MARS
lei- mars. — Le samedi au matin, je fus voir M"" de Bullion et lui demandai si l'arrest seroit signé à ce matin : il répondit que non, et qu'il ne l'avoit point encore dressé, voulant essayer de faire qu'il n'y en eût point (3).
Je m'en allai au Louvre où je trouvai le Roy revenant des Tuileries, et descendant de carosse, tenant M'' le Dauphin par la main, me de-
(1) Le chiffre 30 porte une rature de date postérieure à celle de notre manuscrit. (F. ci-dessus, p. 48, note.)
(2) M. Du Candal, receveur général des Eglises réformées de France, était chargé de l'aire la distribution des 135,000 livres octroyées annuellement par le Roi, suivant l'état réglé par le synode national de La Rochelle. Mais cette somme n'était pas, tant s'en faut, invariablement allouée; elle se trouve toujours réduite.
(3) Nous l'avons vainement recherché dans la collection des minutes du Conseil d'Etat, aux Archives Impériales.
manda si je ne l'avois point vu. Je répondis que non^ et alors lui baisai les mains; et le Roy dit : Voilà qui vous gouvernera un jour comme moi. Je répondis: Dieu le veuille. Sire, nous l'espérons bien ainsi.
Montez en haut^ me dit le Roy. Comme il sortait de sa chambre pour dîner, je dis au Roy, que je suppliois S. M. de me donner ses commandements afin de me retirer. Il me dit: Aussi ferai-je, mais je ne puis d'aujourd'hui.
M'" de Monpensier (1) étoit mort le soir auparavant.
â*" et S*" 7na)'s. — Dimanche et lundi, je fus bon matin au Louvre et vis le Roy sortir plutôt que de coutume, et fort peu accompagné. Je fus voir l'après-dîné M^ de La Trémouille (2) et M'" D'Arsens (3). Au matin, ayant entendu que l'Eguille vouloit faire sceller ses lettres de noblesse, je fis que M'' De Pradel s'y opposa.
4^ niai's. — Mardi, le Roy voulant partir pour aller à Chantilli, je me présentai à lui, et il me dit qu'il vouloit me parler à moi à loisir, partant que je le suivisse.
Le soir je parlai à M'' de Bullion qui me dit qu'il n'y falloit pas faillir : mais que je ne partisse point qu'il n'en fût de retour, parce qu'il vouloit parler à moy : qu'il partiroit le lendemain mercredi et seroit de retour vendredi ou samedi.
5*" 7na7's. — Mercredi, je congédiai Jacques et lui baillai quatre quarts de seizain.
6e mars. — Jeudi je fus à l'Arsenal pour demander ses commandemens à M'' de Sully. Il ne me dit autre chose sinon que je disse qu'on ne crût point tout ce qu'on diroit de lui sur son changement de religion (4).
(1) Notre manuscrit porte vetiu: il faut évidemment lire mort. — Le dernier duc de Montpensier (Henry de Bourbon), gouverneur de Normandie, très malade depuis deux années, était, en effet, mort la veille 29 février, ne laissant qu'une fille, fiancée ou duc d'Orléans, second Ills du Roi. « Bon prince, dit L'Estoile, et comme tel regretté et pleuré du Roy, de la noblesse et de tout le peuple. »
(2) Charlotte de Nassau, fille de Guillaume, prince d'Orange, et de Charlotte de Bourbon-Montpensier, veuve de Claude de La Trémouille, qui avait joué un rôle si important au service du Roi de Navarre et ensuite dans les affaires de la religion réformée, à laquelle il était resté fidèle. Il était mort en son château de Thouars, le 25 octobre 1604, âgé de trente-huit ans.
(3) François d'Aerssen, ambassadeur des Etats-Généraux des Provinces-Unies en France, depuis 1598.
(4) Il faut reconnaître que Sully tint parole. C'est vers cette époque de l'année 1608 que Henri IV, poussé par les ennemis de Sully, lui fit les otfres les plus séduisantes, lui proposa l'épée de connétable, et la main de sa fille légitimée, mademoiselle de Vendôme, pour le marquis de Rosny, son fils aîné, à la seule condition qu'il se ferait catholique. Et c'est alors que Sully répondit qu'il lie voulait
7'" mars. — Vendredi, j'achetai une paire de souliers, kQ sols, un anneau pour ma femme, 7 liv. 10 sols, une fauconnière, 3 liv. 7 sols, et sur le soir. M'" Pourtelard me dit que Técuyer de M"" de Bouillon étoit venu, qui disoit que M'' de Bouillon ne bougeroit de Chantilli tant que le Roy y demeureroit, ce qui me fit prendre résolution de partir le lendemain en poste.
^^mars. — Samedi, Fécuyer de M» de B. me dit avoir charge de me dire que je ne partisse point jusques à Dimanche, et que si je m'arrêtois quelque peu à Ecouan, j'y verrois M>" le maréchal, qui y dîneroit.
