CHAMIER AU SIEGE DE MONTAUBAN. SA MORT
113, 134, 171, 174; mais il n'a pas traduit ses extraits littéralement, il y a mêlé aussi de son style (notamment à la page 175 ci-dessus), en sorte qu'une simple transcription du texte original n'eût pas été possible. Voici le passage relatif à la mort de Chamier:
« Nous réputasmes nostre perte plus grande, non pour le nombre des morts qui ne passait pas dix, ains à cause de M. Daniel Chamier emporté d'un coup de canon à l'entrée du bastion de Paillas. De ses amis lui ont ouï dire qu'il croyoil de mourir en ce siège d'un coup de canon, et deux jours auparavant il avait failli d'en estre touché dans sa maison : mais ce dimanche matin il prophéllza par accident ce qui lui advint sur le soir. Josion, son collègue lui demanda au temple si ce n'estoit point à lui de prèscher à l'après-dinée. Nullement, dit-il, ne sçavez-vous point que c'est le jour de mon repos'? On remarque encore qu'en sa prédication du jour pré cèdent, sur le 34« v. du 27« d'Esaye, il appliqua à Montauban la promesse de délivrance que fit le prophète de la part de Dieu à Jérusalem assiégée par l'armée de Sennacherib, répétant avec grande véhémence ces mots : Non, non, ils ntj entreront pas, ils s'en retourneront par le chemin qu'ils sont venus. Ainsi, il laissa pour lors ses auditeurs pleins de confiance contre, les appréhensions du siège, et le lendemain la mort les remplit de regrets pour la grande perte qu'ils faisoient. L'ennemi au contraire qui la sceut presque si tost que nous, lesmoigna par les brocards qu'il nous donnoit la nuit combien ce coup lui estoit agréable. Mais certainement, c'est la folie des plus grandes folies qui puisse tomber en l'esprit de l'homme, d'estimer que Dieu conduise ses œuvres et ordonne de la vie et de la mort selon les passions et affections qui nous agitent. Les effets de la Providence sont plus hauts que le sens et la raison humaine ne peut atteindre. Cecy est digne d'admiration : ce grand personnage meurt en lieu où il sembloit que nul coup de canon, nul coup de mousquet ne pouvoit venir et se trouve frappé d'un boulet marqué d'un C. El au mesme basiion, dans le milieu du danger, un autre boulet tranche la coupe du chapeau d'un soldat et le poil de la teste plus net qu'un rasoir sans lui entamer la peau. Je dis ce que j'ai vu et ne puis pénétrer dans la raison de ccste diversité, qu'un coup soit si désastreux et l'autre si favorable. Il faut donc se taire, puisque Dieu l'a voulu ainsi. ))
On lit dans les Mémoires du marquis de Castelnaut, publiés avec ceux du maréchal de Caumont La Force, par M. le marquis Ed. de La Grange (Paris, 1843, 4 vol. in-8°):
« Le prince de Joinville avait fait une tranchée qui allait droit au bastion de Paillas et avait mis une batterie au delà de Tescou, qui avait ruiné en
quelque façon ledit bastion. Les gens du roi dressèrent une autre batterie contre la muraille de la ville entre ledit bastion et le 3Ioustier... Ils se résolurent d'y donner un jour de dimanche (17 octobre 1621), et monsieur Chamier, pasteur du lieu, voulut être du nombre des opposants, un épieu à la main, mais malheureusement, car il fut emporté d'un coup de pièce qui lui donna dans l'estomac; et il se rencontra que plusieurs l'ayant vu auparavant e* cet état et lui disant : Comment, Monsieur, vous êtes là! — Oui, leur répondait-il, car c'est aujourd'hui le jour de vion rejws. Voulant dire qu'il ne devrait pas prêcher ce jour-là, car il y avait beaucoup d'autres pasteurs, et il ne songeait pas que quand et quand il prédisait sa mort, car véritablement ce fut là le jour de son repos »
L'historien Scipion Dupleix exprimait d'une manière heureuse le sentiment qui accueillit parmi les prolestants la mort de Chamier, lorsqu'il écrivait dix ans plus tard " qu'il fut autant regretté de ses coreligionnaires « que s'ils avaient perdu une des meilleures places de sûreté qu'ils tinssent « en France. »
« n est constant, dit un autre auteur, que si le ministre'Chamier n'eût été « emporté d'un coup de canon sur les bastions de Montauban, cette ville « n'auroit pas été moins difficile à prendre que La Rochelle. « {Réflexions historiques et politiques^ (tic. Leide, 1739.in-12, page 197.)
Voici la courte notice que Quick avait consacrée à Chamier au tome I'"', page 258, de son Synodicon, en renvoyant dès lors à ses Icônes.
Remarks upon the deputies of this Synod (of Gap).
