‹ 1564-1621, Daniel ChamierChapitre 15 sur 80 · FÉVRIER · texte numérisé non relu

FÉVRIER

!«»■ Février. — J'eus communication des pièces de nos parties.

2% 3e fév. — Samedi, dimanche.

4e féo. — Lundi , je rendis les pièces de nos parties et fis communiquer les nôtres à ceux de Montélimar.

5% 6e fév. — Mardi, mercredi.

7e fév. — Jeudi, nos pièces furent baillées en communication à ceux de Die.

8e fév. —Vendredi, M. le Chanceher, parlant à M. Du Gros, lui demanda si ceux de Die avoient point remis, et lui répondant qu'il n'en sçavoit rien, il lui commanda de ô^ve qu'on remît : car il vouloit juger le fait, voire même quand il n'y auroit qu'un qui eût remis.

9e fév. — Vendredi (1), M. Du Moulin vint me voir en ma chambre, disant venir de l'Arsenal, parce que le samedi auparavant il avoit été requis de M. de Sully de lui donner quelques passages des Pères contre la Transsubstantiation, qu'il lui en avoit fourni 25, et tout fraîchement, il en demandoit d'autres des façons hyperboliques de parler dont les Papistes abusent.

Qu'au reste, il l'avoit assuré de sa résolution à tenir bon sans changer ; que le jour auparavant M. de Villeroy l'avoit été voir par le commandement du Roy, qui se plaignoit d'un bruit qui couroit que le S»" de Rosny disoit que toutes les promesses qu'on lui faisoit étoient

(l) Il y a dans cette répétition du vendredi une erreur dont Charnier ou le copiste de notre manuscrit ne s'est pas aperçu. Nous la laissons subsister, bien qu'elle ait pour conséquence une autre trreur qui consiste à donner plus loin à ce même mois de février un trentième iour.

vaines^ et qu'on ne cherchoit qu'à l'engager pour puis le laisser là, qu'il ne devoit point penser cela, le Roy étant d'autre naturel, et tenant fort bien ce qu'il promettoit : qu'il le prioit d'avoir égard à ses affaires, car la paix se faisoit es Pays-Bas, et la guerre se préparoit en Italie, en laquelle il faudroit nécessairement que le Roy se mèlàt, auquel cas il ne sçavoit à qui se fier de ses affaires qu'à lui qui en avoit parfaite connoissance ; mais la Religion y donnoit de grands empêchements. La réponse fut qu'il seroit toujours très humble serviteur de S. M., mais que quand sa religion le rendroit inutile, il consentiroit volontiers à être renvoyé en sa maison. Que le cardinal Du Perron y fut aussi, et lui dit qu'il s'étonnoit que pour des opinions il voulût ruiner et sa fortune et les affaires du Roy. A quoy il répondit qu'il croyoit y avoir des sortes de difficultés dont les unes pouvoient être appelées opinions, et qu'on pourroit en rabattre quelque chose; mais qu'il y en avoit de si essentielles, que sa conscience ne scauroit s'y ployer, comme de la Transsubstantiation , de la communion sous une espèce, de l'adoration des images. A quoy le cardinal répondit qu'il y avoit des expédients; que pour la transsubstantiation et les images, il en croiroit ce qu'il voudroit; qu'on lui donneroit un privilège et à toute sa race de communier sous les deux espèces (1).

10<^, 11«, 12<^, 13e ygy, — Samedi, dimanche, lundi, mardi. Rien.

14^ fév. — Mercredi, 14« février, M. de Chambaud (2) me dit que le mardi, sur le tard, comme il prenoit son congé, le Roy lui dit : « Eh bien ! vous ne me dites rien de M. Chamier? » Il répondit qu'il avoit parlé à moi, et trouvé que je ne désirois que d'être son très soumis