O»" mai^s. — Dimanche au matin, je demandai mon sac à M'" de Bullion qui me dit qu'il ne me le bailleroit point que sur mon départ, dont je ne me contentai point. Sur les neuf heures, je prins la poste et attendis fort long-temps à Ecouan où M^" de B. ne vint qu'il ne fut assez tard. 11 ne s'y arresta point; me dit seulement que le Roy ne partoit point encore de Chantilli, et ne lui avoit point voulu donner congé, tellement qu'il parleroit encore; qu'étant près du Roy je ne fisse point difficulté de lui parler franchement des méfiances qui couroient contre nous. Je couchai à Luzarche.
10'^ mars. — Le lundi, je ne daignai partir matin, pensant avoir assez de temps pour me trouver au levé du Roy. Mais il partit fort matin pour aller à Yerneuil, et courre le cerf. De bonne heure, je rencontrai M. de Bardonenche (1) sur son parlement, qui me remit son lit à 16 sols pour chaque couchée. Je fus fort retardé à Ecouan, et le lendemain encore à Lusarche, et le postillon d'Ecouan perdit mes souliers. Il y a quatre postes, donc celles de Paris et de la Cour coûtent 40 sols. Partant au venir, je despendis, comptant les étrennes et le
« augmenter ny en honneurs, ny en biens, ny en dignités, aux dépens de sa conscience, et que, quand il aurait à changer de religion, il le leroit par science et par connaissance de cause, non par ambition, avarice, ny vanité. » Il avait précédemment résisté à toutes les cajoleries du cardinal Du Perron, et même à ce curieux bref que le pape Paul V lui avait adressé, le 5 octobre 1605, et dans lequel il lui exprimait son regret de ne pouvoir passer en Trance pour travailler lui-même à sa conversion. [V. ce bref et la réponse de Sully dans les Œconomies royales, t. II, ch. 51.) Paul V avait réitéré, en 1607, ses 'pathétiques exhortations dans un nouveau bref, mais sans plus de succès. Sully répondait avec une politesse excessive, mais, sur l'article de la conversion, taisait la sourde oreille. 11 avait tenu la même conduite avec le pape Clément VIII, au commencement de Tannée 1605. (F. ibid, les lettres de Du Perron, datées de Rome 28 décembre 1604 et 6 février 1605.)
(1) Sans doute Jean de Bardonenche, qui se distingua à l'armée, sous Montbrun et sous Lesdjguières. 11 était seigneur de Torane, etc., d'ancienne noblesse du Gapençais.
montoii';, 7 liv. 12 sols^ à Chantilly, au logis de l'Ecu^pour le déjeuner 15 sols (1).
Le même jour au soir, je me présentai au Roy à son retour de la chasse^ et assez tard : comme il me vit, il me dit qu'il parleroit à moy le lendemain.
Ile mars. — Le mardi au matin, il alla voler le héron, et comme je me présentai à lui, il me dit qu'il ne parleroit à moy qu'à l'aprèsdîné. A l'après-dîné, il sortit encore pour le héron, et je me présentai encore à lui ; lors il me dit de me trouver à l'issue de son souper. Ce jour-là, je fis connoissance avec M. de Barjous, qui avait fait la recherche des financiers et m'en dit beaucoup de particularités (2). Enfin qu'il étoit aisé à remettre sur son dessein, mais par une autre voye, à sçavoir que par l'abolition faite, tout le criminel s'entendit être couvert; mais non le civil ni la restitution de ce qui se trouveroit entre leurs mains, et que pour cela il faisoit offre de trois millions de livres de bons es coffres du Roy. Me dit qu'il avoit espérance d'en venir à bout.
Je vis souper le Roy, pendant quoy M. de Gienville avec je ne sçais qui autre étoit en marché d'un cheval par les doux à 30 en tout : le
(1) On ne comprend pas bien le détail que Charnier donne ici de son itinéraire de Paris à Chantilly. Ecouen , aujourd'hui chef-lieu de canton du département de Seine-et-Oise, est à dix-huit kilomètres N. de Paris. Lnzarches, autre chef-lieu de canton du même département. Chantilly est situé dans le département de l'Oise, à quarante kilomètres N. de Paris.
(2) Nous ne trouvons aucun renseignement sur ce M. de Barjous, désigné ici comme ayant été employé par Sully dans la grande chasse que ce ministre avait donnée aux fermiers, traitants, receveurs, pour réprimer les abus de toutes sortes qui ruinaient les finances royales. 11 avait travaillé à leur faire rendre gorge dès 1698, et il venait d'accomplir les exécutions. Jlais, là aussi, il parait que la justice eut deux poids et deux mesures. «Sur la lin de Tan présent, dit L'Bstoile, en terminant son journal de 1607, se tirent les taxes des trésoriers et linanciers (leur paix estant faite pour de l'argent) par les quatre députés suivans : Chasteauneuf, Villemontré, Béthune et Maupeou, où la justice et l'égalité fust tellement ob servée, que les petits larrons et moins coulpables furent les plus hauts à la taxe, et les gros larrons et grands voleurs en échappèrent quasi pour rien : dont l'exemple suivant, bien véritable et avéré, servira de preuve sullisante pour le reste. Un linanciers des plus aisés et riches de la bande, et qui avoit la réputation partout d'un grand larron et corrompu, ayant servi le Roy en son estât quinze ans, est taxé par ces messieurs (d'un desquels il avoit la faveur) à cinq mille francs seulement. Son compagnon d'uiïice, qui avoit le bruit partout d'iiomme de bien et de peu de moyens, ayant manié celte charge cinq ans seuleimnt, est taxé à quinze mille francs, qu'il lui fallut payer.» Par ie premier de ces deux financiers, L'Estoile ne désignerait-il pas maître Zamet, ci-dessus dénommé, p. 26? « Le Roy disait, ajoute L'Estoile : » Je sais que je fais des injustices dont possible pour- <( rois-je bien quelque jour rendre compte: mais mes conseillers et otïiciers en « font bien d'autres, et de plus grandes que moy et de plus grande conséquence. » Sur quoi notre chroniqueur fait cette remarquable réflexion : «Dieu lui fasse la t'ràce (au roi) de n'en respondre point pour eux, »
premier clou pour un grain de bled, le second pour deux et ainsi de suite. Le dit S'" de Gienville en fut découragé. Depuis j'ay trouvé qu'il eût monté à 8,461,016,091 de grains de bled, qui ne peut pas être une somme trop exorbitante (1).
