‹ 101. Régiment Jules NoriacChapitre 47 sur 49 · AUTOGRAPHES DS LA MORT · texte numérisé non relu

AUTOGRAPHES DS LA MORT

Ces quatre mots sont celui de l’énigme.

Sir Stephenson consacrait son temps et son argent à collectionner le dernier écrit de tous les suicidés. Or, comme les gens bien nés sont les seuls qui savent mourir sans écrire leurs impressions de trépas, la récolte de l’Anglais était considérable.

Aucim être ne s’est tué volontairement en France, depuis vingt-huit ans, sans que l’excentrique gentleman n’ait été là aussitôt pour payer à prix d’or ou avoir quelquefois pour rien la dernière plainte écrite du trépassé.

Comme la sombre collection sera vendue, le 22 de ce mois, en la salle des commissaires priseurs.

D'y'îi£*.''j by CjOOgIc

FOLIOLES

je ne vois aucun inconvénient à donner ici quelques échantillons de cette lugubre littérature.

Des noms tristement célèbres, depuis Victor Escousse et Auguste Lebras, ces jeunes poètes qui manquaient d’air, jusqu’à l’infortuné Charles G..., qui manquait d’argent, donnent à cette collection un véritable prix. La plupart de ces autographes sont connus ; nous n’en parlerons pas, et nous prendrons au hasard.

Autographe trouvé dam les filets de Saint-Cloud.

• Je me nomme X...; je suis né dans la commune de.. , arrondissement..., département de... Je suis âgé de vingt-trois ans.

B Qu’on n’accuse personne de ma mort, je me tue volontairement.

» La vie m’était devenue insupportable; j’avais vécu heureux jusqu’au jour où je perdis ma sainte mère.

Digitizcd by Goo<^k

FOLIOLES

» Mon père, encore jeune, épousa deux ans après une jeune et charmante personne des environs ; son éducation parfaite, les grâces de sa personne, sa douceur et son aimable gaieté ont captivé le cœur de mon père et de tous mes parents. Elle m’a toujours témoigné beaucoup d’amitié et je n’ai qu’à me louer de ses bons procédés, mais je ne puis supporter plus longtemps la présence de cette marâtre.

> Paul-Joachim X... »

ADTRK

Trouvé au pied de la colonne de Juillet.

€ Qu’est-ce que la vie? — Je l’ignore. Qu’ est-ce que la mort? — Je n’en sais rien. Je vais descendre la colonne pour m’en informer.

c Henri de M.... »

FOLIOLIâ

Axmts

Trouvé dans la forêt de FontaineUeau,

c Elle m’aimait, je ne l’aimais pas maintenant; je l’aime, elle ne m’aime plus, je vais mourir.

Chablis Gm. »

ÜKBB

Tirouvé dans les fossés des fortifleotUm.

c Toujours boire, manger, rire ou pleurer, veQlnr ou dormir, cela devenait monotone ; j’ai résolu (fen finir avec cette éternelle platitude qu’<m nomniBin vie.

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* Qu’on n’accuse pas la gendarmerie de mon trépas, elle n’y est pour rien.

» Feu Gandois. »

AoraB

Trouvé dans une chambre d’hôtel meublé du quartier latin.

€ Mon tailleur a pourri mon existence. Je lui dois cinq mille trois cent soixante-sept francs, — à ce qu’il dit. — Cet homme a été le tourment de ma vie.

feu de jours se sont passés sans qu’il soit venu suspendre sur ma tête sa facture de Damoclès. Par ses réclao^tions inconsidérées, il m’a brouillé avec mon père, il a détruit ma considération et mou crédit dans le quartier.

> Les habits somptueux qu’il n’a cessé de me 'confectionner ont été Cause que je me suis lié avec des jeunes gens riches qui m’ont entraîné en de

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folles dépenses, et avec une femme du monde qui m’a lâchement trompé avec son mari.

» En un mot, cet homme a été la source de tous mes chagrins; je le maudis.

» Ma seule consolation est de penser que mes héritiers ne le payeront pas; commeje ne leur laisse rien, j’espère qu’ils accompliront religieusement cette clause de mon testament.

» Léopold..., étudiant en droit. >

aUTEK

Trouvé toxu une fenêtre, ,

€ Je demande pardon aux hommes de la funeste résolution que je vais mettre à exécution.

» Je sais que les nobles cœurs ne doivent pas donner Je mauvais exemples au peuple.

> Ma douleur est plus forte que ma volonté.

» J’aimais d’amour un enfant de la terre.

» Je l’aimais chastement comme on aime les anges

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iüSo

> Depuis cinq ans, mon seul bonheur était de la regarder.

» Je la voyais parfois sourire; cela suffisait à mon cœur.

> Mon âme est brisée.

» Hier, jour fatal ! je l’ai surprise avec un maréchal des logis.

» Je vais l’attendre dans le ciel.

> CÉLESTIN BOPiNET. »

AITTIVS

Trouvé partout.

» Adieu, Marie.

Rar une délicatesse d’homme du monde, sir Edmond a brûlé, avant de mourir, les autographes des

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gens qui se sont suicidés pour se soustraire au déshonneur.

Le seul reproche qu’on puisse sérieusement adresser à, ce gentleman, c’est de n’avoir pas laissé le âen dans sa collection, car lui aussi il s’est suicidé.

Devant Dieu soit son âme !

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