‹ 1564-1621, Daniel ChamierChapitre 48 sur 80 · SYNODE DE DORDRECHT · texte numérisé non relu

SYNODE DE DORDRECHT

moires à donner sans Synode national (1) ; et n'y en a pas moins à obtenir de la cour le congé nécessaire... » [Archives du Christianisme de 1857, p. 134.)

On lit dans Benoît : « Du Moulin, Chauve, Charnier et Rivet, que le Synode [de Vitré] avoit nommés (voir note 1 ) pour se trouver, au nom des Eglises de France, à celui que les Provinces-Unies assemblaient à Dordrecht, en 1618, pour les affaires des Remontrants, et où toute l'Europe réformée envoya des députés, rendirent compte de ce qui les avoit empêchés d'exécuter leur commission. Chamier et Chauve étoient partis pour cela, mais ils reçurent à Genève, de la part du roi, des défenses de passer outre. On avoit fait peur à ce prince des intelligences qui se pourroient former, sous le prétexte de ce voyage, entre les réformés de France et les étrangers. Comme on remplissoit son esprit de tout ce qui pouvoit les lui rendre odieux, on lui faisoit craindre des ligues contre son service, des maximes républicaines qu'on Iroit puiser dans ces pays, où les peuples étoient peu favorables à la monarchie; de sorte qu'il ne manqua pas d'empêcher une communication qu'on luy faisoit croire si dangereuse. Ce n'est pas qu'il n'eût été sollicité de la part de ses alliés de laisser aller à ce Synode quel- (lues ministres de son royaume, et que, de son côté, il n'eût fait exhorter les états généraux ù la concorde, et à laisser au Synode une liberté tout entière. Mais on lui faisoit faire tout ce qu'on vouloit en intéressant son autorité; et d'ailleurs on accusa Barnevelt, pensionnaire de Hollande, d'avoir écrit secrettement en France pour empêcher qu'on n'y laissât venir personne. Les ministres députés avoient voulu partir sans demander permission, de peur qu'elle ne leur fût refusée, aimant mieux excuser une chose faite que de s'exposer à une défense de l'entreprendre; mais cette précaution ne servit de rien, et les ordres du roi les arrêtèrent par les chemins... »

On lit dans l'autobiographie de Du Moulin, appartenant à la belle collection de M. L.-C. Luzac, de Leyde :

« L'an 1617, raesseigneurs des estais généraux, voulant pourvoir aux désordres de leur pays causés par l'arminianisme, se résolurent de tenir un Synode national ù Dordrecht. Us escrivirent aux Eglises de France,

(1) Ce que dit ici Rivet prouve que c'est par inadvertance que Benoît (t. Il, p, 228 et 229) a considéré le Synode de Vitré comme ayant nommé députés au Synode général des Provinces-Unies les quatre ministres que l'article cité plus haut (p. 346) avait seulement chargés de conférer ensemble sur un projet d'union- Quick a suivi Benoît et partagé son erreur. Le compte que Chauve rendit de cette mission au Synode national d'Alais (art. XVI, revis, du Syn. de Vitré), porte qu'ils s'étaient mis en route sur un avis des députés généraux et de l'Eglise dé Paris (Aymon, H, loG'i.

d'Angleterre, d'Alemagne, les priant de leur envoyer des pasteurs choisis pour leur assister. Quatre personnes de France furent choisies, assavoir, messieurs (Charnier, Chauve et Rivet, et nioy. Desjà je faisois mon paquet pour me rendre à Dordrecht, quand un huissier du conseil du roy me fut envoyé, qui me fit deffence sur peine de la vie de sortir du royaume; falut ohéir. Pour suppléer à ce deffaut, je composai un livre intitulé: Anatomia armlnlanîsmi. ï^fesseigneurs des estais m'envoyèrent leur médaille et deux cents escus. »

Du Plessis-Mornay écrivait de Saumur. io 2 novembre et le 1«' décembre 1618, à 31. de Sceaux:

« On prétend , en la défense qui est faite aux sieurs Chauve et Charnier, qu'ils s'ingéroient d'aller en Hollande sans permission du Roi, comme ainsi soit (|ue leur mission porte par exprès de sy acheminer lorsque par les députés généraux ils seront avertis de la permission obtenue de Sa Majesté et non autrement ce que je sçai pour l'avoir vue}, et M. Rivet nommément ne faisant aucun état de partir qu'à cette condition... «

