DÉCEMBRE
1"" déc. — Le samedi fut employé à visiter MM. les pasteurs et W. de Châtillon (3).
(1) Grignan, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Montélimar; célèbre par son magnifique château et par le souvenir de la tille de Madame de Sévigné. ^Valter Scott, qui n'était pas un voyageur ordinaire, qui ne se contentait pas de suivre les grandes routes et d'aller" où va tout le monde, voulut visiter les ruines de Grignan. Il dit quelque part dans ses Mémoires, que ce fut une journée bien rmployée, et engage ceux qui voudront faire une course intéressante à imiter son exemple. Non-seulement Grignan, mais bien d'autres localités de cette contrée offrent en etïet un champ d'excursions trop négligé. On rencontre dans cette partie delà Drôme nombre de sites ayant un caractère pittoresque et original, d'antiquités remarquables, de souvenirs historiques du XVP siècle. Nous en parlons pai expérience.
(2) Nous ignorons quel peut être ce M. Chalais. Serait-ce le maître de la garderobe qui, en 1626, tua en duel Pongibaud, neveu du maréchal deSchomberg? — Il y eut un Chalas député général à l'assemblée de La Rochelle de 1621 : est-ce ce nom qu'il faut lire?
(3) Il s'agit probablement ici de Marguerite d'Ailly de Péquigny. Elle avait épousé, en 1581, François de Coligny, seigneur de Chastillon, quatrième îils de l'Amiral, qui soutint digneiïient l'honneur du nom paternel, et mourut en 1591, à l'âge de 30 ans. L'histoire a conservé de cette dame un trait de bravoure antique. « En l'absence de son mari, en 1590, dit Va. France protestante, \ei:a^\[,&me Salart, gouverneur de Montargis pour la Ligue , avait surpris Châtillon ; déjà ses troupes pi^nétraient dans la basse-cour du château, lorsque Marguerite, se mettant à la tète de ses domestiques et de quelques soldats, les attaque, les repousse et fait même leur capitaine prisonnier. » — Une autre dame de Châtillon
40 JOLKNAL DU VOYAGE DE DANIEL CHAMIER
^i' déc. — Le dimanche fûmes au prêche à Charenton^ et je parlai à M. d'Aubigné (d), et despandu six sols.
"■à*^ déc. — Le lundi j'achetai une paire de souliers quarante-huit sols.
Item les Actes du Concile de Trente, dix sols.
Et baillai à Jacques quatre sizains pour ses affaires.
4e déc. — Le mardi j'achetai des étoffes pour un pourpoint et haut de chausses^ qui me coûtèrent trente livres onze sols trois deniers.
Item achetai Acta concilii Constant inopolitani quarti, quatre livres.
5»^ déc. — Le mercredi^ nous sortîmes des Serins-Verds et allâmes loger à la rue du Four,, chez un tonnelier.
Comptâmes avoir despandu en cinq jours trois livres quatorze sols trois deniers pour la dépence, et vingt-cinq sols pour la chambre, qui fait en tout quatre livres dix-neuf sols trois deniers.
6*^ déc. — Le jeudi j'achetai Varias lectiones, six tomes, avec Epistolœ Blescnses et Procopii historia gi^œcè ei Imperatorumstatutaet rescripta, qui coûtèrent trente livres 301.
vivait peut-être encore en 1607. C'était la veuve du frère aîné de l'Amiral, Odet deChâtillon, cardinal, qui avait épousé, en 1564, Elisabeth de Hauteviile. Elle avait au Parlement, en 1602, un procès relatif à la succession de son mari, lequel ne fut terminé qu'en 1606, par un arrêt de mise hors de cour. Elle aurait été âgée alors d'environ quatre-vingts ans. — D'Aubigné parle aussi, dans ses Mémoires, de Madame de Chàtillon , qui l'emmène dîner chez elle avec Du Moulin , après le prêche. C'est évidemment la même; mais il ne fait pas connaître qui elle était. (1) Théodore Agrippa d'Aubigné vivait retiré dans son gouvernement de Maillezais, où il s'occupait de ses travaux historiques et littéraires. Il ne venait à la cour qu'en passant. On vale voir quitter Paris le 15 du mois qui suit. Ce fut le dernier voyage qu'il y fit, sous le règne de Henri IV, et il en a relaté les particularités dans ses Mémoires. « Trois ans avant la mort du roi mon maître, dit-il, « je fis encore un voyage à Paris, et en y arrivant j'allai descendre au logis du « ministre M. Du MouUn, oi~i je trouvai deux autres ministres, MM. Chamier et « Durand, avec quelques autres pasteurs des églises, lesquels, silùt qu'ils m'eu- « rent salué, me dirent tous qu'on ne parloit par la ville que de l'accord des deux <( religions... » {V. éd. de 1729, p. 112, et éd. de 1731, p. 156.) Il raconte ensuite comment, s'étant offert pour déjouer fintrigue de leurs adversaires et ayant été approuvé de Chamier et des autres, il alla trouver le roi, qui le renvoya à Du Perron. «Je m'y acheminai à l'instant, et cet éminentissime me reçut avec des « caresses et des cajoleries qui, par leur nouveauté, marquaient un dessein con-
« certé de me séduire » Les compliments finis et le cardinal étant entré en
matière, D'Aubigné fit sa proposition, qui consistait à «réduire toutes les contro- « ver.ses aux règles qui se trouveroient avoir été observées dans les quatre pre- « miers siècles "de l'Eglise, » proposition à laquelle le prélat fit mine d'accéder, mais qui le contentait si peu que l'affaire en demeura là, au grand dépit du roi, qui s'était flatté de voir ses évêques et ses jésuites mener à bonne fin leur entreprise. Aussi voulut-il faire mettre à la Bastille, sinon faire mourir, ce « brouillon » de D'Aubigné, «;\qui l'on trouveroil assez de quoi faire son procès.» Au dire de Sully, la chambre fut iiréparée, et le fidèle serviteur n'échappa à cette criminelle J'antaisie qu'eu allant trouver le monarque et en lui faisant une demande de pension pour ses services passés, qui lui fui accordée avec surprise et empressement, et le remit en grâce et amitié.