Après le soupe, le Roy me print par la main, et me dit que je me trouvasse au lendemain à son lever, qu'il parleroit à moy.
12^ mars. — Mercredi donc, je me trouvai deux heures avant son lever à la porte de la chambre. Comme il fut éveillé, je priai M. d'Aranbure (2) (avec qui le jour auparavant j'avois fait connoissance), de le faire souvenir que j'attendois ses commandemens. Peu après encore, je priai M. de St-André, porte-manteau, d'en faire souvenir M. d'Aranbure. Il sortit et me dit que le S»" d'Aranbure en avoit parlé au Roy, qui avoit promis de m'ouïr ; puis j'entrai dans la chambre, le Roy étant au cabinet et le S»' d'Aranbure.
Enfin le Roy sort, me voit, me prend par la main et me mène en une galerie, et me demanda d'aboi d si je m'en allois bientôt. Je dis incontinent que j'aurois reçu ses commandemens. Alors il me dit qu'il se vouloit servir de moy, et servir non pas comme plusieurs pensoient et disoient qu'il tâchoit de gagner les ministres, et tout soudain qu'il
(1) Rappelleroris-nous à ce propos l'anecdote que les Indiens racontent du bramine Sissa, à qui ils attribuent l'invention du jeu des échecs? Suivant leur tradition, le roi de Babylone Ammolin, qui régnait 537 ans avant J.-C, ayant été ravi de ce jeu, dit à Sissa de lui demander telle récompense qu'il voudrait. Celuici, d'un air modeste, pria le monarque de lui l'aire donner un grain de blé pour la première case de son échiquier, deux pour la deuxième, quatre pour la troisième, eu doublant ainsi jusqu'à la soixante-quatrième case. Le prince, ne se doutant pas de la propriété d'une progression géométrique, lui accorda sa demande, qui lui paraissait seulement d'une simplicité ridicule. Mais, quand on vint h l'aire le calcul de la quantité de blé à laquelle avait droit Sissa, on s'aperçut que tous les trésors de la terre ne sufiiraient point à la parfaire. En effet, la progression indiquée produit le nombre de
8,423,372,036,854,575,818, et la somme des termes est
16,846,744,073,709,151,616, c'est-à-dire 16 quintillions, etc., ou plus de 16 milliards de milliards, ce qui est un nombre presque incommensurable. L'histoire ajoute que le roi Ammolin, éclairé à ses dépens sur la portée d'esprit du bramine, le récompensa d'une manière magnifique, mais moins ruineuse.
(2) Jean d'Arambure, baron de Picassary, cité par Brantôme comme l'un des plus braves mestres-de-camp huguenots au service de Henri IV, qui, à son avènement à la couronne, le nomma grand giboyeur de sa maison et commandant de sa compagnie de clievau- légers. Dans une lettre du roi à Sully, d'avril 1607, il est mentionné comme un de ses « familiers serviteurs ». — Une descendante de cette famille, madame d'Arambure de la Contaudière, fut persécutée à outrance après la révocation. Elle subit cette persécution avec une intrépide fidélité. Elle fut traînée pendant plus de dix ans de couvent en couvent, de forteresse en forteresse. En 1700, on la voit transférée au château de Nantes. Elle y mourut peutêtre; il n'est plus question d'elleà dater do cette époque. (V. la France prolestante.)
ris JOURNAL DU VOYAGE DE DANIEL CHAMIER
fait dn bien à quelqu'un, on les tient pour suspects et on les appelle des pemionnaires. Qu'il ne denianderoitrien de moi que ce qui se doit d'un homme de bien. Qu'il n'étoit pas comme on disoit gouverné par les Jésuites ; mais qu'il gouvernoit et les Jésuites et les Ministres, étant le Roy des uns et des autres. Que je m'étois porté trop molestement par le passé et à Gap et depuis à Châtelrau[lt], si bien qu'on n'y entendoit que moy; que cela ne se devoit pas faire. J'interrompis S. M. en disant que je n'avois été ni vu ni ouï à Chàtelrau[lt]. Quant à Gap, je ne sçavois point qu'il s'y fût rien fait contre son service. 11 me dit : il faut confesser qu'il s'y est fait des fautes, mais je sçais bien que c'a été sans penser à mal, mais ce sont toujours des fautes, comme qu'on avoit reçu des lettres des Princes étrangers, qu'on avoit appelé le Pape Antéchrist, de quoy on se devoit abstenir ; quand il n'y auroit que cette considération qu'il étoit son ami, et que quand le Roy d'Espagne seroit son ennemi, il n'endureroit pas qu'on en parlât mal (1).