•< Touchant ce que vous m'appelez à garant des pasteurs désignés par nos Eglises pour se trouver au Synode de Hollande, ce (jue je vous en ai écrit est véritable, que la mission qu'ils ont du Synode tenu es Céveniies porte par exprès (jue premier que s'acheminer ils seront advertis par les députés généraux de la permission du Roi. Et quant à ce qu'on vous dit que les sieurs Chamier et Chauve nonobstant le refus d'icelle se sont coulés en Hollande, je vous proteste avec vérité que je n'en scai rien, encor que quelquefois j'aye des nouvelles de Guienne et Languedoc, ce qui me fait croire que celle-ci ne se trouvera vraie. Car s'ils s'étaient embarqués à la Rochelle, je Faurois sçu, et si à Rouen ou ik Dieppe. M. Chamier auroit deu passer en ce lieu... »

Du Plessis-Mornay écrivait encore à Du Moulin, le 13 décembre 1618, ces lignes remarquables :

" ... Je suis bien marri qu'il ne vous a esté permis de vous trouver à Dordrecht où vous estiez fort nécessaire, et ne sçai de quel esprit peuvent avoir été menés ceux que vous estimez y avoir apporté empeschement. Nous n'apprenons point ici, sinon de Paris, que MM. Chamier et Chauve s'y soient acheminés, et toutefois il semble par les vostres que vous en ayez nouvelles certaines, même de leur séance, en laquelle ils aient été postposés. Je prie Dieu de tout mon cœur qu'il veuille puissamment présider en ceste compagnie, de tant plus que rarement de semblables a-t-on vu bonne issue, surtout après les controverses nées, les hommes naturelleraeni

1618. UISPUIE DE LKCtOLKK. 349

estant plus aisés à vaincre qu'à convaincre. Mais j'espère que les hommes, moins passionnés que leurs docteurs, pourront estre pour la plupart ramenés au droit chemiu, etc. »

1618 (mai).— La dispute de Kiectonre avec le Jésnile Alexandre Rejsronrd. — Pages 169, 193, 199.

La Jésuitomanie, ou les Actes de la dispute de Lectoure, publiés par Daniel Chamier, Daufinois ^ ministre du S. Evangile^ pasteur de l'Eglise de Monta uban et professeur en théologie. A Monlauban , par les héritiers de Denys Haultin. 1618. In-8» de 248 pages.

On lit ce qui suit, en noie de la page 213 du tome II de \' Histoire de Montauhan, que nous avons citée plus haut, page 338 :

1 Le ministre Chamier, qui avoit une grande réputation de controversiste, fut envoyé de côté et d'autre pour raffermir les calvinistes chancelans. Au retour d'une de ces expéditions, à Lectouro, « les consuls et les plus qua- « lifiés des habitans furent au-devant de luy pour le recevoir, et couron- " nèrent la teste du mulet qu'il niontoit, pour marque de victoire. » Perrin de Grandpré, chanoine de Montauban, qui raconte le fait dans son histoire manuscrite de cette ville, assure pourtant (pie Chamier avoit été vaincu par un jésuite. »

Cette dispute de Lectoure contre un des coryphees du parti jésuite fut, on le voit, un événement d'importance, une véritable expédition, suivie de pompe triomphale pour le vainqueur ; et, quoique chaque adversaire ait pu, selon la coutume, se faire illusion sur le résultat, il parait bien que Charnier avait eu l'avantage. Pour se l'assurer envers et contre tous, il prit soin de solenniser lui-même sa victoire, en publiant le récit du combat, avec accompagnement de force petites pièces de vers, grecques, latines, françaises, sonnets, épigrammes, anagrammes et distiques en son honneur, si bien que le caruit quia vate sacro ne lui est certes pas applicable. Mais tout n'était pas dit : plus le succès de Chamier avait été éclatant, plus ses amis le célébraient avec allégresse , plus aussi le parti contraire devait contester sa défaite, chanter lui-même victoire et décocher à son tour aux huguenots une grêle de traits, à la mode des Parthes. C'est ce que les jésuites ne manquèrent pas de faire, et le père Garasse, qui ne pouvait laisser échapper une si belle occasion, se mit bientôt de la partie.

Voici d'abord la préface, en forme de lettre dédicatoirc, par laquelle Chamier ouvre sa Jésuitomanie :

SHù APPENDICE A LA VIE.

« A Messieurs les habitants de Lectoure, grâce, miséricorde et paix par Jésus-Christ nostre Seigneur.

