A FOURIER
Nous fêtons aujourd'hui, 7 avril, l'anniversaire d’un homme qui a trouvé le moyen de substituer à la discorde l’harmonie, à la guerre Ja paix, à la misère la richesse.
Né en 1772, Fourier annonçait en 1808 sa grande découverte. Depuis, — soixante-cinq ans se sont écoulés, — jamais dans aucun temps plus de passions discordantes, de révolutions stériles, d'effroyables catastrophes n’ont rendu nécessaire un remède d’apaisement et de satisfaction. — Pourquoi donc le monde a-t-il été sourd à l’appel de Fourier? — Cette fatalité a bien des causes : d’abord, pendant le premier Empire, l’état des esprits comprimés, éteints sous le joug du plus cruel ennemi de la libre pensée ( Mouvement d'adhésion): puis, quand ce joug a été brisé, l’effervescence désordonnée qui s’ensuivit ; mille bruyants systèmes absurdes, dangereux, jaillissaient des cer\eaux enfin libérés. Au milieu de ce chaos et des préoccupations politiques, la vérité, sortant de la bouche d'un pauvre commis marchand, restait inécoutée, ou condamnée en bloc avec les erreurs mêmes qu’elle venait réfuter. On a fait Fourier solidaire des erreurs et des folies des autres. — Hélas ! nous aussi, nous portons le lourd fardeau de cette injuste solidarité.
Fourier d’ailleurs, comme tous les grands génies, était trop abstrait pour être facilement compris, et trop naïf, trop simple dans ses manières pour éblouir et entraîner la foule. — Il avait depuis longtemps sa théorie complète et ne pouvait la faire connaître ; en vingt années, un seul disciple s’était présenté. Dans ce long isolement, en l’absence de toute distraction pratique, Fourier a dû laisser courir son imagination. Si elle a quelquefois vagabondé, s’il en est résulté quelques excentricités très en dehors de ce qui fait la grandeur et l’utilité de sa découverte, ce sont précisément ces excentricités, enjolivées par des loustics, qui ont fait un peu connaître Fourier, fait connaître son nom, mais nullement sa doctrine. — Qu’on ne parle donc plus de ces excentricités, curieuses cependant, car ce sont les excentricités du génie. Laissons même de côté la théorie passionnelle, qui pourrait amener d’inutiles controverses, et attachons-nous à ce qui est la vraie base, la vraie force du fouriérisme, à l’organisation du travail par les séries de groupes. C’est cette organisation qui, rendant le travail attrayant et multipliant la production, fera disparaître trois grandes sources de tous maux : la misère, 1 ignorance, l’oisiveté. ( Applaudissements .) — Une autre source de luttes sanglantes et d’oppressions, l’ambition, la passion de primer, cessera de désoler la terre, mais sans être rayée de la liste des passions : généralisée dans l’ordre sériaire, elle deviendra, au contentement de tous, le puissant stimulant du progrès; car avec l’harmonie matérielle, on aura par surcroît l’harmonie morale, l’harmonie des passions.
Des bravos ont accueilli ces dernières paroles.
Un toast avait été envoyé de Besançon par le vénéré doyen de l’Ecole sociétaire; il a été lu par M. Glorget, compatriote et ami de J ust Muiron.