‹ 1564-1621, Daniel ChamierChapitre 13 sur 80 · JANVIER · texte numérisé non relu

JANVIER

Mardis premier jour de l'année 1608, dînâmes chez M. de Pradel. M. Du Moulin me donna son Apologie (2), et j'achetai I)e Eucharistia 3 s.

2^ janv. — Mercredi J'achetai le Catéchisme d[ica.rdmal de s (3),

six sols 6 s.

Et Cyrillus contra Anthropomorphitas 25 s.

3e janv. — Jeudi.

h^janv. — yenàrQfWyi'-AçhQidà Turriani de Eucharistia. . 16 s.

5^ janv. — Samedi, j'achetai Coë^e^mw contre Dumoulin. 35 s.

Et August inus Triumphus 5 1.

6^ janv. — Dimanche.

1^ janv. — Lundi, j'achetai des boutons et du passement pour mon manteau 7 1.

S^janv. — Mardi, pour racoutrer mon manteau. . . 1 1. 15 s.

Et pour l'Exploit d'Aimoinus [?] 20 s.

9' janv. — Mercredi, pour deux paires chaussons. ... 6 s.

iO^ janv. — Jeudi, pour trois mouchoirs 15 s.

Et pour des caleçons 35 s.

ii^ janv. — Vendredi, M. Du Gros (4) m'avertit que le jour aupa-

(1) Aujourd'hui commune du canton de Longjumeau, arrondissement de Corbeii (Seine-et-Oise).

(2) « Le samedi 15 (septembre 1607), dit L'Estoile, j'ay acheté V Apologie pou?- la Cè«e, faite par le ministre Du Moulin, imprimée depuis peu de temps in-S", dont beaucoup d'hommes doctes font estât, mais principalement tous ceux delà Religion, qui me l'ont fait acheter sans envie que j'en eusse, me desfiant d'y pouvoir trouver ce que je cherche et qu'on doit surtout rechercher en ceste matière, qui est la vérité, et non la subtilité. »

(3) Ici encore la copie porte Bondis, mais une main étrangère et moderne a ajouté au crayon, en interligne, Sourdis. Nous pensons pourtant que c'est plutôt Gondi. Il semble naturel qu'étant dans le diocèse de l'évèque de Paris, Gondi, ce soit le catéchisme de ce prélat que Chamier achète.

(4) Charles Du Gros, avocat au Parlement de Grenoble, fut député, en 1605, à l'Assemblée politique de Chàtelleranlt, et nommé député général, en même temps que La Noue, par le roi, à la suite de cette Assemblée, et sur la hste de trois noms qu'elle avait présentés pour le Tiers Klat. A l'expiration de sa charge, le roi lui conféra des lettres de noblesse, et le nomma, l'année suivante, président au Parlement de Grenoble. Il continua à prendre une part active et dévouée aux affaires de la religion. Envoyé, en 1622, à Montpellier pour y calmer les esprits

44 JOLUNAL DU VOYAliE DE UAMEL CHAMIER

ravant le Roy avoit parle à lui et à M. de La Noue de nioy avec des main ais termes; qu'en venant à la cour, je n'étois point devenu sage, et que j'avois dit que, quand le Roy ne permettroit point l'assemblée aux églises, on ne laisseroit pas de la tenir. Item, que j'avois voulu persuader M. de Lesdiguières de mettre hors des garnisons tous les soldats papistes. Je répliquay que j'étois en la ville, et que S. M. pourroit s'en éclaircir. Le Roy répondit que je ne le nierois point; mais que, comme j'étois plein d'arguties, je les rabillerois de quelque façon. Sur cela fut arrêté que le S^ Du Gros au lendemain diroit au Roy qu'il m'en avoit parlé, et que je supliois S. M. de me vouloir ouïr.

J'en parlai aussi à M. de Bullion, qui me p;omit que le jour ne se passeroit pas qu'il n'en parlât au Roy.

y acheta Baj'laami 7)wnac/n Logistica i . 30 s.

Keckermonni 12 s.

Defensio Christoj)hori Sacrobosci 13 s.

\'^^ janv. — Le lundi au matin, je vis M. de Bullion, qui me dit avoir parlé au Roy de moy, et qu'il m'avoit parlé de ce qui étoit de l'assemblée : mais bien des garnisons comme M. de Lesdiguières luy en avoit écrit.