Item Seraru de Sacrificio avec les réponses de Hensius etScaliger,
quarante sols ^ . 40 s.
T»" flfec— Le vendredi;, rien.
S*' déc. — Samedi , nous comptâmes et trouvâmes avoir despendu à raison de douze sols par jour, la somme de trente-six sols. . 36 s. 9« déc, — Le dimanche, je prêchai à Charenton et despendu cinq sols.
10« déc. — Lundi, je fus voir M. de Sully.
11*' déc. — Mardi, j'achetai trois paires de lunettes ])our ma mère et pour moy, deux avec un étui pour seize sols; deux rabats, seize sols; un étui, quarante-huit sols; un canivet, cinq sols; Chronologia Sethi Calvisii, trois livres quinze sols; Funopms, trente-cinq sols; un
quarteron de plumes, cinq sols 10 1. 5 s.
12" rfec. — Mercredi, je fus averti de faire à l'avance distribuer le procès du collège pour avoir un Commissaire favorable, lequel M. de Bullion trouva bon.
13e déc. — Jeudi, je fus bon matin parler à M. de Pradel (1), qui me promit de dresser une requête pour présenter à M. le Chancelier, et ayant vu toutes mes pièces, dit que le fait étoit clair.
Jeudi, je baillai à M. de La Noue ma requête pour présenter a M. le Chancelier, tendant aux fins d'obtenir un commissaire.
J'achetai Villegaignon de Eucharistia G s.
Vega de Eucharistia 8 s.
Ovï^QXVQ?, contra Celsum ....41.
Et payai la façon de mes habits, 4 livres 10 sols, plus onze sols de fournitures.
14e déc. — Vendredi.
15e déc. — Samedi, j'achetai une paire de pantoufles de chambre,
14 sols 14 s.
Item une chemisette 3 1. 10 s.
ICe déc. — Dimanche.
IT*" déc. — Lundi.
(1) Nous manquons d'informations sur M. de Pradel. Tant que la France protestante ne sera point achevée et pourvue d'une bonne table de noms, on aura bien de la peine à se procurer des renseignements sur une uuiltitiide de noms protestants ; on consume en recherches un temps considérable, et trqp souvent en pure perte.
18^ dec. — Mardi, je dînai avec M. Du Moulin (1), qui me donna son livre sur l'Epître de Grégoire Nyssenus.
J'achetai Concilium Rhemense 12 s.
19e rfec. — Le mercredi, je dînai chez M. Bullion, qui me donna l'histoire de M. de , in-folio , en deux tomes.
20«" déc. — Le jeudi, j'allai voir dîner le Roy, et l'après dîné j'achetai un rabat et une paire de manchettes 12 s.
Item un chapeau 41.
21« déc. — Vendredi.
22e ^éc. — Samedi, je vis M. de Voguedemar (2), qui avait eu les nouvelles de la mort de sa femme.
23<" déc. — Le dimanche, nous fûmes à Cbarenton, faire la cène, avec un temps fort mauvais, à cause de la neige, glace et vent; au retour, étant à Saint-Ântoine-des-Champs (3), je tombai et me grevai le pied tellement qu'il me fallut entrer au coche de M*", de Chàtillon , et tenir chambre tout le lundi et mardi.
24^ et 25e déc. — Lundi et mardi.
^%^ déc. — Mercredi, nous fîmes le compte de tout ce que nous avions despendu en notre logis, depuis le 8^ déc. jusques au 25'", pour le regard de la dépense de bouche, qui se trouva monter onze livres 6 sols 7 1^2 d., et pour le louage de la chambre, depuis le 5e jusqu'au 25e inclusivement , 3 livres 6 sols, qui font en tout 14 livres 12 sols 71i2d.
J'apprins que les siem's de l'Eguille et Ibot (4) étoient arrivés dès le lundi auparavant.
27« déc. — Le jeudi, M. de Pradel fit tant qu'on trouva la requête que j'avois présentée, dès le 15e du mois, pour avoir un commissaire rapporteur, laquelle fut rendue apointée, et fallu bailler quatre quarts d'écus au greffier. M. de Bullion étoit commis comme je désirois, et M. de Pradel se chargea de la faire enregistrer.
28e (j^c. — Vendredi, je fus voù- le Roy à son dîné, qui fut entretenu par le Procurem* général.
(1) Pierre Da Moulin, le célèbre ministre de Cbarenton, qui fut ensuite professeur à TAcadéniie de Sedan, l'auteur redouté de tant de pampblets et de traités de controverse, du Bouclier de la Foi, de ÏAnatomie de lu Messe, etc.
(%) Ou trouve un député de ce nom à une assemblée politique de Grenoble.
(3) Ce doit être le petit hameau du nom de Saint-Antoine, qui lait aujourd'hui partie de la commune de Montreuil-sous-Bois, canton de Viucennes.
(4) Point de renseignements sur ces deux noms.
28^ dec. — Samedi^ j'achetai deux paires de manchetes k s. et un cadenat 3 s., et partis Taprès-dîné pour aller à Grigni (1). 30" déc. — Dimanche.
31« déc. — Fûmes de retour le lundi.