Je lui dis aussi que j'espéiois m'ètre tellement comporté^ qu'on ne sçauroit m'accuser d'avoir ému aucune sédition, mais que les moines se rendoient extrêmement emportés à nous agacer, même jusques à défier les Synodes contre eux, dont il avenoit qu'on étoit engagé en des disputes qui ne pouvoient qu'elles n'apportassent des aigreurs, comme j'y avois été engagé autant ou plus souvent qu'homme de ma robe (2). Que j'espérois que S. M. distingueroit ce qui étoit dit contre
(1) On voit que Heuri IV demande aux huguenots de ne point surtout gâter ses affaires avec le saint-siége. C'est le mot que Corneille met dans la bouche de Prusias :
« Ah! ne me brouillez pas avec la république! « Portez plus de respect à de tels alliés. » Et Charnier aurait été dans son rôle en répliquant comme Nicomède : « Je ne puis voir chez eux les rois humiliés... « Et de pareils amis, en bonne politique, .■• »
(2) En effet, en ce qui concerne le synode de Gap et l'article sur V Antéchrist rapporté plus haut, les détails tournis par les Annales des Capucins de Gap montrent bien que l'évêque et le clergé de cette ville avaient l'ait précisément tout ce qu'il fallait pour provoquer les membres du synode, pour redoubler en quelque sorte leur animadversion et leur éloignement pour les « doctrines et cérémonies papistiques. » {V. Bulletin de la Soc. de l'Hist. du Protest, franc., t. II, p. 37Zi.)
Il est curieux de rappeler, à ce propos, que l'on trouve, dans un écrit de Bacon, un passage très original ainsi conçu : « Si la clameur publique s'élevait «contre le règne de l'Antéchrist, et qu'en conséquence de ces bruits le pape vînt «à être arrêté et traduit devant moi, justice de paix, je regarderais comme un «devoir, attendu qu'il me parait incontestablement réunir tous les caractères «distinctifs de l'Antéchrist, de l'envoyer en prison et de le faire juger comme « tel. » Bacon ajoute d'ailleurs que le principal moyen pour amener la chute de l'Antéchrist doit être la prédication de l'Evangile. «Une armée spirituelle peut «seule conquérir un royaume spirituel. L'idée d'éclairer les hommes en lanyant
ces moines d'avec ce qui toucheroit S. M.;, et ne trouveroit pas mauvais qu'en nous portant envers S. M. en toute humilité, nous résistassions vivement aux moines. Il me dit quant aux disputes, qu'il ne les trou- Yoit pas mauvaises, encore qu'il ne les trouvât pas bonnes, mais qu'il ne vouloit pas les empêcher. Qu'on pouvoit toutefois dire les choses doucement, même qu'd ne trouvoit pas bon que nous nommassions les Papistes, que nous pouvions les appeler Romains, ou de la Religion romaine, ou nos adversaires (1). Je dis qu'ils nous appeloient ordinairement hérétiques. Calvinistes, et il dit que c'étoit par abus et que nous le prenions comme si on parloit de nous brûler. Me dit qu'il voudroit avoir perdu un bras et pouvoir réunir tous ses sujets en une môme croyance. Je dis que c'étoit un désir digne de lui, et que tous les gens de bien prieroient Dieu qu'il lui en fît la grâce. A ce propos, il dit qu'il fcdloit qu'un chacun l'y aidât, et qu'il avoit envie d'assembler un concile pour cet effet. Je dis que ce seroit la plus grande de toutes ses œuvres. Il me dit qu'il faloit que nous l'aidassions. Je répondis que j'osois l'assurer, que tous les pasteurs y apporteroient tout ce qui seroit en eux, comme ils avoient fait autrefois au colloque de Poissy. Lors il s'adressa à moi, et dit que je lui aidasse. Je dis que j'y pouvois peu, mais que je serois marri de n'y aporter tout ce qui seroit en moy. Lors il dit que j'y pouvois beaucoup, et se jeta sur mes louanges, et dit qu'il avoit pensé à me faire du bien, à me donner une pension, et en avoit parlé à M. de Bouillon, mais qu'il ne l'avoit point voulu faire pour cette année, car il vouloit premièrement voir comme je le servirois en la prochaine assemblée qu'il accorderoit dans quatre ou cinq mois, et laquelle il eut déjà accordée, mais qu'il a vu qu'il y a des
« sur leurs habitations des fusées k la congrève, de purifier les cœurs à coups de «baïonnette, d'employer le canon pour venir à bout de la superstition et de « Terreur, est si barbare et si absurde, qu'elle est au-dessous d'une réfutation. » Un auteur de notre siècle, David Bogue, a soutenu de nouveau que «le règne «de la papauté est le règne de l'Antéchrist,» et a déclaré que cette thèse est, selon lui, susceptible d'une «démonstratinn mathématiqui',» les principaux signes par lesquels l'Antéchrist devait se manifester étant «la fondation d'un système «de théologie opposé à la pure doctrine de l'Evangiie, la promulgation deprin- «cipes de conduite blessant la morale évangélique et de lois subversives de la « liberté de penser.» Bogue réprouve aussi tout emploi de la violence, la marche constante de l'esprit humain devant nécessairement faire justice de toute institution qui retarde les jirogrès de la vérité et l'avancement du règne de Christ. [Discourses o)i the Millenium. London, 1819.)
