LA DOCTIUNE CURIEUSE PU PERE GARASSE
Il a fait pourtant en crevant Plus qu'il n'a fait de son vivant, Ce gros et gras tripier d'oracle; Quand vif ne pouvant presque aller, Mort il se vit en l'air voler, N'est-ce pas avoir fait miracle?
La mort doncques a fait très bien, Puisque Charnier n'aïant fait rien Digne d'honneur durant sa vie, D(i l'avoir mort canonisé.
D'avoir son gros ventre brisé, Et purgé sa panse pourrie.
■ Ainsi ce gros ventre farcy A senty dès ce monient-cy Le feu d'un nouveau purgatoire, Sçachant bien qu'après son trespas Il brusleroit un peu plus bas Qu'ca l'aultre qu'il n'avoit peu croire.
Dans le Catalogue des Dauphinois dignes de mémoire, par Colomb de Batiiies (Grenoble, 1840, iii-S"), nous voyons encore mentionnée une Epitaphe anagrammatique de Daniel Charnier, gros et gras ministre de Montauban. Montauban (?) 1621 (pet. in-8° de 7 pages). Nous n'avons pu obtenir communication de cette pièce, qui doit se trouver à Grenoble.
1023* — La Doctrine curieuse» du père Garasse. Extraits relatifs à Cliamicr. — Page 191.
Encore une dernière fols notre père Garasse, avec ses aménités accoutumées. Il n'aurait eu garde d'oublier Charnier dans son ouvrage capital publié en 1623 : La doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps, ou prétendus tels, contenant plusieurs maximes pernicieuses àVEtat, à la religion et aux bonnes mœurs, combattue et renversée par le P. François GarassuSj de la Compagnie de Jésus. Paris, 1623, in-4° de 1023 pages. Voici les quatre passages où Charnier a l'honneur d'être cité par le burlesque jésuite :
« Il me souvient que le gros homme Chamier, ministre de fliontélimar, en ses Epîtres jésuitiques, se moque d'un docteur cordelier, lequel, en dispute réglée, lui dit, étant question des mystères de l'Eucharistie : Crede,
et intelHges, Croyez et vous entendrez ; il renvoyé cette maxime, l'appelant une maxime monachale, et dit que ce docteur mettoit la charrue devant les bœufs, car il falloit à son advis dire : Intellige, et credes. Or, je dis que ce bon ministre se trompoit lourdement, car l'intelligence est le fruict de la créance, et non pas au contraire. » (Liv. II, sect, X, page 262.)
« ... J'ay vu des malices étranges et des bêtises signalées ; pour la malice elle- se voit dans les ministres dogmatisans, comme sont Du Moulin, Charnier, et quelques autres, lesquels lisans Saint-Thomas et Bellarmin, prennent les objections pour les solutions et les interrogants pour les réponses, et se flattent là-dessus ; ou plutôt en personnes méchantes et malignes, trompent et abusent les pauvres unies, leur donnant du plomb pour de l'or... « (Liv. II, sect. XIV, p. 103.)
• ... Daniel Charnier, ministre de Montélimar, répondit en tennes plus profanes et sacrilèges encore que ceux de Mahomet, étant enquis par un homme d'honneur, « Que c'est que nostre Seigneur faisoit en son bas âge; « car il répondit, au rapport de Jaques Gautier, dans sa Chronologie, « Que Jésus-Christ badinait avec sa mère. » (Liv. III, sect. XYIl, p. 304.)
• ...Si je n'avois honte de m'entretenir si longtemps en leurs impertinences (des ministres), je pourrois faire des livres entiers touchant les fautes ridicules de leur philosophie... Charnier ne fust jamais venu si gros, et Du Moulin n'auroit pas le loisir d'ajuster sa rotonde et de peigner sa tête chauve ni de lire Rabelais, s'il falloit étudier ces mornes et mélancholiques questions de philosophie... » (Liv. V, sect, XI, p. 530.)
1623. — Postérité de Daniel Charnier. — Pages 97, !03.