(1) Le vent soufflait alors à la controverse; les échanges de thèses et d'antithèses allaient leur train. Du Moulin était le principal champion du côté^des réformés, et il était tout simple que Sully s'adressât à lui pour s'approvisionner de passages et d'arguments contre la transsubstantiation. « J'ai acheté (juatre sols, dit L'Estoile, à la diite du 3 février 1607, une nouvelle bagatelle intitulée : Trente-deux demandes proposées par le P. Cotton, avec les solutions du ministre Du Moiclin, gui lui en propose soixante-quatre autres. — « Un mien ami, écritil, à la date du 26 mars 1608, me donna, ce jour, un nouveau petit livret du père Cotton, intitulé : Intérieure occupation cVune âme dévote, qui est une pure fadèze jésuistique, laquelle toutefois l'imprimeur vendoit vingt sols, et ne vault pas vingt deniers. » — Plus loin : « Le samedi 26 juillet 1608, on criait par ceste ville un Pourparlé fait à Fontainebleau entre le P. Cotton et un ministre de Montpellier nommé Gigord, laquelle bagatelle (car, de tous les deux côtés, ce qui s'imprime ne peult estre qualitié d'autre nom) m'a cousté trois sols. » On voit par la note du 8 septembre suivant qu'il s'agissait ici d'une brochure catholique, à laquelle Gigord fit une réponse, en pubhant aussi son compte rendu de la conférence.

(2) Sans doute René de la Tour-Gouvernet , baron de Chambaud et vicomte de Privas, qui vécut jusqu'en 1617.

50 JOURNAL nu VOYAGE DE DANIEL CUAMIER

serviteur; que j'avois été au Louvre^ mais que je n'avois pu avoir la commodité de parler à S. M. Qu'alors le Roy lui dit qu'il étoit content de moy , et ne croyoit point ce qu'on lui avoit raporté; qu'il étoit aise que je n'eusse point parlé à lui pendant sa goutte^ parce qu'il étoit chagrin; mais que puisqu'il setrouvoit bien, je pourrois parler à lui quand je voudrois.

15e ^e'y. Jeudis j'achetai deux paires de bas de Saint-Marceau, qui me coûtèrent 9 liv.

Item, je remis mon fait entre les mains de M"" de Bullion, qui me dit qu'à peine le pourroit-on juger jusques après carême prenant.

le*" fév. — Vendredi, je fus au Palais rendre témoignage à M'" de Béranger, S'" de ]Monbasson(l), qu'il est de la Religion, et M'" de Marisan me promit de faire que M>' de Ventadour (2) entreroit au conseil pour moy.

J'achetai aussi deux demi-douzaines de couteaux à la foire , et en payai 6 liv. Item , je baillai au clerc de M»" Du Pradel, pour avoir fourni pour des intimations faites à mes parties treize quarts d'écu, qui font en tout 10 liv. 8 sols. Plus, je baillai à Jacques, pour ses affaires, quatre seizains 3 liv. k sols.

Sur le soir, je parlai à M'" le Chancelier de trois points, le premier du Collège : il me dit qu'il s'en étoit souvenu et en avoit parlé au raporteur, qu'il lui avoit dit qu'il n'avoit point encore les pièces. Et je répliquai que depuis je les avois remises et le suppliois d'avoir le droit des Eglises en recommandation , comme aussi elles s'en assuroient , puisqu'elles ne demandoient que les effets de l'Edit, duquel il s'étoit toujours montré si religieux observateur. Il repartit que toutes les fois que nous viendrions avec l'Edit au poing, sans doute nous aurions contentement.

Le second fut de la Noblesse de l'Eguille , laquelle avoit été demandée au Roy et accordée. Il me dit qu'il ne s'en étoit rien expédié. Et moy le suppliant de n'en donner point les lettres sans ouïr ceux de

(1) Nous ne connaissons pas de «Béranger, sieur de Monthasson ». Il y avait alors deux représentants de la maison de Béranger, l'une des plus illustres du Dauphiné : 1" André de Béranger, seigneur de Du Gua Pipet, dont le père, qui avait été un des meilleurs lieutenants de Du Roy Mon thru n, avait succombé au siège de Montélimar; 2" Abel de Béranger, de la branche de Morges, neveu de Lesdiguières, après avoir brillé comnnè l'un des plus hardis capitaines de son temps, ainsi que l'appelle Guy-AUard, s'était retiré du service en 1600, gardant seulement le gouvernement de Grenoble.

(2) Anne de Levis , duc de Ventadour, gouverneur du Limousin, lieutenantgénéral pour le roi en Languedoc. 11 mourut en 1622.