(1) On se rappelle que le Roi s'était plaint déjà à ce même sujet (ci-dessus, p. 28 et 29), et que l'escapade dont le connétable avait fait une grosse affaire k Charnier, était précisément l'emploi du mot de papistes, aggravé, prétendaitil, par cette réplique : « Le Roi les appellera comme il voudra, mais je les ap- « pellerui ainsi, »
fols encore parmi nous, et sur cela se plaignit de M. Renaud, de ce qu'il avoit écrit en Allemagne, et des paroles qu'il y avoit dites : qu'il gagnoitles hommes de notre parti en leur donnant des pensions, et qu'il vouloit que je lui fusse témoin comme il n'en étoit rien: de telles paroles l'offensoient-elles fort (1).
S. M. me dit aussi que nous nous défiions de lui plus que de ses prédécesseurs, qui nous a\oient massacré et fait du pis, qui même av oient été mis de Dieu en sens réprouvé pour les perdre, là où au contraire il l'avoit jusques alors accompagné de ses grâces et de son esprit pour conserver son royaume. Qii'il reconnaissoit bien être indigne de tant de grâces, car il ne faisoit pas tout le bien qu'il devoit, et faisoit plus de mal qu'il devoit (et il me sembloit en le disant sangloter), mais si avoit-il des bons désirs. Je repartis que nous espérions que Dieu, qui lui avoit fait des grâces qui le rendoient le plus grand de tous les Roys, y ajouteroit encore ce qui y défadloit. Me parla que nous n'avions que faire de chasser les catholiques hors des garnisons, et que nous devions croire que nous n'avions d'autre sûreté que ses bonnes grâces. Que nous sçavionsbien que les garnisons ne sçauroient nous garantir, vu que les capitaines en dérobent la pluspart. Qu'il sçavoit bien qu'on disoit qu'on ne craignoit point durant sa vie, mais qu'on n'étoit point assuré que M. le dauphin fût de même volonté; mais que cela étoit le dépouiller devant qu'il s'allât coucher; qu'il faloit, pendant qu'il étoit en vie, lui obéir et vivre en paix. Qu'au reste le Dauphin étoit d'un naturel tel qu'il le faut à la France, ayant assez de courage pour se faire craindre et se servir du glaive que Dieu a mis en la main des Roys ; et d'autre côté, d'un naturel débonnaire pour ne faire point de mal ; car, même quand on fait battre des renards avec des petits chiens, il prenait bien plaisir à les voir mordre; mais si tôt qu'on parle de tuer le renard, il ne le veut pas et se met à crier. Que des pages aussi il prend bien plaisir qu'on les menace; mais soudain, qu'on parle de les fouéter, il crie qu'il ne le veut pas; qu'au reste il donneroit ordre qu'il seroit bien instruit comme il m'avoit dit l'autre jour. Qu'il avoit manié nos afTaires pendant 25 ans , et qu'il
(1) Nous nous permettrons de faire remarquer avec quelle habileté raffinée le madré Béarnais, passé maître en l'art de séduire, fait miroiter la perspective d'une pension aux yeux de son interlocateur, en ayant grand soin de protester de la pureté de ses'inteniions et de manifester sa colère contre ceux t^ui l'accusaient de gagner les gens et parlaient de ses petisiotinaires. L'honnêteté de Charnier éclate dans la naïveté de ce récit et de tous ces détails.
avoit eu moyen de connoître tous ceux qui trahissoient le Roy, et depuis ceux qui nous trahissoient, qu'il sçavoit bien toutes nos foiblesses, mais qu'il n'avoit garde de les découvrir aux catholiques; qu'il sçavoit aussi tous nos déportements, et particulièrement qu'il sçavoit fort bien les miens. Alors je dis que je désirerois qu'il les vît tous et que je n'appréhenderois plus les rapports.
Pour la fin me dit que j'assurasse les Eglises qu'il les maintiendroit en paix et maintiendroit ses Edits. Pour mon particulier que je le servisse bien, et qu'il me seroit bon maître, et qu'il ne me manqueroit pas, que je n'en eusse point de peur; et me redit cela par deux fois, une au miheu de la galerie, l'autre à la porte en sortant.
Ainsi je prins congé de S. M., et allai payer mon hôte à qui je dus 40 sols, et M. de Pesgoans me donna à dîner. Je prins la poste et vins à Paris, ayant despendu 7 livres 12 sols pour boire à Ecouan.