M. Daniel Chamier was the son of a worthy minister in Dolphiny, who riding to a provincial Synod, was drowned. His son Daniel is, in common discourse among the French ministers, styled the Great Chamier. A man of vast learning, great prudence, and indefatigable industry; very dear unto and highly esteemed by their national Synods, to which be was frequently deputed, chosen scribe in that of Gergeau, and moderator in two moderator in two national Synods, of Gap and Privas. He was killed at the siege of Montauban (where he was Pastor and Professor of Divinity), with a canon bullet, having a C, on it (being the hundreth that was shot against the town), upon the Lord's day, the day, as he said, of his rest; and in deed, God took him into his eternal rest, as he did Elijah, by horses of fire and chariots of fire. He hath so learnedly confuted the papists in \)\sPanstratia catholica, that none among them ever undertook to answer it. There be also printed his Epistolx jesuiticx, and his Corpus theo-
1622. VERS ET PAMPHLETS PUBLIES SCR CHAMlEll APRES SA MORT. 391
logix, and in french : La confusion des disputes papistes. There is also an answer of his to some questions of Cotton the jesuile. But of him more in my Icônes.
1633» — Vers et pamphlets publiés sur Charnier après sa mort.
— Page 191.
Nous n'en avons pas fini avec le père Garasse. Dans la violente satire qu'il publia en 1622 contre Etienne Pasquier, sous le titre de Recherches des recherches, il trouva moyen (page 550) de faire resservir le huitain cité ci-dessus, page 379 : Je ne m'étonne si Charnier, etc.
'< Si le Rabelais huguenot, dit-il, n'étoit point si commun, j'eusse emprunté de luy et transcrit ici une douzaine d'épigrammes... et encore ne puis-je clore ceste section que je n'emprunte de luy l'épigramme de Charnier, duquel j'ay la mémoire fraische à l'occasion de Montauban où le pauvre homme s'esgorge de crier et souffle comme quatre moulins, animant les rebelles au désespoir par ses harangues séditieuses. Tout ce qui luy fasche c'est de voir le râtelier un peu bien haut et la pitance mesurée, luy qui n'avoit pas coutume, non plus que le parasite de Plante, de faire ce meschanl mestier que de mourir de faim. 11 faict néantmoins de nécessité vertu et ne cesse de citer toujours ses autheurs ordinaires, qui sont Calvin et Valable, car il est écrit là dedans :
Je ne m'estonne si Charnier, etc. » ,
« J'adjouterois volontiers à cela que le roy faict des miracles autour de ce bon gros ministre, pour ce qu'il le faict travailler sans manger, prescher sans croire ce qu'il dit, et crier sans boire, qui est pour luy un nouveau purgatoire et un martyre bien cruel. »
D'après ce passage, Garasse écrivait sans doute pendant le siège de Montauban, et avant que la nouvelle de la mort de Charnier fût connue. 11 le nomme encore dans un autre endroit du même goût, page 875 :
« Je vous advise, dit-il.
Qu'entre tous les abus c'est chose insupportable,
Quand Charnier me reprend d'estre trop long à table... »
Nous avons rencontré un autre pamphlet de cette même année intitulé : Pie2ise remonstrance de Charnier, viinistre de Montauban à ses frères en Christ. Docebo iniquos vias tuas et impii ad te convertentur. Psal. L. Jouxte la coppie imprimée à Nismes. A Paris, chez Mathurin Hénault,
rue Clopin, devant le petit Navarre, MDCXXII (plaquette in-8° de 13 pages). C'est une assez plate exhortation à la paix, mise dans la bouche de Charnier et terminée par des stances à la louange de Louis XIII, qu'on excite à « punir aspremenl les Rochelois. » C'est tout ce qu'il y a à en dire.
Le tome VIII du Mercure François rapporte (page 603) une pièce de vers dégoûtante, mais caractérisque, qui fut faite sur la mort de Charnier. <> Les catholiques, dit l'auteur des remarques sur la Confession de Sannj, se vengèrent sur le ventre de cet homme mort, des maux que son esprit, sa doctrine et sa fermeté leur avoient faits pendant sa vie... Ne serait-ce pas au reste le père François Garasse, jésuite, qui auroil fait ces vers? Ils sont si semblables en style, en élégance et en gentillesses à ceux dont il a parsemé son Rabelais réformé, que je ne sais si d'en douter un moment ce ne seroit pas faire tort à sa mémoire. Quel dommage que ce père également judicieux et spirituel n'en ait point fait pareillement sur Scipion Rebiba, cardinalarchevê(iue de Pise, qui mourut de graisse âgé de cinquante-trois ans en l'année 15û3. » Voici cette pièce :
Charnier avoit basti si fort Son gros ventre contre la mort Pour se rendre à elle imprenable, Que pour avoir le compagnon, Elle a eu besoin d'un canon.
Sa faulx n'estant assez capable.
Ce ventre estoit si gras et gros Qu'il pensoit qu'un seul de ses rots Feroit plus qu'un coup de tonnerre; Mais la mort sceut si bien tirer, Quoique aveugle, que sans mirer Elle mit le vilain par terre.
Ce ventre avoit pour boulevard
Deux grands pies et demi de lard
Et plus d'une toise de fosse,
De largeur vingt ou trente empans;
Mais il n'y a place en ce temps ,
Qu'un boulet de canon ne fausse.
Ce ventre lui servoit de four, De pulpitre, fifre et tambour, Car il avoit toute figure :
Mais one n'avoit presché si haut, Ni jamais cuit paste si chaud, Ni battu si fort la mesure.