‹ 1564-1621, Daniel ChamierChapitre 61 sur 80 · II. Daniel (deuxième du nom), dont il sera parlé ci-après · texte numérisé non relu

II. Daniel (deuxième du nom), dont il sera parlé ci-après

On lit dans la lettre de Madeleine Chamier, déjà citée : « Le fils de Daniel Charnier fut nommé Adrien. lia prêché à Montélimar. Fort aimé et regretté, il laissa deux fils et cinq filles. L'aîné de ses fils fut un très habile avocat; le second très digne ministre, extrêmement aimé : c'est mon cher père. J'étois fort jeune quand il mourut ; il n'avoit que quarante-sept ans : grande perte pour sa famille.

«Mon père, M. Daniel Chamier, s'estoit marié le 10 d'octobre 1659 avec Mademoiselle Madeleine Tronchin, ma mère. Elle étoit née à Genève en 1628, la même année que son mari. Ils ont eu six enfants. Le premier fut nommé Daniel; né le 11 de janvier 1661, il fut présenté au baptême par son grand-père Adrien Chamier et Madame de Baix, femme d'un conseiller à Grenoble. En 1662, je vins au monde, on m'appela Madeleine; en 1663, une autre fille nommée Marie; en ^667, un fils nommé Isaac; en 1669, une autre fille nommée Jeanne. Tous sont nés à Beaumont, l'Eglise de mon père.

« 3Ion grand-père Adrien Chamier mourut à Montélimar, âgé de 80 ans ; il avoit servi son Eglise cinquante-huit ans. Mon père fut appelé à la même Eglise après la mort de son père. Mais Dieu le retira en l'année 1670, le 29 de juin; il mourut d'une fièvre maligne, après quatorze jours de maladie. C'étoit l'homme du monde le plus doux, bien fait et plein d'esprit. Il avoit envoyé son fils aîné à Genève, au mois de mai de cette même année, où il fit ses études avec beaucoup d'approbation. Il fut reçu ministre à Neufchâtel, le 1" de juin 1686... »

Nous ne trouvons aucuns renseignements sur les cinq filles d'Adrien Chamier. Nous voyons seulement que de l'une d'elles descendaient messieurs Jean et Daniel Lyons, pasteurs des Eglises françaises à Plymouth et à Londres.

(1) Et non BourserUy comme on Ta imprimé par erreur dans le tableau généalogique.

1G83. — Postérité de dacqnes CThnmier, tils atué d'Adrien. Hort de son fils, avocat» martyrisé à lloutélimar. — Pages 105, 107.

L'aîné des fils de Jacques Charnier, appelé Adrien^ avait aussi embrassé le ministère évangélique. D'après Quick, il se réfugia en Angleterre à la révocation de l'Edit de Nantes, et mourut jeune encore dans le comté d'Essex.

Le second, Antoine (nommé Moïse par quelques écrivains), fut, comme son père, avocat à Montélimar, et sa mort est enregistrée par l'histoire, comme l'une des trois iniquités sanglantes qui signalèrent les premières dragonnades aux approches de la révocation de l'Edit de Nantes (1). 11 fut arrêté à l'occasion d'une assemblée religieuse qui devait se tenir au désert, près Bezaudun ou Bourdeaux, le 29 août 1683, et qui donna lieu ù un combat meurtrier entre les protestants et huit compagnies de dragons envoyés par Saint-Ruth pour les surprendre. Voici en quels termes un autre martyr contemporain de la même cause, Claude Brousson, raconte cette mort héroïque, au chapitre VII de son Apologie du projet des Réformés, où il est question de « l'admirable fermeté de plusieurs rompus vifs ou pendus en Dauphiné » :

«... Cependant comme on n'était pas satisfait d'avoir massacré, brûlé ou pendu quatre-vingts ou cent personnes qui avaient osé contrevenir aux défenses de prier Dieu, M. l'intendant ^e Dauphiné, assisté de quelques officiers catholiques, condamna le sieur Charnier ù être rompu vif. C'était un jeune homme de vingt-huit ans ou environ, fils d'un avocat de Montélimar, et arrière petit-lils du célèbre Chamier, qui était pasteur de Montauban. Il s'était trouvé au combat de Bourdeaux, où il avait défendu sa vie ; c'est pourquoi il n'y eut point de miséricorde pour lui. Les jésuites voulurent lui persuader d'embrasser la religion catholique-romaine, pour éviter de souffrir un supplice aussi cruel ; mais il protesta qu'il mourait avec plaisir pour rendre témoignage de la pureté de sa foi. Il bénit Dieu de ce qu'il lui donnait l'occasion de le glorifier : jamais on ne s'est présenté au martyre avec plus de sérénité. Il eut toujours le nom et les louanges de Dieu dans la bouche, et sa fermeté remplit d'étonnement tousles assistants. Celte horrible exécution fut faite dans la ville de Montélimar, où demeurait le père de ce jeune homme. Le sieur Coûtant, bourgeois du lieu de Saillans et syndic du consistoire de ce lieu-là s'était trouvé à un exercice fait dans un lieu interdit, et il avait été pris sous ce prétexte; mais parce que l'on eut quelque

(1) Voir Voltaire, Siècle de Louis XIV, chap. XXXVI.