13e niars. — Le jeudi, je conférai longtemps avec M. Du Moulin et résolûmes un trafic de lettres par ensemble prises par la voye de Lyon par M. Baille, et pour chiffre : écrire à reculon, la dernière lettre servant pour nulle, puis la troisième, et ainsi de suite, étant bonnes celles quœ erunt in parte, gradu et ordine , comme la seconde, quatrième, sixième, et ainsi de suite.
14» mars. — Le vendredi, je fus sur le soir prendre congé de M. le Chancelier, qui, m'ayant vu, m'appela soudain et me dit: Eh bien, n'étes-vous pas las d'être avec nous? Ouy vraiment, monsieur, même y ayant si mal fait les affaires des Eglises. Et lors il entra sur des apologies et me dit qu'on n'avoit fait nul compte de l'opposition de ceux de Montelimar. Lors je me plaignis de ce qu'on n'y avoit point voulu faire droit. Il dit que c'étoit assez la rendre nulle que de n'en avoir point parlé et protesta qu'on n'attenteroit rien contre l'Edit , mais qu'on le garderoit de bonne foy, que la faute venoit de nous qui devions être d'accord parmi nous , et que les intérêts particuliers gâtoient tout (1).
Il me demanda si j'avois prins congé du Roy; je dis qu'ouy et qu'il m'avoit parlé d'un concile^ que j'avois fort loué ce dessein comme
(1) Parole bien digne d'attention. Nous avons rappelé ailleurs que déjà Charnier lui-même et Brunier, en portant au synode de Montpellier, en juin 1598, les lettres de l'assemblée de Chàtellerault accompagnant l'Edit de Nantes, avaient été chargés de faire entendre à leurs coreligionnaires que « si tout ce qui était nécessaire n'avoit point été obtenu, c'étoit faute d'une bonne union et intelligence. »
le plus grand et le plus nécessaire. Il me dit qu'il étoit vray, et que luy-même y avoit beaucoup aporté du sien pour y disposer les affaires. Je repartis que je ne pensois pas que celui-là fut homme de bien qui ne se joindroit pas à la volonté du Roy en cela par ses prières et ses efforts, seulement qu'il faloit que S. M. print garde à lever tout soupçon et à montrer qu'elle y procède sincèrement, étant toutes les craintes que nous pourrions avoir d'être surpris; en après de considérer que c'est une affaire de Religion, et que la Religion ne se doit point conduire par maximes d'Etat , ce qu'il m'avoua. Je lui dis aussi que, pour en venir à bout, il faudroit que le Roy ne s'attendît point à ce qui est hors de son Royaume, car plusieurs, et nomméuient le Pape, traverseroient une si bonne envie, comme ils avoient fait au colloque de Poissy; mais il me dit que l'état des affaires étoit autre aujourd'hui, et ajouta que, par avanture, le Roy seroit bien aise de m'en parler encor.
Je me trouva^ au soupe de M. de Bouillon, qui venoit du Louvre, car le Roy étoit arrivé. Il me parla longuement de trois choses : la première, du concile; la seconde, de ses affaires; la troisième, de M. Tilemon. Pour le premier, son avis est de regarder aux moyens d'empêcher ce concile en toutes façons, étant certain qu'il ne peut être tenu qu'avec tromperie, que toutefois il ne faut point le refuser ouvertement et directement, mais indirectement, en demandant des conditions justes et égales auxquelles on ne condescendra jamais; sur tout ne nous hâter point et attendre qu'on nous en parle à bon escient, et nous verrons alors tout ce qu'on en dira dans le particulier : que de là il viendra qu'on gagnera temps; sans cela il seroit à craindre , si vous vous portez, se dit-il, à vous engager autrement, que le Roy se contentant seulement des termes généraux ne vous porte peu à peu à des choses injustes et telles qu'il voudra.
Pour le 2^ me donna charge d'entamer ces propos du Roy aux fils de M^ de Lesdiguières, et d'assurer que sa résolution étoit de ne vaci- 1er pas en la religion.
Pour le 3e, qu'il désiroit qu'il y eût un commerce de lettres entre moy et M"" Tilemon.
15<" mars. — Le samedi matin je recouvrai mon sac des mains de M"" de Bullion et le priai de pourvoir à la commission de l'exécution de l'Edit; ce qu'il promit faire. Je parlai à M^de Pradel de ce qu'il lui
faloit pour ses peines. Il me dit qu'il ne vouloit point tout ce qui lui avenoit^ mais pour tout se contentoit de dix ecus, et pour le regard des poursuites contre l'Eguille trois ecus et demi, ce que je lui baillai. 16« mars. — Le dimanche nous partîmes à deux heures après midi et allâmes coucher à Grigni, payant à Paris pour trois chevaux 3 liv. 6 sols, à Villejuif autant, 3 liv. 6 sols, à Juvisi, 2 liv. 1 sol.
17* mars. — Le lundi, les chevaux de Juvisi vinrent nous prendre à Grigni, et payâmes 'i-l sols. Puis à Beauvais[?] pour poste 51 sols, à Milly.LaChapellela Reine, [Larch]and,Bougligni,41 sols. APréfontaine 48 sols, 6 den. A La Chapelle la Reine pour le dîné 28 sols tous deux.