Ainsi qu'on le voit dans le tableau généalogique annexé à ce volume, Daniel Charnier avait eu de son mariage avec mademoiselle de Portai, qui lui survécut (1), un lils et trois lilies. C'est de ce fils, Jdrien, né vers 1590, qu'il est question ci-après. Quant aux filles, on lit dans la lettre de Madeleine Charnier (arrière petite-fille de Daniel), déjà citée ci-dessus, p. 305, qu'elles furent toutes trois mariées à des ministres. Nous ajouterons ici,
(l) A l'art. 12 du chap. XXXII des actes du Synode national tenu à Castres en 1626, on lit que 700 livres avaient été délivrées par le receveur des comptes de la province du Haut-Languedoc « à Mademoiselle Charnier, pour l'année de son veuvage. »
1623. ADRIEN CHAMIER AU SYNODE NATIONAL DE CHAtlENTON. 395
pour reclifier et compléter ce qu'en dit Quick, que l'une d'elles (Marguerite) avait été mariée en 1619 à Philippe de Nautonnier, sieur de Castelfranc (1), pasteur à Montredon, dans le Castrais. Elle eut deux fils, dont l'un, Jacques, était en 1659 pasteur à Angers, et deux tilles, dont l'une épousa M. Testas, père de celui qui, après avoir été pasteur de l'Eglise de Poitiers, desservit à la révocation de FEdit de Nantes l'ancienne Eglise française de Londres. Nous trouvons, en effet, le nom d'Aaron Testas sur la liste des ministres de l'Eglise wallonne de Londres, à la date de 1687 (J.-S. Burn, History of the French, etc., protestant refugees settled in England, etc. London, 1846, in-8", p. 35).
1623. — Adricu Charnier au Synode uatioual de Charenton.
— Pages 81, 97.
Adrien Charnier, qui avait succédé à son père comme pasteur de l'Eglise de Montélimar, fut un des députés de la province du Dauphiné au synode national tenu à Charenton, du 1^'' septembre au l""" octobre 1623.
A la suite des Actes de ce synode {Sijnodicon, l. II, p. 153), Quick lui avait déjà consacré cette mention :
« Adrien Charnier était le digne fils du grand Charnier, et le troisième pasteur de la famille. J'ai connu six de ses petits-enfants, tous savants el pieux ministres, exilés de leur patrie pour la cause de Christ. Le saint ministère s'est conservé dans cette famille pendant six générations. M. Léger, pasteur des vallées vaudoises du Piémont, dit que le ministère était dans sa famille depuis plus de quatre cents ans, et que son grand-père prêcha encore étant âgé de plus de cent ans (Hist. gén. des faiidois, livre II, page 360). Adrien Chamier, à cause de sa prudence et de sa grande capacité à traiter les affaires synodales, fut élu député à plusieurs des Synodes nationaux. 11 succéda à son père dans les fonctions de pasteur à Montélimar. Si Dieu me prête vie, je parlerai de lui plus au long dans mes Icônes. »
(1) Et non Castelnuu, comme on Ta imprimé par erreur dans le tableau généalogique.— I^e nom de famille était De Nautonnier. Casaubon, dans une lettre latine à J.-l. Scaliger, parle avec éloge du ministre de Vènes, en Quercy, J. de Nautonnier, savant en mathématiques et en astronomie, auteur d'une MécograpJde du Guide-Aimant, on nouvelle méthode pour apprendre les longitudes, (]ue lui-même appelle sa Mécoméirie dans une lettre écrite à Scaliger en 1606, datée fce Castelfranc et signée /. De Nautonnier (Ep. franc, à M. J.-J. de ta Scala, p. 475). La France prolestante (t. VI p. 546) le nomme Le Nautonnier. Mais nous voyous encore figurer comme témoin dans un acte de 1659 « noble Jacques de « Nautonnier de Castelfranc, de la ville de Castres, pasteur en l'Eglise réformée « d'Angers eu Anjou. »
Aymon (II, 323) n'a fait que copier Quick, sans le dire, dans ses « Remarques sur quelques-uns des députés, » d'où ce qui suit est extrait :
« Adrien Charnier étoit le digne fds du grand Charnier, troisième ministre suixessivement après son grand-père qui étoit un pasteur très pieux dans le Dauphiné. Cet Adrien Charnier étoit un ministre très éclairé et qui fut exilé pour la cause du Christ. Le ministère a été dans cette famille pendant six générations. M. Léger, qui éloit pasteur dans les vallées du Piémont, écrit que le ministère avoit été dans celte famille durant plus de quaire cents ans, et que le grand-père de celui dont nous parlons prêchait encore lorsqu'il étoit âgé de plus de cent ans. » (Voyez Léger, Hist, des Faudois, livre II, p. 360.) (1).
