SEDAN
Le gouvernement de la Défense nationale n'osa point braver le peuple en livrant Strasbourg* ou, pour mieux dire, r Alsace et la Lorraine; il continua une lutte désespérée.
Tandis que le roi de Prusse établissait son quartier général à Versailles, Strasbourg" capitulait, Paris était menacé, et le maréchal Bazaine, bloqué dans Metz, devait signer bientôt une capitulation aussi désastreuse que celle de Sedan.
Le 8 janvier 1871, dans le palais même de Louis XIV, à la demande des princes et des villes libres, le roi de Prusse relevait l'empire allemand, aboli depuis soixante ans, et acceptait la dignité d'empereur. « Nous l'acceptons, disait-il, dans l'espoir qu'il sera donné au peuple allemand de jouir de la récompense de ses luttes dans une paix durable et dans les frontières qui accorderont à la patrie la sécurité contre de nouvelles attaques de la France, sécurité dont l'Allemagne a été privée pendant des siècles."
Vingt jours après, Paris devait également capituler et, pour la troisième fois depuis cinquante ans, les Allemands victorieux allaient entrer dans la capitale de la France.
Une assemblée nationale avait été convoquée, et M. Thiers, nommé chef du pouvoir exécutif, fit de courageux efforts pour mettre un terme à cette guerre qui avait déjà amené tant de désastres et qui ne pouvait se prolonger davantage. Plus de cent mille hommes avaient succombé du côté des Français et la perte des vainqueurs était presque égale. Que de sang ! que de ruines !
M. Thiers, qui naguère parcourait l'Europe, de Londres à Pétersbourg, pour trouver des défenseurs ou des médiateurs, voulut discuter lui-même avec M. de Bismarck les conditions de la paix. Ces conférences, qui eurent lieu à Versailles du 21 au 26 février 1871, forment un des épi-
sodés les plus étranges et les plus émouvants des annales contemporaines. L'historien qui avait raconté avec enthousiasme les victoires de la Révolution et du premier Empire, l'homme d'État qui avait toujours recherché avec passion la grandeur de la France, tentait maintenant d'émouvoir et de fléchir le représentant de la nation que Napoléon 1er écrasait en 1807. M. Thiers ne put sauver ni l'Alsace ni la Lorraine; cependant ses patriotiques efforts ne demeurèrent pas tout à fait stériles : la France garda Belfort, et le chiffre de la contribution de guerre, d'abord fixé à six milliards, fut réduit.
Par le traité définitif, signé à Francfort, le 10 mai 1871, la France dut céder à l'empire d'Allemagne l'Alsace et la Lorraine allemande. Elle s'engageait aussi à payer une indemnité de cinq milliards de francs.
Tel fut le résultat d'une longue rivalité et d'une dernière et injuste agression. Napoléon III a dit, pour se disculper, que lorsque la g-uerre fut déclarée," le sentiment national, surexcité par des causes indépendantes de sa volonté, avait produit un entraînement général et irrésistible. » Mais quoi ! N'avait-il pas dit aussi, avant même de monter sur le trône, qu'il représentait la revanche de Waterloo? Napoléon III ne pouvait se soustraire à sa destinée; il devait, selon la tradition impériale, personnifier la gloire à l'extérieur; il devait rétablir les frontières de 1813, s'emparer du Rhin et de la Belgique, ou succomber. L'Allemagne l'a vaincu. Puisse la tradition impériale des prétendues frontières naturelles de la France rester à jamais ensevelie sous les débris du trône qui a été détruit à Sedan ! De nouvelles revendications seraient certainement le signal d'une lutte plus terrible encore que celle de 1870.
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