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c'est la Guimard qui, une fois le re'pertoire arrêté pour la semaine, envoie dire qu'elle compte se purger le mardi, qu'on ait donc à changer le spectacle. A quoi le directeur répond qu'il ne changera rien, et qu'il fera doubler M"« Guimard si elle ne veut pas danser. « Toutes ces propositions, ajoute Dauvergne, ne sont faites que parce qu'il y avait une petite partie organisée pour aller à Lay (l'Hay) passer le mardi, le mercredi et le jeudi. Voilà le résultat de la liaison de la Guimard avec toutes sortes de canailles ; je pense que c'est véritablement le mot propre de cette pernicieuse société! » Tantôt, c'est le jeune Vestris, qui imagine de faire le boiteux et de dire qu'il s'est blessé à la jambe, pour ne pas danser dans Panurge : Dauvergne le guérit subitement en lui annonçant que s'il ne danse pas, il sera à l'amende de tout son mois. Un autre jour, il se produit à l'Opéra un miracle étrange. Lainez refuse un soir de chanter dans Evelina, , disant qu'il ne pouvait articuler un son, et le lendemain il accourt chez le directeur, assurant qu'il reprendra son service dès le lendemain : il avait suffi pour le guérir qu'un jeune inconnu débutât avec succès dans le rôle même où il croyait qu'on ne pourrait jamais le remplacer *.
* Archives nationales. Ancien régime. O i, 629. — Le mois précédent, certains artistes qui étaient allés danser à Londres avaient reparu à l'Opéra. En annonçant cette nouvelle à M. de la Ferté , Dauvergne indique par son expression qu'on avait alors une singulière façon d'apprécier le mérite d'une danseuse. <c Les débuts anglois ont eu lieu hier. La demoiselle Coulon a dansé la première; il m'a paru, ainsi qu'à tous les spectateurs, qu'elle a fait beaucoup de progrès, surtout dans les sauts, car elle a fait voir, au moins dix fois, dans de très longues pirouettes , le plus haut bouton de son caleçon : elle a été très applaudie. » ( Archives nationales. Ancien régime. O i, 626. Lettre du 12 juillet 1788.)
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Mais quand la maladie venait accroître tous ces embarras, la tâche du directeur devenait presque impossible, et la grippe se'vit pre'cisément avec une grande rigueur en l'année 17B8. Aussi, faut-il voirie désespoir de Dauvergne, qui ne sait vraiment à quel saint se vouer. « Je joins ici le répertoire pour la semaine, écrit-il le 3o août à M. de la Ferté. Vous y verres que l'on ne donnera point de ballet d'action demain; en en voici les raisons : M"^ Guimard a fait dire qu'elle étoit incommodée, la demoiselle Pérignon l'est aussi, la demoiselle Langlois est prête d'accoucher, la demoiselle Ligny est toujours hors d'état de danser, j'ai envoyé un congé de deux mois à la demoiselle Zacharie, la demoiselle Laure ne danse plus ; la demoiselle Trosche est dans son lit de la suite d'une entorse qu'elle a pris il y a trois semaines ; malgré tous ces invalides, si Guimard avait pu danser, peut-être auroit-on pu imaginer de donner quelque chose, ne fût-ce que la Chercheuse d'esprit^ mais, dans le moment qu'elle a envoyé dire qu'elle étoit hors d'état de danser, j'ai appris que M. Nivelon est tombé avanthier, qu'il s'est, m'a-t-on dit, cassé une dent et fendu une lèvre , que le sieur Goyon est attaqué de la grippe comme les trois quarts de Paris; enfin, Monsieur, je vois avec satisfaction que, malgré cette épidémie, nous pouvons jouer l'opéra, quoiqu'avec la moitié de nos chœurs de moins et un tiers de l'orchestre malade. »
En dépit des efforts héroïques du directeur, l'année 1788 (de Pâques 1788 à Pâques 89), fut des plus mauvaises et se termina par un gros déficit. Lasalle, le
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digne secrétaire du comité, saisit aussitôt cette occasion et adressa au ministre un rapport secret où il attribuait ce malheur à la mauvaise direction de Dauvergne. Celui-ci, ayant été informé de cette attaque calomnieuse, écrivit sur Theure à M. de la Ferté une lettre très digne où il énumérait simplement les causes du déficit, lesquelles du reste n'étaient pas difficiles à découvrir. « Ce délabrement, dit-il, a été occasionné cette année par un froid rigoureux pendant 60 jours ; par l'établissement d'un spectacle musical (l'Opéra Italien) qui attire plusieurs amateurs qui venoient à rOpéra ; par les circonstances des affaires du tems qui inquiettent nombre de citoyens sur leurs fortunes et plus encore; par la tranquillité des sujets qui sans rien faire reçoivent les appointemens et ne rougissent point de prendre des prétextes pour se dispenser de remplir leurs devoirs ; enfin par le grand nombre de congés accordés à des sujets nécessaires. » Il termine cette lettre fort habile par cette simple réflexion qui en disait plus que de longues phrases : « J'ai appris hier que le sieur Lasalle a présenté, il y a quelques jours, au ministre un mémoire contre moi; je n'en ai point été étonné, puisqu'on a eu la bonté de ne le pas chasser lorsqu'il a eu l'audace d'en présenter un contre vous il y a 4 ans : je lui pardonne toutes les coquineries qu'il fera ou qu'il écrira contre moi*.»
Parmi les causes qui avaient amené ce déficit dans la caisse de l'Opéra, il en est une qu'il faut tirer au
* Archives nationales. Ancien régime. O i, 629. Lettre de Dauvergne, du 2é mars 17S9.
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clair, parce qu'elle peut être d'un utile enseignement pour ceux qui s'occupent d'économie théâtrale : il s'agit de la paresse des artistes, qui ne cherchaient qu'à s'enrichir en jouant le moins possible. Le 3 janvier 1784, le roi avait rendu un arrêté qui fixait un maximum pour les traitements (9,000 livres pour les premiers sujets, 7,000 pour les remplaçants, 3, 000 pour les doubles) et supprimait les feux^ mais confirmait les sujets admis au partage dans leur droit sur les bénéfices résultant de recettes plus avantageuses, dues en partie à leur zèle, à leurs travaux, ainsi qu'à leur économie dans les dépenses. Ce règlement répondait bien aux idées d'association, de libre exploitation que les artistes mettaient toujours en avant. Les premiers artistes ayant droit au partage étaient bien les mêmes qui recevaient jadis des feux, mais au moins le bénéfice qui leur revenait maintenant n'était que le résultat du bien qu'ils faisaient à la chose publique, au lieu d'être une sorte d'apanage de leur talent.
A peine voulut-on appliquer ce règlement qu'on vit tous les premiers sujets refuser à qui mieux mieux de chanter et de danser : c'étaient les petits qui faisaient presque toute la besogne. Et pourtant les premiers sujets n'auraient eu à répartir qu'entre eux les bénéfices que leur concours eût fait réaliser, mais chacun prétendait se reposer et partager ensuite le bénéfice produit par le travail d'autrui.
Après quatre ans de ce régime, le directeur put dresser et envoyer au ministre cet État du nombre de fois que les premiers sujets du chant et de la danse ont
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chanté ou dansé pendant les années ci-après*. Je prends seulement dans ce tableau les plus célèbres artistes du chant : la proportion est la même pour tous les sujets copartageants.