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monsieur, d'examiner attentivement les principes de la demande, et lui accorder un traitement proportionné à ses peines et ses soins : pour lors, il se trouvera plus en état de sacrifier son tems tant à l'Opéra que dans les maisons particulières de tous les membres du spectacle, lesquels voudront continuer à lui accorder leur confiance, et il s'eff"orcera toujours de la conserver par son exactitude et son désintéressement *.
Le procédé est ingénieux pour obtenir une fonction, de commencer par la remplir gratis sans en être prié , puis de demander un traitement pour une tâche qu'on s'est créée. Il était bien simple de répondre au solliciteur qu'il n'avait qu'à ne plus soigner les sujets de l'Opéra, ou bien à se faire payer par eux s'il ne voulait pas se contenter de leurs témoignage de sensibilité^ — ce qui n'était pas absolument à dédaigner de la part des sujets féminins.
Le comité des artistes en jugea ainsi et représenta au ministre, dans son rapport du 2 décembre 1782, que si l'on accordait ce titre à M. Fontaine, même sans appointements^ cette innovation d'une telle place, sans être à charge pour l'Opéra, « pourroit éloigner des chirurgiens d'un mérite reconnu, MM. Pipelet Idirecteur de l'Académie de chirurgie), Capdeville et autres qui, depuis vingt ans, se sont fait un plaisir de venir assidliement au spectacle, d'y administrer les secours de leur art, de se transporter chez les malades qui n'avoient pas de chirurgiens attitrés et de suivre gratuitement les accidents arrivés au spectacle jusqu'à
* Archives nationales. Ancien régime. O i, 633.
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parfaite guérison.... D'après les observations ci-dessus, le comité, malgré tout le désir qu'il a d'être agréable à M"° Guimard, ne peut se dispenser de supplier le ministre de ne point adhérer à la demande de M. Fontaine, auquel elle paroît prendre le plus vif intérêt *. »
D'autre part, La Ferté, en transmettant cette délibération au ministre, ajoutait : « Quoique le comité en dise, je crois que ce ne serait pas une chose mal faite que d'avoir attaché cet homme à l'Opéra ; il y est toujours ; il soigne tous les gens des chœurs et autres gratuitement ; et souvent même il lui en coûte de son argent, pour fournir du bouillon à la plus-part de ces gens, qui meurent de faim ; c'est ce que ne fait certainement pas le sieur Capdeville , et encore moins M. Pipelet, qui a trop d'affaires pour venir perdre son temps à l'Opéra *... » En présence de ces avis contradictoires, Amelot ajourna sa décision, se réservant d'en causer avec le surintendant.... Il est bien improbable que les observations du comité aient pu tenir contre la protection de la Guimard et l'argument « du bouillon » de La Ferté.
C'est enfin un mémoire adressé au ministre par le sieur Randier, dentiste, une page de haut style, où l'art musical et l'art dentaire forment un étrange salmigondis.
De tous les spectacles qui excitent la curiosité et l'admiration non-seulem ent de cette capitale, mais même de toute l'Europe, il n'en est point qui soit plus digne que l'Opéra. Tout semble concourir à y faire
* Archives nationales. Ancien régime. O i, 638.
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remarquer la noblesse et le bon goût de la nation française. Sa Majesté, par une protection singulière, a daigné étendre ses bontés jusqu'à établir une Académie et des fondations qui réunissent tous les artistes propres à perfectionner ce spectacle, en développant et cultivant les germes de talents des jeunes élèves qui s'y destinent. On ne peut assez se louer du bon ordre qui y règne, par la vigilance et les soins des ministres et autres personnes respectables, à qui l'administration en est confiée : ils ont porté la prévoyance et l'humanité jusqu'à y attacher des chirurgiens pour prévenir et réparer les accidents qui peuvent y arriver ; mais parmi les différentes incommodités qui affligent l'espèce humaine, il en est une que l'on n'a pas prévue, et qui est notablement contraire à l'embellissement de ce spectacle. C'est celle des dents.
Personne ne peut disconvenir que les dents ne soient un des principaux organes de la voix et qu'elles ne contribuent essentiellement à la beauté et à la santé du corps ; or, comme les élèves destinés à l'Opéra ont besoin, plus que tout autre, de réunir tous les agréments, il est presque impossible que celui-ci se trouve naturellement dans des jeunes gens qui, la plupart nés sans fortune, négligent totalement le soin de leur bouche, pour ne s'occuper uniquement que des moyens les plus propres pour y être admis. Si dans le grand nombre de ceux qui entrent dans cette carrière, il s'en trouve d'assez heureux pour parvenir par leurs talents à se faire une réputation, l'aisance leur permet alors de s'occuper de leur personne, mais malheureusement il est presque toujours trop tard pour réparer entièrement les difformités qui n'auroient point paru si elles eussent été soignées à temps, toutes leurs peines deviennent infructueuses, et il leur reste pour la vie le regret de ne pouvoir atteindre à une plus haute perfection, soit dans l'articulation ou dans l'harmonie du
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chant, par la privation de quelques points essentiels à la parfaite conformation de leur bouche.
Pour éviter ce désagrément , il suffiroit d'attacher à cet établissement si intéressant, un expert-dentiste qui, en visitant attentivement et fréquemment la bouche de tous les élèves de l'un et l'autre sexe, préviendrait et réparerait tous les accidents que causent à cet âge la négligence ou l'insuffisance des moyens.