" !\Iessieurs, les écriteaux de voire ville tesmoignent que vostre Tanropoliura se soleniiisait par l'immolation du plus brave taureau de la foire. Trouvez bon, qu'à la vue de vous tous je sacrifie l'impudence d'un Jésuite, le plus brusque de ceux qui par ces quartiers combatent pour les erreurs de Rome, combattu lui-même à la vue de vous tous. Vous l'avez : vous l'avez vu, je l'ai senti combattre à guise d'un taureau faroucbe, par violence sans raison; par fougue sans jugement; par opiniâtreté sans conscience. Vous l'avez vu. ^e l'ai senti, comme celui de Théagènes, démener ses membres en vain, découper pour néant le vide de l'air, et se lasser en sa perte : comme c'est l'ordinaire de qui, dévalisé de raisons fortes, s'équipe d'apparantes bravades. Aveugle celui qui n'a connu à cette fois, qu'on ne peut combatre la vérité que par fureur; qu'on ne peut pas mesme l'attaquer qu'après avoir dépouillé toute modestie, honnesteté, bumanité ; qu'encore avec tout cela, on ne peut tenir devant elle. Hors du sens ceux qui donnent encore leurs âmes en proye à tels désespérés. Le contentement m'en redouble, quand je repense que tout à coup j'ay eu en teste, outre le Jésuiste, un Evesque. Cet Evesque tant affamé de titres, qu'il les est allé chercher dans un autre monde, ne pouvant avoir patience d'attendre place vide en cetuy-ci, oti il fait estât de manger son pain plus alaigrement qu'au fond de l'Asie où les Turcs sont, à mon avis, peu dignes de son courage. Evesque qui, s'estant si avant intéressé en la dispute (après avoir si modestement cédé sa place ;i un autre) et y ayant tant aidé, ou tasché d'aider, ne peut justement refuser sa part de l'issue. Vous reverrez donc un Jésuite si malotru disputeur, qu'il ne soutint jamais ferme aucun sien argument, n'en réfuta jamais un des miens : Jésuite si, piètrement chrétien, que jamais il ne m'attaqua ; fort peu souvent essaya de se défendre par l'Escriture : qui des Pères mesraes ne prenoit que le nom pour piafer. Tout cela vous fera juger aisément du mérite de toute l'action. Et vous en sera plus aisée la remarque maintenant qu'à la chaude : pour ce que la vive voix courant tout jours, emporte la matière quant et soy, faisant tort à la mémoire : et les objets présents esmeuvent : offusquent le jugement. Là ou l'escrit, demeurant ferme, donne au tant de loisir qu'on veut pour bien rapporter les parties, tant longues, tant diverses soient-elles : puis hors de trouble, laisse un esprit tout à soy. Je m'asseure sur cela : sans craindre mesme ceux qui engagent leur conscience par des considérations toutes autres que de la raison, laquelle ils ne veulent pas mesme escouter : à quoy paroist qu'ils ont bon besoin que Dieu leur dointautanl de bon sens, comme ils pensent en avoir. Mais je me doute que

ce ne soit la vérité du dire tant ancien, qu'à ceux qu'il veut perdre touf à fait il oste le sens niesme qu'ils ont : comment saint l'aul nous parle de l'efficace d'erreur en ceux qui périssent, pour n'avoir voulu recevoir l'amour de la Vérité pour eslre sauvés. Horreur qui nous vengera, plus que nous ne voudrions, de ceux qui aveuglés des J)ayes (sic) de ce monde ne veulent pas savoir discerner la nuit du midi. Pitié! que de ceux le nombre en soit si grand. Mais il en restera assez et pour glorifier la miséricorde du Christ, et pour consoler ceux desquels on se moquera, seulement jusqu'à ce que leur Rédempteur paroisse. Voire, Seigneur Jésus, viens. »

Immédiatement à la suite de cette lettre-préface et sous le titre de « La Maistrise des Jésuites, » Charnier, comme pour remplir une page blanche, et en guise d'épigraphes, place le texte et la traduction de trois pensées tirées de trois Pères de l'Eglise : « Il ramassoit en un tas tout ce qu'il pouvuit rencontrer, faisant pour se défendre misérablement : non le prenant en pureté, mais pour prétexte de sa révolte. » (Epipii., Hxr., 54.) — « Leurs raisons sont telles que peuvent estre celles de gens qui sont en colère : lesquels pour l'aveuglement passionné de leur ratiocination, n'espargncnt rien pour se venger de qui les importune. » (Basil., de Spirit., c. 15.) — « Où se trouve l'impudence, elle ne cherche que de dire quoy cpie cesoit : non pour rien dire à propos, mais seulement pour dire. » (CnuvsosT., m Jet, hom.^ 4.)

