‹ 1564-1621, Daniel ChamierChapitre 28 sur 80 · TRAITÉ DE LA VOCATION DES MINISTRES · texte numérisé non relu

TRAITÉ DE LA VOCATION DES MINISTRES

1598. — Traité de la Vocatîom des ministres. — Page 199.

Dispute de la vocation des ministres en V Eglise réformée, contre Jacques Davy, dit Du Perron, évesque d'Evreux, par Daniel Chamier, Dauphinois (avec une Epistre dédicatoire à Claude de la Trémouille, duc de TlîOLiars, pair de France, etc.)- In-8" de 310 pages. La Roclielle, Hauitin. 1598. (Divisé en trois livres.)

C'est le premier ouvrage de Charnier. Comme il est intitulé Dispute et que notre auteur est spécialement renommé comme controversiste, nous croyons utile de reproduire les trois premières pages de ce livre, qui peuvent faire voir comment il entendait les disputes :

a Si on pouvoit faire résoudre les prétendus catholiques à apporter plus de conscience et de sincérité, moins de conliance et d'opiniastreté es disputes delà religion, si importantes et qui touchent tant à leur salut et au nostre, j'ose dire qu'il seroit aisé de sortir des différens où nous sommes dès si long temps plongés. Car une dispute, ou pour mieux dire (puisque les vices d'un long usage ne peuvent quasi nous laisser ouïr ce mot, sans quelque appréhension de violence), une conférence consciencieuse , qui ne se proposast pour but que la vérité à trouver, feroit que les parties accordant franchement et niant modestement ce qui seroit à accorder ou à nier, s'approcheroient peu à peu l'un de l'autre, pour establir un bon et ferme consentement en ce à quoy les raisons ainsi paisiblement et chrestiennement débattues les amèneroient. Là où quand on se propose pour une dernière tin la victoire, en se roidissant sur l'opinion d'un déshonneur qu'on estime qu'il y a d'estre vaincu, c'est-à-dire d'apprendre ce qu'on ne savoit pas, et se trouver moins sage ou moins savant qu'un autre, il n'y a chose qu'on ne die et qu'on ne fasse, jusquesàn'espargner sa conscience, pours'empescher de recognoistre la vérité qui presse. Ainsi les plaideurs de mauvaise foy ne laissent subtilité de droict ni bricole de pratique qu'ils ne mettent en usage pour estouffer la justice ou pour le moins gagner autant de temps. Or, ces prétendus catholiques s'estant accrochés à ce fondement, de faire, à quelque prix que ce soit, passer pour bonne la doctrine qu'ils ont apprise dans leurs églises, et qui leur sert à bien d'autres choses qu'à servir Dieu et sauver leurs âmes; ce n'est pas merveille, si, après tant de temps, encore est-on hors d'espérance de voir une lin qui nous réduise tous ensemble dans une mesme Eglise. Et sans doute il n'en sera jamais autre chose, si Dieu, par sa bonté, ne leur touche le cœur pour leur faire affectionner mieux sa gloire et leur salut. Je sais bien qu'ils se licencient d'en dire autant de nous, et bien pis, selon la violence de leur humeur; mais quand on voudra

entrer en cognoissance de cause, sans s'arreslcr aux calomnies et juger sur la simple accusation, je ne crains point qu'il n'apparoisse ouvertement, et le tort qu'ils ont de se plaindre de ceux (|ui ne demandent qu'à venir au gros de la matière, |»rotestant que, cela vuidé, ils ne serontpoint importuns sur tout le reste; et la juste occasion qu'ils nous donnent d'accuser leur malgracieuse chicanerie. Certes, ils se portent tellement qu'il n'est pas malaisé (le cognoistre, en leurs procédures, de quelle conscience c'est qu'ils sont possédés et poussés. Il n'est besoin que d'une âme, qui, douée d'un esprit un peu vif, ou plutost d'un jugement un peu solide avec sincéritç, veuille prendre la peine de rapporter à la question principale, les discours es quels ils essayent de nous esgarer, ou pour mieux dire les déclamations dans lesquelles ils se perdent, pour jeter de la poussière aux yeux de ceux qu'ils veulent aveugler, pour ne leur laisser apercevoir la vérité. Les cerfs qui ne peuvent se sauver à force de courir donnent le change; et les sophistes qui, en la question proposée n'ont que dire, essayent de destourner celuy qui les presse, en d'autres qu'ils estiment plus avantageuses pour eux. Tels sont les préjugés dont se défendent nos papistes contre la nécessaire réformation de l'Eglise, laquelle Dieu a commencée avec merveilles, en dépit de toutes ces sophisteries, et avancera autant qu'il luy plaira, c'est à dire qu'il verra propre pour sa gloire et nécessaire au salut de ses élus. «

1598>1599. — Epistolte •fesuitic»'. — Pages 197, 199.

Damelis Chamieri Delp/imatis Eplsfolx jesuiticw. Genevoe excudebat Petrus de la Rovière. MDXCIX. In-S» de 214 pages.— iirfiY/o secunda, Ambei-gx; in-8°. 1610. —Ter/m, Genevx, 1653; in-fol. à la suite du Corpus fheologicum.

On lit dans le Scaligerana : « Chamierus de OEcnmenico Pontifies et « Epistolas Jesuiticas edidit. Bona opera! Oh! (jue Chamier écrit bien en '< grec, et mieux que Cotton!,.. — Père Cotton est un fat; il l'a bien montré « contre Chamier... Cotton est fou, et talis agnoscitur. Scribebal ad ama- « siam in Delphinatu, litterse sunt intercepta", Chamierus habet. »

Pour mettre le lecteur à même de juger ce qu'il peut y avoir de vrai dans ces paroles de Scaligcr, nous allons décrire et extraire avec quelque détail les célèbres lettres jésuitiques de Chamier ; nous aurions voulu même, pour la curiosité du fait, joindre ici un petit échantillon du grec de père Cotton et de son antagoniste.