18e mars. — Mardi, nous partîmes ae Montargis, ayant payé pour le couché 48 sols, et les étrennes 5 sols. Puis fîmes cinq postes, à sçavoir : Montargis, Rousset, Nogeant, La Bussière, Brear, et dînâmes à Boni, à un quart d'écu par homme. Puis allâmes à La Celle où nous prîmes la traverse pour aller coucher à Sancerre, prenant les chevaux jusques à Pouilly, qui sont deux relais, car Malet[averne] est entre La Celle et Pouilly, donnant quatre sols de plus; partant, payâmes ce jour-là huit relais qui montent 16 liv. 12 sols.
19e may^s. — Partant de Sancerre, nous fismes Pouilly, Cosne[l], La Charité, Germigny, Fourch[ambault], Nevers, où payâmes 15 sols, Magni, et couchâmes à Chantenay.
20e mars. — Chantenay, La Villeneuve, où payâmes 12 sols 6 den.. Moulins, où payâmes 15 sols, Bessay et une petite poste au milieu du chemin, Varennes, Saint-Géran, La Palisse, Boudrot[?], et couchâmes à La Pa[caudiè]re.
21e mars. — Partant de La Pa[caudiè]re, l'Espinasse, Rouan[?], l'Hôpital, Saint-Saphorin, La Fontaine, Tarare, payâmes 15 sols, La Brêle, La Tour et couchâmes au Mouton.
22e mars, — qui étoit samedi, nous demeurâmes aux Hermines, rue du Bois, et je parlai à M'* Baille et Blanc (2) et achetai quelques livres.
23e ?/2ars. — Dimanche, je prins un cheval de louage avec un homme et couchai à Bourgoin.
(1) Il y a ici quelque erreur ou transposition, qui est sans doute le fait du copiste : Cosne n'est pas entre Pouilly f't La Charité, mais bien entre La Celle et Pouilly. Nous avons suivi tout cet itinéraire sur la carte de Cassini, et nous avons rectitié plusieurs noms de localités, mais il en est plusieurs que nous n'avons pu reconnaître.
(2) Esaïe Baille et Ant. Le Blanc, alors ministres de l'Eglise de Lyon.
'ih-^mai's. — Couchai à Voreppe.
25^ mars. — Je dinai à Grenoble où je séjournai mercredi et partis jeudi dans un bateau, et arrivai vendredi soir à Montelimar.
Par ainsi, étant partis de Grenoble le 30 octobre et ayant demeuré jusques au 28^ mars, mon voyage a été en tout de 151 jours.
Il n'est pas inutile de donner ici quelques détails sur un fait qui ajoute à Tintérêt de la situation de notre voyageur dauphinois pendant la durée de son séjour à Paris. Il l'a lui-même mentionné une fois, à la date du 23 décembre (p. 42). Nous voulons parler de l'intempérie de la saison pendant tout cet hiver de 1607 à 1608, l'un des plus rigoureux que l'on ait vus, au rapport de L'Estoile. Jusque vers le 17 décembre, la saison avait été « tellement desreiglée, qu'il ne se passoit ni jour ni nuict qu'il ne pleust. » Au 23 décembre, la Seine était « glacée ». Au l""' janvier, « la froidure fust extrême et la gelée si grande et aspre que de mémoire d'homme il ne s'en estoit veu de semblable. Toutes choses renchéries à Paris, principalement le bois, où la voye se vend jusques à cinq à six escus; le cent de fagots onze francs; la busche, trois, quatre et cinq sols; le quotret, six blancs et trois sols; encore y a-t-il presse d'en avoir à ce prix, tant la disette en est grande... Plusieurs personnes trouvées mortes dans les champs... et beaucoup d'autres estranges accidens que la cruauté du grand froid cause ea plusieurs et divers lieux, lequel continua jusqu'au 25 de ce mois, jour saint Pol, que le temps, par ung grand vilain brouillas, tourna au dégel... » « Le vendredi !'■■■ février, la gelée recommença, non si aspre qu'auparant, mais toutefois grande pour la saison et le soleil qui estoit desjà haut... Continua ce temps jusques au 24. Nouvelle rigueur du froid dans le commencement du mois de mars, laquelle est aussi grande qu'elle l'a esté les deux mois précédens, en sorte que le gibier, les oiseaux, le bétail meurent dans les campagnes, » ainsi que « plusieurs personnes, hommes et femmes, » et « un plus grand nombre sont demeurés perclus, et d'autres ont les pieds et les mains si gelés qu'on ne peut pas les réchauffer pour faciliter la circulation du sang dans ces parties... Le mois de may fut venteux, froid, maussade, et si fort pluvieux, qu'on a remarqué qu'en tout ce mois il n'y a eu que deux jours exempts de pluie. Toutes sortes de vivres et denrées renchéries à Paris de moictié... » L'année précédente, il n'y avait pas eu d'hiver ni de gelée, et cependant l'année n'avait point été malsaine, dit encore L'Estoile ; mais on voit que le quartier que le pasteur de Montelimar vint passer à Paris fut dur par compensation, et qu'il fallait une énergie plus qu'ordinaire pour se rendre en un tel temps aux assemblées du temple de Charenton. C'est ce que nous avons voulu faire ressortir ici.
IVoteiâ l»lbliogra|iliiqiies
(V. ci-dessus, p. 13.)
