‹ 102e anniversaire natal de Charles FourierChapitre 1 sur 3 · 102e anniversaire natal de Charles Fourier · texte numérisé non relu

102e anniversaire natal de Charles Fourier

Le banquet du 102 e anniversaire natal de Fourier a eu lieu à Paris, le 10 avril, dans les salons de Tavernier, au boulevard du Temple. A partir du 7, jour de la naissance du fondateur de l’École sociétaire , le local se trouvait retenu pour des repas de noces. D’où la nécessité de ce retard de trois jours sur la date réelle de l’anniversaire que nous avions à cœur de fêter cette année, comme les années précédentes.

Quelque modeste qu’ait été cette manifestation, il importe de la constater. C’est d’ailleurs répondre à un vœu exprimé par plusieurs de nos condisciples.

Lorsque sévissent autour de nous, avec un redoublement d’intensité, toutes les misères de l’état d’incohérence sociale et d’insolidarité ; lorsque le malaise, l’inquiétude, la perplexité, le découragement sont partout, et que les difficultés du jour, plus encore les appréhensions du lendemain, agitent fièvreusement les esprits, paralysant, comme on dit, les affaires, tenant en suspens la vie industrielle du

pays, ne laissons pas échapper une occasion de signaler encore et toujours PIdée , la grande, la salutaire Idée qui, mise à Pétude et à l’essai, aurait pu, dès longtemps, conjurer tant de souffrances et d’anxiétés cruelles.

En dépit des préoccupations du présent, ou plutôt à raison même de ces préoccupations, il convient, ne fussions-nous à nous réunir dans le banquet en l’honneur de Fourier qu’une poignée de disciples persévérants; il convient, dis-je, que nous continuions de célébrer chaque année la découverte de Pordre sociétaire. Ainsi réussirons-nous peutêtre enfin à attirer sur les propriétés de ce régime, a tous bienfaisant, l’attention distraite de quelquesuns des hommes qui pourraient en faire, du jour au lendemain, une réalité féconde, absorbant et neutralisant avec une puissance inouïe tous les ferments de haine et de discorde qui travaillent notre société et qui menacent de la dissoudre.

Oui, dussions-nous n’être bientôt que vingt, que dix et moins encore, pour attester par la solennisation du 7 avril, qu’un homme de génie, né à pareil jour, il y a désormais plus d’un siècle, a découvert le moyen d’appliquer sans danger d’aucune sorte la méthode vraiment scientifique, celle de Pexpérimentation aux théories de progrès social ; — ne fussions-nous plus que deux ou trois vétérans du groupe phalanstérien de 1832 à demander l’institution sur le territoire d’une de nos plus petites communes rurales ou sur le domaine de quelque grand propriétaire, ami du bien public; à demander, je le répète, l’institution d’uN laboratoire d’essai du meilleur

mode d’exercice des travaux agricoles, domestiques et industriels, ainsi que des plus favorables conditions de bons rapports et d’accord entre les divers agens de la production : toutes questions, y compris celle de la liberté, qui n’ont de solution complète que par le travail attrayant , cet Amphion des temps nouveaux, cet émancipateur définitif ; — oui, ne fussions-nous plus que deux ou trois à demeurer inébranlables dans notre conviction, que nous ne devrions ni cesser d’élever ce qui nous reste encore de voix en faveur de l’épreuve locale des innovations en sociologie, ni désespérer jamais que ce voeu soit enfin écouté un jour ou l’autre, et ce sage conseil pris en considération et suivi.

Comme je l’ai déjà fait pressentir, il n’y avait pas foule cette année pour fêter l’anniversaire natal de Fourier. Le Bulletin du mouvement social , si discret à tous autres égards sur le banquet commémoratif, a donné le chiffre exact des convives : 42.

42 ! c’est le quart environ de ce que nous étions au banquet d’avril 1872 ; les deux tiers seulement des assistants au banquet de 1873 !

Ce chiffre, qui va d’année en année décroissant, signifierait-il donc que la doctrine de l’association perd de jour en jour du terrain, qu’elle est de moins en moins connue, appréciée?... — Je n’en crois rien pour mon compte.

S’il en était ainsi cependant, tant pis, dirais-je, pour la génération contemporaine! car cela prouverait qu’elle n’est pas au bout de ses dures épreuves et de ses amères déceptions.

Quidquid délirant reges pleetuntur Achivi.

Ce classique adage n’est pas moins vrai de nos jours qu’au vieux temps des Grecs du fier Agamennon et desTroyens du débonnaire roi Priam. Les erreurs des chefs de nation, quelque titre qu’ils portent ; celles plus funestes encore peut-être des directeurs de l’opinion publique, retombent en fléaux sur la tète des peuples, sans préjudice des maux que ceux-ci s’attirent par leurs propres fautes quand ils s’avisent, non sans quelques bons motifs, de vouloir se gouverner et taire leurs affaires eux-mêmes. Ce n’est pas tout pour un peuple de se proclamer souverain : il faut qu’il sache user de sa souveraineté au plus grand avantage de tous et sans dommage pour personne.

Après ce préambule qui pourra sembler à bien des gens un hors-d’œuvre ambitieux, une homélie sans à-propos, j’arrive au compte-rendu fort simple du dernier banquet d’avril.

Le président désigné, M. Dulary, se trouvant retenu par une indisposition subite, avait envoyé le toast qu’il se proposait de porter, et qui a été lu par un des convives, M. Edouard de Pompery.

Page 1