1C83. POSTÉRITÉ DE JACgUES CHAUIER. MOUT DE SON FltS. 409

honte de faire mourir un chrétien et un homme de probité, pour avoir prié Dieu, on lui imputa d'avoir eu quelque relation avec ceux qui étaient attroul)és; et quoique l'on n'eût là-dessus que le témoignage d'un malheureux, qui pour des considérations mondaines avait renié la religion réformée, on ne laissa pas de le condamner à être pendu et à être auparavant appliqué à la question ordinaire et extraordinaire.

« Lorsque le jugement lui fut prononcé, il n'en fut point troublé; au contraire, il exhorta lui-même tous les autres prisonniers à être fidèles à Dieu et à imiter son exemple si Dieu les y appelait. En effet, il souffrit avec une constance admirable les tourments de la torture, à laquelle il fut appliqué par deux fois, et où ses membres furent presque tous déchirés. Néanmoins il n'avoua rien de ce qu'on lui imputait; et lorsqu'il fallut le mener au supplice on voulut le mettre sur un tombereau, mais il n'y voulut pas monter, disant qu'il sentait que Dieu lui donnait assez de force pour aller à la mort, nonobstant le cruel traitement que son corps avait souffert. Il y alla donc avec une si grande résolution et en donnant de si beaux témoignages de sa piété, de sa foi, de son espérance, que les catholiques-romains furent contraints de dire qu'il était mort comme un saint » (1).

On lit dans Benoît (Histoire de l'Edit de Nantes, t. V, p. 631) :

«... Dès le \'6 d'août, le roi avait commis Le Bret, intendant du Dauphiné, pour informer contre les auteurs et les complices de ces mouvements. Il s'en acquitta en homme qui vouloit faire sa cour. Il fit condamner Chamier, jeune homme de vingt-huit ans, avocat à Montélimar, à être roué tout \if. Il s'était trouvé au combat de Bourdeaux, mais surtout il étoit arrièrepelit-fils du célèbre Charnier, qui avoit donné tant d'affaires à la cour, sous les règnes précédents, par son zèle pour les Eglises. On ne douta point que ce péché originel ne lui eût fait autant de mal que son propre crime. Il souffrit ce cruel supplice avec une grande constance, quoique par une affectation barbare on eût fait dresser l'échafaud devant la maison de son propre père (2). On lui offrit d'adoucir sa peine, s'il vouloit se faire catholique, mais il rejeta cette proposition avec beaucoup de courage. »

(1) Apologie bu projet des Réfobmés de France, fait au viois de may -lfi83, pour la conservation de la liberté de conscience et de l'exercice public de religion^ que les Edits et traités de pacification leur accordent ; contenant la suite de l'Etat DES Reformés, oti l'on rapporte les traitements qu'ont soufferts et que souffrent encore ceux qui se sont assemblés pour prier Dieu dans les lieux que l'on a interdits au préjudice des Edits de pacification. Cologne, Pierre Du Marteau, 1684, in-18. 11 y a des éditions de La Haye, 1685 et 1686.

Cet ouvrage de Broussoii est, comme on le voit, la suite de celui qui a pour titre : « L'I-Istat des Reformes de France, om l'on fait voir que les Edits de pacification sont irrévocables, que néanmoins on les renverse entièrement et que jMr là on ôte aux Réformés tous les moyens de subsister.

(2) Voir plus loin un plan du temple où cette maison se trouve indiquée.

M. le D"" Long, qui a eu entre les mains les pièces de cette affaire, confirme l'exactilude de la relation de Brousson. Il convient, d'ailleurs, qu'Antoine Charnier dut à son nom la rigueur de sa condamnation et ce raffinement de cruauté qui le fit supplicier devant la maison paternelle.

1684. — l<e temple de llontélimar. Tue, plan et description de l'édifice, liaison de la famille Charnier. Démolition du temple. — Page 115.

A l'époque où nous habitions Montélimar nous avions recueilli sur l'histoire de son temple des renseignements qui trouvent ici leur place (1).

C'est d'abord un plan, accompagné d'une légende explicative, avec une élévation linéaire de l'édifice, d'un dessin grossier, mais qui a permis à un crayon habile de composer celui que nous reproduisons ici :

VCE DU TEMPLE DE l'ÉGLISE RÉFORMÉE DE MONTÉLIMAR, EN 16S4.

(1) Nous avons depuis complété ces renseignements à l'aide de recherches faites par nous, à l*aris, aux Archives de l'einpiie, et par M. le pasteur Bruu, lils, à Alontélimar.

168i. LE TEMPLE DE MONTÉLIMAR.

Page 1