Le sieur Randier, chirurgien-dentiste de Madame la comtesse d'Artois, désireroit être à portée de prouver en cette occasion son zèle pour le bien public, il se chargerait de soigner toutes les maladies de bouche et de fournir ce qui est nécessaire pour cela à tous les élèves, moyennant qu'on les obligeât de venir chez lui une fois par semaine ou de se réunir quelque part où il pût les voir. Les avantages qui en résulteroient pour l'agrément du public, et le bien des sujets qui en éprouveroient les bons effets, seroient plus sensibles et plus remarquables dans quelques années, qu'au commencement du traitement. Le sieur Randier n'aura qu'à s'applaudir si, ayant démontré la nécessité et l'utilité de ce surcro t de bontés du Gouvernement, il peut mériter l'honneur et la confiance des dignes chefs de cette Administration et le titre de chirurgiendentiste des Menus-Plaisirs du Roi *.
Cette requête ne rappelle -t- elle pas l'excellente caricature oii l'on voit un maître de pension disant à son économe : « Monsieur l'économe, pour couvrir les frais de mon bal de dimanche dernier, le dentiste viendra visiter toutes les bouches de la pension; chaque élève paiera deux francs. Vous donnerez cinq francs
* Archives nationales. Ancien régime. O l, 655.
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au dentiste : il n'en a pas pour plus d'une heure. » C'est ainsi, sans doute, que le sieur Randier entendait la chose : il n'en aurait pas eu pour plus d'une heure et il aurait tout empoché. Par malheur, l'administration ne se laissa pas gagner à ses the'ories philantropiques, et il n'y eut jamais de dentiste spécial préposé aux bouches de l'Opéra.
Voici, pour finir, la réclamation écrite ab irato par un spectateur pour se plaindre « du peu de police observée pendant les représentations, » réclamation qui montre quel désordre régnait sur la scène de l'Opéra, par suite du manque d'autorité du directeur combattu sous main par le comité des artistes.
Messieurs les administrateurs, guidés par un zèle trés-louable, se sont sagement expliqués dans un article du règlement, concernant la police au théâtre, en deffendant aux sujets de ne jamais se montrer au public en avançant trop hors des coulisses, même sous l'habit des roUes, et encore moins sous l'habit de la ville ; la raison de cette deffense est motivée sur le besoin où est le spectacle de conserver son illusion et de le rendre si vraisemblable aux yeux des spectateurs que rien ne puisse l'en distraire; mais comment cet article du règlement est-il observé aujourd'hui ? Il ni a pas un instant, dans la représentation d'un opéra, où Ton ne voie dans les coulisses une infinité de gens qui s'avancent assez, pour que l'on puisse aisément les distinguer et les nommer ; on voit des femmes en mantelets noirs , d'autres en peignoirs , s'avancer effrontément et faire des mines et des gestes d'un côté a l'autre du théâtre, on voit des hommes en habits verd, rouge, d'autres en camisoUes blanches, s'avancer
et badiner au bord des coulisses ; d'autres plus loin et dans le même e'quipage, dansent et semblent lutter à qui sautera le plus haut; et dans quel moment tout cela arrive-t-il, c'est lorsqu'il y a deux interlocuteurs en scène, et dans les moments les plus intéressants. Si du milieu de la salle, on voit tous ces pantins faire leur singerie, à plus forte raison des côte's, etc.*.
Le rédacteur anonyme de cette note devait jouir d'un certain crédit auprès du ministre ou du surintendant des Menus, car, contrairement à ce qui arrive le plus souvent pour ces sortes de réclamations, celle-ci eut un effet immédiat. Quelque temps après, le comité prenait une délibération dans laquelle, après avoir reproduit en termes modérés et officiels les griefs ci-dessus énoncés, il disait « qu'il était indispensable de faire un règlement sur cet objet, afin d'empêcher que qui que ce soit, excepté le directeur et les premiers sujets, ne puisse rester dans les coulisses sous aucun prétexte, et que les personnes qui dansent dans les ballets ne parussent au théâtre que dans les actes où elles seront employées ainsi que les acteurs des chœurs ** ».
Ce rapport, adressé au rninistre comme tous ceux des séances du comité , était signé de Dauvergne , directeur, Gossec, sous-directeur, Legros , Durand, Noverre , Dauberval, Gardel, Vestris, et semblait émaner de l'initiative de ces artistes. Mais, pour qui connaît la façon dont fonctionnait cette machine si compliquée de l'Opéra sous l'Ancien Régime, il est hors
' " Archives uationales. Ancien régime. O i, 634 et 652.
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de doute que le comité, qui était en hostilité constante avec le directeur, n'aurait jamais proposé, de son propre mouvement, quelques mesures contre les artistes qu'il représentait et dont il partageait l'antipathie pour toute discipline. Il est donc à croire que ce fut le surintendant des Menus, ou même le ministre, qui transmit cette plainte au comité, en lui enjoignant de la prendre au sérieux et d'attirer l'attention du ministre sur ce côté défectueux des représentations. Les délégués le firent de bonne grâce, mais cela dut singulièrement froisser leur amour-propre, que de soutenir contre eux-mêmes les plaintes d'un quidam qui les traitait de singes et de pantins.