Puis après un errata vient encore cette autre citation, sous le titre de Plainte des Catholiques : « Que voulez-vous que nous fassions de vous, ipii, lorsque nous vous parlons d'escouter patiemment nostre cause et la vostre, toute la finesse que vous y savez, c'est de faire les superbes et les enragés?» (S. Augustin, Epist. 166.)

Les Actes de la Conférence occupent les 479 premières pages. Le reste du volume, jusqu'à la page 234 où commencent les pièces de vers, est rempli par une conclusion intitulée : Les Advantages de la vérité.

Charnier nous apprend, dans les préliminaires, que « le sieur Pereri, ministre de l'Isle-Jourdain, ayant donné parole à 31adame de Fontrailles (femme du gouverneur de Lectoure), qu'il souliendroit à tout jésuite, et autre, qu'il ne sçauroit prouver par saint Augustin, ou autre docteur de ce temps, ni sur la réalité du corps de Jésus-Christ au sacrement de l'autel, ni la transsubstantiation, » le révérend père Alexandre Regourd, de Toulouse, vint à passer par Castillon le premier jeudi après Pâques de cette année (161 8), et fut prié par ladite dame « de vouloir démontrer ce que dessus contre le dire dudit Pereri. » Le père accepte. Mais Pereri était absent, cela entraîne (juelques délais; la nouvelle parvient à Montauban, « Charnier s'oflre pour disputer, »

et bieiitùl « la partie se noue, » du consentement de M. de Fontrailles, pour le 46 mai, ù Lectoure (1). On convient des règles de la conférence et du sujet : le jésuite s'engage à prouver la fausseté de cette proposition avancée par Charnier : « sçavoir est que la seule Escriture sainte prise en langue originaire est le souverain juge es controverses de la foy. » Cette question vidée. Charnier devait soutenir cette seconde thèse, que « l'Eglise catholique, apostolique et romaine, telle qu'elle est aujourd'hui, contraire en foy et croyance, à la vraie Eglise ancienne, " et le père Regourd devait traiter ensuite le sujet de l'Eucharistie. Les juges étaient, avec M. de Fontrailles, MM. de Long, juge-mage d'Armagnac; de Lucas, juge criminel; de Pérès et de Villate, conseillers de la religion catholique ; et MM. de Garros, lieutenant principal ; <le Haumont, lieutenant particulier; de Fabre, conseiller; et de Casaus ministre de la religion réformée. ÎNous laissons les deux champions s'escrimer d'estoc et de taille avec leurs syllogismes et leurs enthymèmes, nier, concéder distinguer, sur l'antécédent ou le conséquent, la majeure ou la mineure.

11 y eut cinq journées, ou seances. Le -20 mai, Charnier réfuta cette thèse présentée par le jésuite , que « l'invocation des saints ne contrevient point à l'Escriture, à la raison ni à l'advis commun des saints Pères de la vraie Eglise ; » et le lendemain, le jésuite combattit cette autre thèse de Charnier, que '< la présence corporelle du corps de Christ nest point au signe de pain en l'Eucharistie, non plus que du sang au signe de vin. " A la discussion se mèlaienl nécessairement parfois des traits piquants. Citons entre autres ce passage (p. 1 42) auquel il sera fait allusion plus loin :

« Le ï^iEiR Jésuite. Les hérétiques, disuit sainct Ignace, sont ôusi â/ujrizoi xai a/wTTîî àvôîojrri/xtyai : c'est pourquov souveut TEglisc les a contraints de parler plus expressément, (lu'elle n'eust fait autrement : tellement que Pélagius, Nestorius, Entichés, ot semblables. Pour Berengarius on a jà dit, que le corps de Christ estait rompu sensuellement : mais soubs un signe plein, non point de par soy et précisément, si que lésion luy en reviene. La cause de cete façon de parler extraordinaire, quoy qu'elle se trouve dans les anciens a esté desduite. Je croy que le sieur Chamier s'en veut prendre au sens, non aux paroles : veu mesme la saine explication, qu'il a advoiié

(1) Non-seulement du consentement de Fontaiiles, mais avec sa coniiivericc. « Les jésuites alors tâchaient de se glisser dans les places de sûreté (1618). Regourd ayant élé envoyé à Lectoure par Tévêque, en qualité de prédicateur, le Roi trouva mauvais que les consuls lui eussent fait sommation de se retirer, alléguant la qualité de la place. Il écrivit aux habitants qu'ils eussent à souffrir le séjour et la prédication du jésuite, et qu'il espérait qu'il se tiendrait dans les termes des edits » (Benoit, II, 257). « Tout nouvellement (1619) à Lectoure, le jésuite Regourd, de la bonne conduite de qui le Roi avait répondu, avait enlevé un jeune enfant de dix ans... Les catholiques enlevaient impunément les enfants des réformés » (W. 11,277).