Je vis aussi M. d'Aire (1), qui me dit quele Roy lui avoit parlé de moy en ce qui concernoit les garnisons; il me dit aussi que on parloit d'une conférence plus que jamais : que le Roy même lui en avoit parlé, et qu'il avoit dit au Roy que c'étoit un dessein grand, beau et digne d'un Roy tel que luy : mais qu'il faloit y procéder sans fmesse ; car les voyes de renard, outre qu'elles étoient indignes d'un tel Roy, ne feroient qu'aigrir les affaires. Et le Roy répondant qu'il falloit bien commencer par quelque bout, il répliqua que des mains si grandes que les siennes lèveroient toute la pierre; qu'on parloit de remettre l'Eglise en l'état qu'elle étoit aux quatre premiers siècles. A quoy il répondit que nous y consentirions, pourvu que ceux de l'autre partie signassent les premiers : car, encore qu'il y put avoir quelque intérêt

et les disposer à négocier, il fut honteusement assassiné par quelques misérables du parti exalté, qui ne voulaient admettre aucune proposition de paix. — Son fils, conseiller à la cliambre mi-partie, périt également assassiné dans une émeute à Valence, quelques années après. {V. la France protent. Article encore inédit.)

(1) Sans doute M. Vévéque d'Aire. C'était Philippe de Cospéan ou Cospéau, consacré le 18 février 1607. Chargé de prononcer l'oraison funèbre de Henri IV, le jour où son corps l'ut apporté à Notre-Dame, il la fit, dit L'Estoile, u avec apparat, hoc est beaucoup de monstre et peu de rapport; loua le Roy et les Jésuites, et prêcha el pauco en Espagnol, disoit-on, duquel il a le visage, la garbe (l'orgueil) et la contenance.»

A PARIS ET A LA COUR DE HENRI IV. An

pour nous, tant y a que le leur y étoit si grand, qu'il n'y avoit pas apparence qu'ils y pussent être amenés.

Que le cardinal Du Perron lui en avoit aussi parlé, et qu'en luy disant que le Pape n'y consentiroit jamais à cause de son autorité, le cardinal répondit, en lui serrant les doigts, que, si la cour de Rome ne le vouloit pas, on le feroit par deçà contre son gré.

Que de tontes ces choses, il falloit faire son profit et se tenir prêts pour n'être pas surpris.

En après, je parlai au Roy, auquel je dis ce que MM. de La Noïie et Du Gros m'avoient dit que S. M. étoit courroucée contre moy pour quelques rapports qu'on lui avoit fait de moy. A quoy il repartit qu'il étoit vrai qu'on luy en avoit fait, et que je sçavois bien qu'ils n'étoient pas faux. Je répliquai qu'il m'avoit marqué deux points : l'un, de l'assemblée ; à quoy il me dit qu'il n'étoit pas bien assuré de celui-là, et je protestai n'en avoir jamais parlé. Pour l'autre, des garnisons, il dit que M. de Lesdiguières lui en avoit écrit, et je dis qu'il étoit vrai que j'en avois par deux fois parlé au dit S'' de Lesdiguières, mais toujours ayant charge et n'étant pas seul. Sur quoy il me dit que nous ne devions pas nous mêler de cela, mais de prier Dieu, et lui laisser disposer des garnisons. Je répliquai que son Edit nous avoit donné les dites places en garde : sur quoy il dit que c'étoit à lui d'interpréter ses Edits aussi bien que de les faire, et qu'il ne faloit point se défier de lui comme des autres Rois. Je dis que ce n'étoit pas de lui que nous nous défiions, mais de ceux de contraire religion : et il insista qu'il ne faloit pas nourrir telles divisions, et qu'il étoit à craindre que nous n'en voulussions faire autant que ceux de Hollande. — Hollande, Sire, répondis-je, jamais une telle méchanceté ne vint en notre cœur. — Cela est bon, dit-il, mais de l'un on vient à l'autre; soyez sage ! Et il me laissa.

Ce même jour, j'achetai Bincmcm Epistolœ 32 s.

Les neuf premiers livres d'Euclide 14 s.

iZ*^ janv. — Le dimanche, je vis M. le maréchal de Bouillon, à qui je dis les propos que j'avois eus avec le Roy. De quoy il dit n'avoir point ouï parler. Et me dit que quant aux nouvelles, qu'il y avoit apparence de guerre en Allemagne pour la Religion; d'autant que les princes protestants se plaignoient que la paix de Passau étoit rompue en toutes ses clauses, les Ecclésiastiques demandant et obtenant de

l'Empereur d'être remis en la possession de leurs biens, morne avec compte des fruits perçus. Qu'il y a une ville sur le Rhin (1) en laquelle l'Evèque voulut faire la procession par tous les lieux célèbres de la ville;, au lieu qu'on n'avoit accoutumé de passer qu'en certaines petites ruelles; mais le Magistrat en étant averti, s'en alla prendre la procession et la conduire lui-même par les ruelles accoutumées, faisant emprisonner trois des principaux qui avoient consenti à telle nouveauté. L'Evèque en faisant plainte àTEmpereur, il y avoit le Duc de Bavière qui déclara que si la ville ne se départoit de tel empêchement et ne désavouoit le conseil qui en avoit été tenu, elle seroit dans vingt -quatre heures mise au ban de l'Empire. La ville obéit, et fut par le dit Duc déclaré que la ville ne seroit point mise au ban, mais que l'Empereur vouloit qu'on lui livrât trois des principaux du conseil, ce qui fut fait, et cela jusques au 23 nov. dernier. Sur quoi le duc de Vittemberg est inter^ enu, qui se plaint de ce que l'exécution du ban qui lui appartenait comme gouverneur du Cercle de Souabe, avoit été commise à un autre. Que cela sert pour faire voir que les Luthériens cherchoient l'union avec ceux de notre confession.

