LE 7 AVRIL A ALGER
Nous avons eu notre banquet commémoratif de l’anniversaire de la naissance de Charles Fourier, lundi 7 avril 1873, à la Pointe-Pescade, l’un, des plus beaux sites du littoral de la Méditerranée, à 6 kilomètres d’Alger.
Quatorze membres du groupe dJAlger, parmi lesquels quatre darnes, ont pu se rendre à cette fête de famille. Notre ami Fourrier de Blidah et ses fils, ainsi que d’autres de nos amis, nous ont exprimé leurs vifs regrets de se voir empêchés.
La réunion a été des plus sympathiques ; quelques toasts ont été prononcés ; je vous les envoie. Un souvenir affectueux et reconnaissant a été adressé aux anciens de l’École et au groupe dévoué qui soutient si dignement notre drapeau. Un nouvel adepte, le Dr Dupuy, a exprimé le vœu de voir les problèmes sociaux résolus par la science, ainsi que le propose notre excellent Bulletin du mouvement social , que nousfaisonstous nos efforts pour propager. Les vérités lumineuses révélées par le profond penseur avaient pénétré tous les esprits d’enthousiasme et d’un nouveau courage. Après le repas fraternel, véritable agape, dans un charmant kiosque adossé à la montagne, le groupe s’est délecté quelques moments sur la colline verdoyante. Notre excellent ami, le naturaliste Durando, expliquait la flore algérienne. Puis, tout à coup, du haut d’un rocher qui dominait le groupe, un des nôtres s’écria : a Amis, au recueillement, à la prière ! » Et il récita avec enthousiasme la belle prière que vous connaissez, de Jean Journet. Enfin, autour d’une table
(l)Tout le monde n’étant pas tenu de comprendre le latin et de savoir Horace par cœur, je donne la traduction du passage : « Dételle à temps, si tu es bien avisé, ton cheval vieillissant, de peur qu’il ne bronche et que, devenu poussif, il ne prête à rire.» Hor., Epitre i, Liv. 1.
ronde où le café était servi, un enfant de neuf ans a entonné l’hymne des Travailleurs, dont le groupe entier-répéta avec lui le religieux et beau refrain.
A cinq heures du soir, rentrée en ville à pied par une route agreste et ravissante, au milieu de causeries pleines d’intérêt sur les œuvres de progrès, sur les moyens de réalisation de nos espérances.
J'allais oublier une belle pensée inspirée par cette fête de famille. La plupart des absents dont on avait réservé la souscription, l'ont affectée à l’œuvre des Asiles agricoles algériens, qui va ouvrir sous peu une école de garçons avec enseignement pratique de culture et atelier pour travailler le fer et le bois. Cette journée a été bonne ; elle a resserré entre les membres de la famille phalanstérienne les liens que tant de causes ont relâchés ou dénoués. Nos réunions hebdomadaires y gagneront certainement plus d’exactitude et d’empressement.
Alger, le 8 avril 1873.
J. Guiess-Tuaut.
Toast par M. Griess-Traut.