1018. DISPUTE DE LEcrounE. 353

dans la Glose : partant estimant, qu'il ne veut briser icy sur cet incident, j'argumente de l'autorité de sainct Grég. de Nysse en sa Catéchèse, chapitre 37, où on remarquera : '1° l'ancieneté de l'auteur, qui a assisté au premier Concile général; 2° qu'il fait une Catéchèse, et prend à tascho. et à pris-fait d'expliquer tout exprès le mystère de l'Eucharistie. Or il dit, I. que le corps du Sauveur entre dans nos corps, et dans nos entrailles d'une façon, qui ne se peut faire, que par le boire, et par le manger : que comme le pain se change au corps du Sauveur se nourrissant de mesme par la vertu transmutative de Dieu, ce mesme pain se change au mesme corps : Que comme le levain se peslemeslange avec la paste, ledit corps entre dans nos membres : Que non-seulement il y entre par foy, mais encore per carnem : Que comme l'antidote s'applique au corps empoisonné, de mesme le corps de Christ s'applique à nos corps envenimés de la mortalité: et que nonseulement il y a ce voisinage de son corps au nostre selon l'âme, mais aussi selon le corps et la chair. Qu'il y a transelementation en vertu des paroles c.onsécratives ; que, comme les liqueurs se versent dans les autres, de mesme le corps de Christ entre dans le nostre; qu'avant la consécration le pain est le corps de Christ en puissance, mais après, qu'il l'est eftectuclement non moins qu'avant qu'il mangeast durant sa mortalité le pain estoit son corps en puissance et par la manducation et digestion estoit fait son corps réeleraent. Dont j'argumente : Sainct Grégoire de Nysse ne peut avoir tenu ce discours sans avoir eu la mesme croyance, qu'aujourd'huy l'Eglise romaine touchant la réalité et transsubstantiation, et sans avoir estimé qu'il y ait eu approche réelc de la substance du corps de Christ avec le nostre. et non -seulement ligure ou présence par foy. Donc, etc. Car je suppose que le sieur Chamier, niant l'antécédent, qui est basti de majeur et de mineur, nie la partie la plus contestée entre nous, ou sinon qu'il l'explique.

Le sieur CnAMiER. Premièrement je suis marri, que le sieur Jésuite ait coupé la queiie aux Renards de sainct Ignace : ayant dit uJaiza pour «Aw- 7r>7>:£î. Je passe ce qu'il dit des anciens hérétiques, la réfutation desquels il compare à celle de Nicolas contre Berengarius : ce que je say bien n'eslre pas. Sa mémoire l'a un peu trompé, quand elle luy a fait croire que j'ay advoué, comme saine, l'interprétation de la Glose; car je la tiens non-seulement fausse en doctrine, mais aussi impertinente sur les paroles de Nicolas. Je vien à Grégoire de Nysse, sur la personne duquel je ne m'arresteray point, encore qu'il est certain qu'il a esté origénistc, et a soustenu expressément que les hommes après la mort sont purgés et rappelés à la béatitude éternelle. Passe toutesfois. Mais je di que, quand il auroit dit ce que monsieur le Jésuite prétend, il n'y auroit nulle force en son dire contre les autres docteurs anciens. Car sainct Hiérôme, allégué par Gratian en la 2^ dist. de Cons, can., De hac quidem, dit notamment que de l'hostie, qui

se fait miraculeusement en la commémoration de Christ, il est permis d'en manger; mais de celle que Christ a offert à l'autel de la croix, il n'est permis à aucun d'en manger selon elle. Or mettre le corps de Christ dans les membres en sa propre substance, comme le dit le sieur Jésuite, c'est prendre cete hostie selon elle-mesrae. Sainct Augustin aussi, sur le Ps. 98 (que j'achèveray d'alléguer après la longue interruption qu'on a fait à mon propos), dit clairement : Fous ne mangerez point ce corps que vous voyés, et ne boires point ce sang que doivent respandre ceux gui me crucifieront... » (Page 142.)

C'est à cette séance du 20 mai que se termment les Actes de la conférence. Cet ouvrage étant très rare, nous reproduisons en entier Ja conclusion, qui explique pourquoi on s'en tint là, et contient de curieux détails sur la physionomie du débat :

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