Que les Hongrois ont publié un manifeste par lequel ils se départoient de toute union et amitié avec les Allemands et protestoient de ne les vouloir jamais reconnoitre pour amis.

Qu'en Flandre on a publié un écrit que le Roy a vu, dans lequel il est parlé des Rois de France, d'Angleterre et d'Espagne en ces termes : que celui d'Angleterre est représenté pour le plus grand Roy qui soit, et chef de ceux de la Religion en quelque lieu qu'ils soient. Que le Roy d'Espagne est d'un frêle naturel, qui n'est maintenu que par les vertus et la mémoire de son père. Que celui de France est un lion, mais lassé et de qui les griffes sont émoussées.

Qu'en Italie, les affaires des Vénétiens contre le Pape s'échauffoient, qu'ils ont prins prisonnier celui qui était leur ambassadeur auprès du Roy, pour ce qu'il fréquentoit tant le Nonce du Pape que l'ambassadeur d'Espagne, et avoit demandé au Pape un évêché sans le sçu de la seigneurie; qu'on croit qu'il étoit déjà décapité.

Que s'enquérant à certain personnage, non de notre Religion, mais même prêtre, pourquoi M. de Béthune avoit dit qu'il falloit attendre

(1) 11 V a ici à la marge Donaverde. C'est Donawert ou Donauwerth ( Do/iatvrda^ Danubii ùimla), en Bavière. Au lieu du Rhin, il faudrait donc lire Danube.

le mois de may, et qu'on verroit bien des choses, il avoit dit que c'étoit parce qu'en ce temps-là on espéroit que M. D. R. S. (1) serviroit pour manier rassemblée.

Ik'^Jajiv. — Lundi, je priai M. Du Pradel de se présenter pour moi, et achetai Gosselini algebra 6 s. 3 d.

Ib^janv. — Le mardi, M. d'Aubigné partit, et j'achetai Liturgicn Jansani [?] 20 s.

16% 17", 18* et id^janv. — Mercredi, jeudi, vendredi, samedi.

^O'^Janv. — Dimanche, je prêchai à Charenton.

^i^j'anv. — Lundi, ceux de Die vinrent, ou pour eux, Bertrand Beausire (2) et Du Gros.

J'achetai Heizonis Buscheri exercitationum 20 s.

22" et 23" jam. — Mardi, mercredi.

'^k^janv. — Jeudi, M. de Saint- Auban (3) me dit que le Roy avoit dit à Cotton que j'étois un séditieux, et que Cotton lui avoit répondu que j'étois habile homme et docte. Et le Roy répliqua qu'on étoit sujet à être trompé.

Item que M, de Verdun (4) (que j'avais prié de ce faire), disant au Roy que j'étois marri que par des rapports je fusse en sa malgràce, le Roy répondit qu'il étoit vrai, et que j'étois un séditieux. Lui repartant que s'il plaisoità S. M. m'écouter, je lui donnerois contentement, S. M. répliqua : m'en répondez-vous? Et lui, disant qu'oui, le Roy lui promit de lui donner heure pour parler à moy à fond.

25" et 26* janv. — Vendredi, saipedi.

'Hl^janv. — Dimanche, M. de BuUion me donna entrée chez M. le Chancelier, à qui je me plaignis de ce que le Roy étoit toujours courroucé contre moy, et lui en dis les particularités. A quoy il répondit que c'étoit peu de chose, et que je ne devois point croire que le Roy fût en colère, seulement que je continuasse d'être homme de bien, et que je n'eusse point de peur du reste.

(1) Ces initiales désignent apparemment Monsieur De Rohan Soubise. Açé alors de vingt-huit ans, Henri de Rohan avait épousé, en 1605, Marguerite de Béthune, lille de Sully et lervente huguenote, et était colonel des Suisses et des Grisons. Il attirait des lors les regards du parti réibrmé.

(2) Manque de renseignements sur ce nom.

(3) Jacques Pape, seigneur de Saiiit-Auban (on Alban), de la famille du célèbre Guy-Pape, un des principaux capitaines des premières guerres de religion, dans le Midi, suus Des Adrets, et ensuite sous Ch. Du Puy Muntbrun.

(4) Sans doute Nicolas de Verdun , alors premier président au Parlement de Toulouse (plus tard, en 1616, au Parlement de Paris), à moins qu'il ne s'agisse de M. ïévêque de Verdun. Mais la première conjecture nous paraît plus plausible.

Page 1