Montelimar qui vouloient s'y opposer, il me dit qu'il ne s'y feroit rien qu'ils ne fussent ouïs.

Le troisième fut que je le suppliai de faire que la Chambre de Grenoble fût pourvue de personnes capables et dont on put espérer bonne justice. Il répondit que nous ne nous en missions point en peine; qu'il avoit promis aux députés généraux qu'il n'y seroit point pourvu qu'ils n'en fussent avertis.

n^ fév. — Le samedi au matin, je fus chez M"" de Bullion, et vis quand le greffier lui remit les faits de mes parties.

18^ fév- — Le dimanche , je fus au lever du Roy, qui me vit entrant dans sa galerie, et me dit qu'il parleroit à moy au lendemain. Sur le tard, M»' de Bullion s'assembla chez M'" Du Coudray avec M'" de La Noue pour consulter de mon fait, et fut déduit par M'" Du Coudray que j'avois droit. Puis fut appelé M'" Du Cros, qui débatit tant qu'il pût au contraire.

19" fév. (1) — Le lundi, je dressai un factum que j'envoyai faire imprimer.

20e ^g'y. — Le mardi, je retirai mon factum de chez l'imprimeur, et en donnai trois livres. Le matin, comme aussi le jour auparavant, je ne pus parler au Roy.

21e et 22e fév. — Mercredi ni jeudi mon affaire ne put être traitée au conseil, à cause de ceux du Languedoc, dont le fait fut mis sur le bureau, et j'employai le temps à solliciter. J'avois vu le jour auparavant M'* de Vie, de Pontcarré, de Boissize, de Villemontré, de Durand, et Mr Arnaud, entre lesquels M»^ de Vie et Arnaud me firent des grandes caresses, mais notamment le dernier (2).

(1) Il y a utilité à noter ici, à cause de ce qui suivra, que Henri IV accorda ce jour-là, aux instances de l'évêqiie d'Oléron, le rétablissement de la compagnie des Jésuites en Béarn. La Bibliothèque impt'iriale possède une brochure de huit pages in 8" intitulée : le Rétablissement de l'exercice de la religion catholique, apostolique et romaine, et des religieux de la Compagnie de Jésus, diets Jésuites, au pays et souveraineté de Béarn, octroyés par le Roy à Monseigneur d'Oléron, le 19 février 1608. A Paris, par René Ruelle, libr. impr. 1608.

(2) Cinq des noms qui précèdent et les quatre qui suivent sont ceux démembres du Conseil d'Etat de service pendant le premier trimestre de l'an 1608. Nous les avons retrouvés à la date du 28 février, dans un Résumé des ordres du jour de ce conseil, qui fait partie des manuscrits de la bibliothèque Mazarine (n° 2343, in-4"). Le nom de M. de Durand n'y figure pourtant pas. C'est peutêtre un nom changé par le copiste. Les autres que Chamicr ne cite pas ici sont MM. de Bullion, chancelier, de Fleury, de Maupeou, Buchon, de Sully, Choarmont. On y voit qu'il y avait deux Fresne : M. de Fresne-Canaye et M. de Fresne.

52 JOLRNAL DU VOYAGE DE DAMEL CHAMIER

Le jeudi donc je vis M»"^ de Chàteauneuf, de Caumartin, Du Fresne et De Canaye; ce dernier me recueillit fort honnêtement.,

23'^ fév. — Le vendredi je vis M^ de Sully qui étoit fort avant en dispute contre Fenouillet (1) touchant la Transsubstantiation. Il me promit de m'être favorable. Je vis aussi M'" de Maupeou et M^" de Chàteauneuf, de qui je ne pus avoir aucune bonne parole^ non pas même être ouï. Mr de Rohan étoit allé à Saint-Germain avec le Roy. M'" le Chancelier me donna espérance que mon fait se traiteroit au lendemain ; et Mr de Vie qui étoit avec lui^ m'a dit qu'il avoit vu mon fait, et avoit recherché les articles de l'Edit^ qu'il ne falloit pas douter que l'Edit ne nous fût religieusement maintenu, et que c'étoit le moyen de vivre en paix.

