‹ 1757-1871Chapitre 23 sur 31 · SEDAN · texte numérisé non relu

SEDAN

« Monsieur mon frère, n'ayant pu mourir à la tête de mes troupes, je dépose mon épée aux pieds de Votre Majesté. «

Le lendemain l'armée française était prisonnière de guerre et la place de Sedan livrée aux vainqueurs. Après un entretien avec le comte de Bismarck et une entrevue avec le roi de Prusse, Napoléon III était conduit en Allemagne où le château de Wilhemshœhe, à Cassel, lui était assigné comme résidence.

Déjà le 29 août, le Moniteur officiel avait laissé entrevoir l'immuable résolution des vainqueurs. « Nous savons tous, disait-il, qu'il ne suffit pas de terrasser l'ennemi héréditaire dans le présent, mais qu'il faut garantir contre ses agressions les générations futures. »

Lorsque le général de Wimpffen se rendit au quartier général prussien pour débattre la capitulation de l'armée enfermée dans Sedan, M. de Bismarck, venant à parler de la paix, lui dit que la Prusse avait l'intention bien arrêtée d'exiger non-seulement une indemnité de quatre milliards, mais encore la cession de l'Alsace et de la Lorraine allemande. « Vous n'avez pu, poursuivit-il, nous pardonner Sadowa, où ni vos intérêts ni votre gloire n'étaient en jeu, et vous nous pardonneriez le désastre de Sedan? Jamais!... Il faut que la France soit châtiée de son orgueil, de son caractère agressif et ambitieux ; nous voulons pouvoir enfin assurer la sécurité de nos enfants, et pour cela il faut que nous ayons entre la France et nous un glacis; il faut un territoire, des forteresses et des frontières qui nous mettent pour toujours à l'abri de toute attaque de sa part ('). »

(') Sedan, par le général de Wimpffen, pp 240 et suivantes, et Histoire diplomatique de la guerre franco-allemande, t. I", p. 281. Après la conclusion de la paix, le prince de Bismarck disait au Reiehs-

La capitulation de Sedan détermina la chute du second empire. Le 4 septembre, les implacables adversaires de Napoléon III, aidés par le peuple, formaient le gouvernement dit de la Défense nationale. Les Allemands victorieux s'avançaient sur Paris lorsque le gouvernement, chargé d'une si lourde responsabilité, proclamait qu'il ne céderait ni un pouce du territoire ni une pierre des forteresses.

Mais les chefs de l'Allemagne n'étaient pas moins inflexibles. Dans l'entrevue que Jules Favre avait sollicitée de M. de Bismarck et qui eut lieu au château de Ferrières, le chancelier de la Confédération de l'Allemagne du Nord tint ce langage : » Depuis Louis XIV, vous n'avez cessé de vous agrandir à nos dépens. Nous savons que vous ne renoncerez jamais à cette politique; que vous ne reprendrez des forces que pour nous faire une guerre nouvelle. L'Allemagne n'a pas cherché cette occasion, elle l'a saisie pour sa sécurité, et cette sécurité ne peut être garantie que par une cession de territoire. Strasbourg est une menace perpétuelle contre nous. Elle est la clef de notre maison et nous la voulons... « Et comme le ministre français protestait, M. de Bismarck ajouta : » Vous ne vous seriez fait aucun scrupule de nous enlever les bords du Rhin, bien que le Rhin ne soit pas votre frontière naturelle. Nous reprenons la nôtre et nous croyons assurer la paix ('). »

tag : « Ce n'est point pour l'Alsace-Lorraine que nos guerriers ont versé leur sang, mais pour l'empire d'Allemagne, pour son unité, pour la sauvegarde de ses frontières. Nous avons pris ce pays, afin que, dans leur première agression, que Dieu veuille retarder longtemps! mais qu'ils projettent néanmoins, les Français n'aient pas pour point de départ la pointe de Wissembourg, et afin que nous ayons un glacis sur lequel nous puissions nous défendre avant qu'ils arrivent au Rhin. »

Cl Gouvernement de la De fensc nationale, par Jules Favre, p. 1G5.

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