L'occasion et l'objet de la publication sont exposés par Chamier luimême, avec verve, dans une dédicace que nous essayons di; traduire :

1599. EPISTOL^ JESUITIC^E. 2l21

Daniel Charnier^ à Jean Faleton et Jean de la Faije, ses très affectionnés frères et collègues, Salut en Christ (1).

« En livrant à l'impression ces Épitres jésuitiques, j'ai pensé à vous, chers collègues, et j'ai voulu vous en faire hommage. Je sais qu'il s'agit de bien peu de chose et qu'il y a quelque audace à vous offrir cet opuscule; mais la vive affection qui nous lie les uns aux autres m'encourage et me rend confiant en votre bonne amitié. La vôtre, mon cher Valeton, m'est acquise depuis bien des années, que nous fimes ensemble nos premières études, et que votre commerce plein de charme a consolidé notre attachement et l'a rendu inaltérable. Et la vôtre, mon cher de la Paye, est née de notre rencontre dans le saint ministère, et s'est fortifiée par une mutuelle sympathie. Recevez donc tous deux ce mien présent,

« Inférieur à tant d'autres sans doute, »

tel du moins que je puis le faire. Recevez-le surtout comme un témoignage de mes sentiments pour vous.

« Ce qui m'a d'abord amené à écrire à nos jésuites, c'a été de voir que, dans ces dernières années, pas un seul, pour ainsi dire, de nos frères n'avait été à l'abri de leurs attaques. J'ai pensé qu'il ne fallait pas permettre qu'ils pussent se vanter de n'avoir été provoqués par personne. L'expérience, en effet, vous a appris comme ils sont habiles à se décerner des triomphes à propos de rien. J'ai commencé par écrire au père Cotton, que je connaissais de nom et qui m'avait été précédemment représenté comme un homme tout à la fois docte et modeste, par Reboul, ce détestable apostat, alors mon ami. Et, de fait, je ne l'ai point trouvé effronté, mais, au contraire, plus poli que ne le sont les autres disciples de Loyola ; très fidèle pourtant à cette coutume qu'ont les jésuites d'en user avec nous comme de maître à écolier, et d'intervenir dans une conférence à laquelle on les a provoqués, non comme des antagonistes, mais comme des juges. Cotton fit à ma première lettre, comme vous l'allez voir, une belle réponse en grec, plus jaloux de déployer son érudition que d'engager une solide controverse. Je dus dès lors répliquer dans la même langue , sous peine de me voir exposé à toute sorte de railleries.

« Mais alors il quitte la Grèce pour Rome, et fait semblant d'y avoir été ramené par moi. Moi de répondre à sa lettre latine. Mais plusieurs mois s'écoulent sans qu'il rompe le silence. Dans l'espace de huit mois, il m'avait à peine écrit deux lettres, soit à cause de ses occupations, alléguées dans

(1) Jean Valeton, pasteur à Privas; Jean de la Faye, pasteur à Aubenas.

':252 Al'PEiNDlCIi A LA VIK.

chacune des deux, soit pour toute autre raison. Un adversaire aussi lent ne faisait pas mon atïaire. J'écrivis donc au père Ignace, qui m'était désigné par nos papistes eux-mêmes comme un des premiers de sa Compagnie. 11 me répondit pluspromptement que le père Cotton n'avait coutume de faire; mais, bon Dieu, quelle différence de l'un à l'autre! Cotton prétendait bien aussi qu'on le reconnût pour maître, mais il masquait sa prétention sous une feinte modestie, tandis que son confrère en voulut faire une condition formelle, exigeant que je me déclarasse prêt à confesser toutes mes fautes et erreurs, me signifiant que, sans cela, il n'échangera point un seul mot avec moi. Plaisant homme, vraiment, et qui me remit en mémoire un certain moine avec qui vous eûtes, mon cher Yaleton, une conférence il y a quelques années : quand vous lui demandiez de produire ses preuves à l'appui de la transsubstantiation, il exigeait d'abord que vous y ajoutassiez foi, vous promettant de vous la démontrer ensuite. Les voilà bien, mes jésuites : en les jugeant tous d'après ceux-ci, l'on ne se tromperait peut-être guère. Je publie maintenant les lettres que je leur ai écrites. Je ne pouvais les publier sans y joindre celles que j'ai reçues d'eux, de telle sorte qu'ayant toutes les pièces sous les yeux, chacun puisse, ainsi que vous-mêmes, se former une opinion sur l'affaire.

't Adieu, chers amis et très affectionnés collègues; continuez à accomplir la tâche à laquelle vous vous êtes si dignement voués, de paître le troupeau du Seigneur de cette véritable Parole de vie, qui est la Parole de Dieu, à laquelle et les Jésuites et tout ce qu'il y a au monde de papistes opposeront en vain les poisons de leurs sophismes.

« Dahit Deus his quoque finem (1). »

« De Montélimar, au mois de mai, l'an de notre Seigneur 1599. »

Les lettres sont au nombre de douze, dont six de Charnier à Cotton, avec trois réponses de ce dernier; deux autres de Chamier au père Ignace Armand, avec une réponse de ce père. Voici les deux premières ; nous avons tâché de marquer la différence des styles :

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