24-6 fév. — Le samedi matin, l'affaire de Languedoc fut encore traitée, et par ainsi la mienne demeura.

J'achetai une paire de bas de coton enétrier. ... 25 sols.

25e et 26'' fév. — Dimanche, lundi fut fête saint Mathias, et je suppliai M^" de Rohan de vouloir dans le conseil favoriser la cause des Eghses, ce qu'il me promit, et print un factum. Je suppliai aussi M. de Créqui(2) qui me promit d'entrer pour cet effet et me demanda un factum.

27e y^t'i'. — Mardi, M^ de Créqui n'entra point au Conseil. M'" de Bullion m'a dit qu'il avoit des lettres à me rendre, venant de Grenoble. Sur quoy je le priai de ne rapporter point mon fait jusque à ce que j'eusse vu les dites lettres, parce que je croyois qu'il y en avoit pour }\^^ de Sully et pour le Chancelier, comme il étoit vrai. Cepen-

(1) Pierre Fenouillet, natif d'Annecy, avait été appelé, en 1603, par Tévèque de Gap, à la place de théologal de son chapitre, pour y être opposé, en qualité de prédicateur, aux ministres huguenots, durant la tenue du synode national que Charnier avait présidé. {V. ci-dessus, p. 374.) Mandé à Paris bientôt après, et avant prêché avec succès devant le Roi, il devint son prédicateur ordinaire; enfin, en 1607, il venait d'être nommé à l'évêché de Montpellier. Il vécut jusqu'en 1652, et fut toujours très mêlé à toutes les disputes catholiques contre les réformés. — A la date du 29 mars 1608, L'Estoile mentionne qu'il a acheté « la bagatelle suivante, nouvellement moulée et imprimée : l'Oraison funèbre de M. Fenouillet sur la mort du duc de Montpensier. » Elle avait été prononcée le 25 à Notre-Dame. A la date du 7 avril, il dit que le prélat « remplit assez bien son ministère. » — Le 25 mars, il mentionne que M. de Sully ayant diné chez M. le premier président, ils « allèrent ensemble ouïr M. Fenouillet à la Sainte- Chapelle, oii il l'ut remarqué qu'au sortir M. de Sully précéda M. le premier président, ce qui fut trouvé étrange. »

(2) Charles de Créquy avait épousé Madeleine de Bonne, lille de Lesdiguières. Quoique catholique, il avait laissé élever ses enfants dans la religion réionuée. Son fils aille fut François, comte de Sault, et ses deux tilles épousèrent, l'une le fils aîné de Sully, l'autre Nicolas de Neufville, duc de Villeroy.

dant on ne laissa pas de faire le rapport au Conseil où étoient M"^* de Vendôme, de Monbason et de Brissac extraordinairement. L'Eguille avoit, le jour auparavant, parlé au Roy. Fut donc le fait jugé au désavantage des Eglises sur ce qu'il n'apparoissoit point d'abus, et que la clause d'en disposer autrement s'entendoit du pouvoir de corriger les abus.

28«^ fév. — Mercredi, je demandai si on avoit au moins fait droit sur l'opposition de ceux de Montelimar qu'il confessoit être contraire à l'Edit. Il répondit qu'il en falloit parler au Conseil, et que j'en parlasse à M»^ le Chancelier et de Sully. Le même jour arriva le S«' Du Gros.

29", 30« fév. (1) — Le jeudi, vendredi le S»" Bullion me rendit un paquet de lettres de M^* de Lesdiguières et Caze. Et me demanda si je n'avois point parlé à M'* le Chancelier et de Sully. Je lui dis que non, et que je n'en parlerois à personne : que je sçavois que s'il le vouloit cela seroit. Il me jura que cela ne dépendoit point de lui et me promit qu'il me feroit voir l'arrest.

Le même jour, je lis emballer mes livres, et me coûta la façon cinq quarts d'écu. Puis, je les baillai à Clénard Bernardon, dit La Perle, voiturier de Lyon, ayant fait marché à 7 liv. 10 sols pour cent, et pesa 212 liv.

(J'ai emprunté de M"" Du Candal (2) 300 liv. du quartier de juillet pour les remettre es mains de W de La Combe).

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