaient quatre et qu’ils avaient assommé ce marchand de bœufs à coups de maillet ?
Deuxième monsieur. — Dame ! je n’en sais rien, moi.
Premier monsieur. — Si les assassins n’ont pas été arrêtés, comment a-t-on pu savoir que l’homme avait dit ; « Misérables ! vous m’assassinez pour quarante sous ! »
Deuxième monsieur. — Mais, monsieur, vous me faites là un tas de questions.
Premier monsieur. — Avant tout, il faut être logique. Comment expliquez-vous cela? on n’arréte pas les assassins, la victime est morte : qui a raconté les détails ?
Deuxième monsieur (avec explosion). — Mais, monsieur, vous me faites là des questions... à la Un... (Tapant sur la table.) Sacrebleu! comment
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voulez-vous que je sache ça, moi, puisque la justice ne le sait pas !
Premier monsieur (en s’en allant) , — Quand on ne sait pas les choses, on ne les raconte pas.
Deuxième monsieur (à la dame de comptoir). — C’est extraordinaire comme depuis quelque temps il y a des gens sans éducation qui se faufilent dans les établissements. '