«Dis-moi qui tu hantes, et je dirai qui tu es. » Ce dicton de la sagesse des nations est parfaitement applicable à ce genre d'amis dont un homme de travail fait sa société et qu'on appelle les livres. Le catalogue d'une bibliothèque est une étude de l'homme; c'est également une étude de mœurs. Aussi la bibliographie du Journal de Daniel Charnier est un côté instructif de ce document historique; il est intéressant de passer en revue les différents ouvrages dont notre ministre fait provision pendant son séjour à Paris. C'est pourquoi nous avons cherché à en donner ici une liste raisonnée, autant que l'incorrection des titres et la difficulté de semblables recherches le comport.iient. Il paraît qu'il y avait alors à Montélimar des amatrurs de livres curieux, car L'Estoile dit, à la date du 11 septembre 1608 : « J'ay vendu à un nommé Colas Prévost, marchaHt libraire de « Montélimar, ainsi qu'il dit, pour trente francs de petits livrets de toutes sortes, « la plupart bagatelles, et que j'avais deux fois. »
Page 37. — De l'Eucharistie. C'est le titre-courant de l'ouvrage de P. Du Moulin, intitulé : Apologie pour la sainte Cène du Seigneur contre- la présence corporelle et la transsubstantiaiion; item contre les messes sans coinmnnions et la communion sous une seule espèce. La Rochelle, 1607, in-S".
Page 41. —Les Actes du concile de Trente. L'Estoile dit, à la date du 20 mars 1608, qu'il vient d'acheter «/es Actes du concile de Trente, (' réimprimés de nouveau en cette ville (Paris) par Clieux, et augmentés <c de moitié, reliés en parchemin, in-8". » C'est sans doute cette édition nouvelle dont Chamier fait emplette.
Page 41. — Serarii de sacrificio. Ce titre est peut-être inexact. Drusius et Scaliger ont répondu à un livre de Serarius, intitulé : Trihxresion de Pharisieorum, Sadduciconan et Essii'norum sectis. — «J'ai a(;helé « de J. Périer, dit L'Estoile à la date du 20 juin 1607, un petit livret d'un
« jésuite nommé Serarius contre Scaliger , imprimé in-8° à Magonce « (3Iayence), à ceste dernière foire, intitulé Babini et Herodes, que « Drouart m'a vendu relié en parchemin 1 1 sols. » A la date du 28 juin 1608, il mentionne la nouvelle de la mort de Serarius, « qu'on tenait « pour un des plus doctes et suffisans de la compagnie, »
Ibid. — Chronologla Sethi Calrisii. Setli Calvisius était un célèbre astronome et musicien du XVI»^ siècle. Le titre de l'ouvrage acheté par Chamier est : Opus chronologîcum ex auctoritate potissimum sanctos Scriptiirx et historîcorinn fide dkjnissimorum , ad motinn lum'marhun cœlestium tempora et annos dlstlngueniium. Leipzig, 1605. in-i". On était alors occupé de le réfuter ; nous avons sous les yeux un in- 1 2 de 1 05 pages intitulé : Davidls Parei synopsis Chronologix sacrx rindicafa a Sethi Calrisii cavillis. Francofurti, 1607.
Ibid. — Eunapius. C'est l'historien bien connu de la philosophie grecque en décadence. Son ouvrage est intitulé : ï'ies des philosophes et des sophistes, et la meilleure édition est celle de Commelin, in-8°, 1596.
Ibid. — JHllegaignon de Eucharistiâ. Auteur bien connu par ses discussions avec Calvin. Le titre du livre acheté par Charnier est : Jd articulos calvinianx de sacramento eucharistie traditionis ab ejus ministris in Francià antarcticà eindgatx responsiones. Paris, 1560. in-4". Villegaignon est surtout connu par sa triste conduite comme chef de l'expédition dont Coligny avait favorisé l'envoi au Brésil, pour la fondation d'une colonie protestante. C'est l'Amérique qui était appelée France antarctique, comme on le voit dans le titre indiqué.
Ibid. — Vega de Euchaynstià. C'est le livre du jésuite Emmanuel de Vega, né à Coimbre, professeur de théologie à Wilna, en Litlmanie,mort à Rome en 1640 ou 1648, à l'âge de quatre-vingt-onze ans.
Page 43. — Turriani de Eucharistiâ. François de Torres, un des pères du concile de Trente, mort à Rome en 1584. Blondel a écrit contre lui le Turrianus vapidans. Quatre ouvrages d'Anthoine de Chandieu sont également dirigés contre Torres et ses sophismes. F. France protestante, t. III, p. 331.
Ibid. — Coéffeteau contre Dumoidin. Le livre dont il s'agit est l'ouvrage bien connu : Apologie pour la réponse à l'avertissement du roi de la Grande-Bretagne contre les accusations du sieur Pierre Dumoulin. Cest Henri iV qui avait chargé le dominicain Coéffeteau d'écrire cette réponse. Du Moulin avait publié en 1604, à La Rochelle : Défense de la joy catholique contenue au livre du roi/ Jacques I"'' contre la réponse de Coéffeteau, in-8°. Une deuxième édition augmentée ayant paru, Coëlfc-