On trouve au tome 469 de la collection des manuscrits Dupuy (Bibl. imp.) une sorte de note de police intitulée : Remarques sur quelques articles du synode national que ceux de la R. P. R. ont tenu à Charenton, en septembre 1623, et parmi ces remarques il en est une ainsi conçue :
« Dans le nombre des portions (des deniers du Roy) de la province du Dauphiné, on en a faict glisser deux pour Chamier, ministre du Montélimar, qui valent quatre cents livres, en considération de ce qu'il perdit son père à Montauban et du livre qu'il avoit presque parachevé et qu'on va mettre soubs la presse à Genève, à l'intitulé : Corpus controversiarnm. »
1634:. — Démarches d'Adrien Charnier à GenèTe^ pour l'impression du ^rand ouTra;;e de controverse de son père. —
Pages 155, 304, 36, 310, 325, 335, 344, 383, 159, 199.
Simon Goulart, écrivant de Saint-Gervais (Genève), le 17-27 de février 1606, à Joseph Scaliger, lui disait : « M. Chamier travaille fort
aux controverses. S'il poursuit selon ses commencements et s'il trouve imprimeurs à poste, il nous donnera autant de volumes que Baronius en
(I) Voici repassage qui complète aussi ce que dit Quick (ci-dessus p. 81. ligne 22) : « [Descendant des Laurens, des Hostains, des Pascals], j'eusse aisément pu « faire voir par une lij^Mie sacerdotale continuée depuis plus de quaire cents ans, « connme raiche d'alliance a toujours été logée en notre maison, et mes ancé- « très employés à la charge du sanctuaire, si les funestes embrasements de l'an « 1653, dont je n'ay pu sauver une seule feuille de papier, ne ni'empèchoient « maintenant de tirer nettement et sûrement cet arbre... [Histoire générale des Eglises éuanyétiques des vrdlées du Piémont ou Vaudoises, etc. /jnr Jean Léger, pasteur et modérateur des Eglises des Vallées, et depuis ta violence de la persécution appelé ù V Eglise wallotine de Leyde. A Leyde; 1669, in-fol. p. 360.)
1624. DÉMARCHES d'aDUIEN CHAMIER A GENEVE. 397
ses légendes ou légendes ecclésiastiques qu'il surnomme Annales »
[Epistres françaises des personnages illustres et doctes à M. Joseph Juste de la Scala, mises en lumière par Jacques de Rêves. 4624, à Harderwyck, in-12, p. 445.)
On a vu (ci-dessus, p. 304) que le synode national de La Rochelle, tenu en mars 1607, avait exhorté Daniel Chamier à « continuer ce qu'il avoit commencé en réponse aux ouvrages de Bellarmin, » et que le 22 novembre suivant, interrogé par le père Colon, à Fontainebleau, sur le degré d'avancement de son travail {ibid., p. 36), il disait qu'il « espéroit d'achever bientôt le second tome. » Mais il se plaignait en même temps « d'en être si détourné. » Le synode national de Saint-Maixent, en mai 1609, le louait de sa diligence et concluait à ce que son ouvrage fût achevé pour être donné au public en son entier {ibid., p. 310). Le synode de Privas, en mai 1612, l'exhortait à « parachever et mettre en lumière les trois premiers tomes tout d'un coup » {ibid., p. 225). Celui de Tonneins, en juin 1614, ordonnait qu'ils fussent examinés avant l'impression {ibid., p. 335). Entin, celui de Vitré, en mai 1617, chargeait d'abord les consistoires de Paris et de Lyon de procurer l'édition des trois volumes terminés, puis celui de Saumur de traiter expressément avec le célèbre imprimeur de cette ville, Thomas Portau, dont il agréait, les offres, en réglant même les conditions du contrat {ibid., p. 344). Mais rien n'avait encore paru en 1 61 8, et le libelliste Bourguignon ne manquait pas de railler à ce sujet {ibid., p. 383). On voit cependant que Chamier n'était pas en faute. Il n'eut pas la satisfaction de voir imprimer de son vivant le grand travail. Son fils Adrien s'employa à remplir ce pieux devoir. La note sur le synode de Charenton qui vient d'être citée annonçait déjà que l'ouvrage allait être mis sous presse à Genève sous le titre de Corpus controversiarum. Ce dernier point du moins était inexact. Voici où en étaient les choses en avril 1624, d'après les archives de la Compagnie des pasteurs, dont nous devons plusieurs extraits à l'obligeance de M. Archinard.
(Registre F, p. 68 verso), 23 apvril 1624 : «Monsieur Chamier, pasteur en l'Eglise de 3Ionlélimar, s'estant présenté à la compagnie lui a fait entendre que la cause de son voyage on ceste ville estoit le dessein qu'il avoit de faire imprimer les œuvres de feu M. Chamier, son père, et que quoiqu'il eust esté recerché de divers endroits pour ceste impression, néantmoins il avoit regardé plustost à ce lieu : 1" à cause que feu son père avoit mis ses premiers et plus solides fondements de ses estudes en ceste ville ; 2° à cause qu'il croit qu'il se pourra ici imprimer plus fidèlement; 3° à cause de la débite. Parquoi pour faciliter son dessein imploroit l'aide et assistance de la compagnie de laquelle il requéroit trois choses : 1° de lui aider à traiter avec
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qiu'lcnn à conditions raisonnables et advantageuses; '2" que les conditions faites soient observées ; 3° prioit que quelques-uns de la compagnie prissent la peine de revoir ces escrits et d'y adjouster les animadversions nécessaires, et qu'il se promettoit de la bienveillance de la compagnie.
«Sur quoi lui a esté respondu que la mémoire de feu Mons^'son père nous estoit si agréable, que tout ce qui procédoit d'un tel personnage nous estoit aussi très clier, partant qu'en tesmoignage de cela, la compagnie lui offi'oit toute aide et bienveuillance, et s'employeroit ;i son affaire de son pouvoir à ce qu'il en eust contentement. Quant aux poincts requis par icelui, la compagnie a advise : 1° qu'on iravailleroit à trouver quelcun qui se charge de ceste impression, et traicter des conditions au meilleur et plus grand advantage pour M. Charnier qu'il seroit possible, et pour ce faict Messieurs Goulart, Diodali, Tronchin, Dupan, députés pour s'y employer au plustost, soit en parlant à la compagnie de Messieurs les libraires, soit au sieur Rovière, soit à quelque autre, et qu'on tiendroit main à ce que les conditions faites fussent fidèlement observées. En outre la compagnie a trouvé bon que le livre soit veu par Messieurs les professeurs en théologie avant l'impression.
« Le vendredi suivant a esté rapporté que Monsieur Chamier avait traicté avec Madame Rovière à 400 1., assavoir 100 1. argent comptant, et 1001. en livres, et 200 en exemplaires dudit livre après l'impression. »
1635. — Liettre d'Adrien Chamicp à Paul Ferry. — Pages 155, 199.
Cette lettre, provenant des papiers de la succession du comte Emmery, de Metz, vendus en 1850, appartient à M. Ath. Coquerel fils, qui nous l'a communiquée.
A Monsieur Fernj, F. M. de C. A Metz (1).
Monsieur et très honoré frère,
Cognoissant quelle est mon infirmité, je n'eusse jamais osé espérer tant de bonheur que d'estre en vostre souvenir, moins d'estre favorisé do l'honneur de vos lettres lesquellees plines des tesmoignages de vostre amytié ont rempli mon cœur de joye et de consolation, et augmenté le désir de vous rendre le service que je vous ay voué et que je crois estre
(1) .\n dos pst écrit df; la main de Ferry : « R. (reçue) le 13 Juin lG-25. Respondu le 20 sept. »